Québec resserre les règles de prescription de l’OxyNEO

Il sera de plus en plus difficile pour le marché noir de s’alimenter en oxycodone, un opiacé qui fait des ravages dans la rue. En mars, le fabricant a cessé de produire au Canada le médicament vendu sous le nom d’OxyContin, le remplaçant par OxyNEO. Non seulement cette nouvelle formule ne peut être injectée, contrairement à l’ancienne, mais Québec a restreint considérablement, le 1er juin, le champ d’action des médecins pour la prescrire.

Alors que l’OxyContin figurait sur la liste générale des médicaments, l’OxyNEO est placé sur celle des médicaments d’exception. Il ne pourra être prescrit que lorsque deux autres opiacés auront échoué à soulager le patient. Les personnes qui ont utilisé l’OxyContin entre le 1er mars et le 1er juin pourront se voir renouveler leur prescription sans égard à ces nouvelles règles, peut-on lire dans le plus récent avis au ministre de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS).


D’autres provinces avaient déjà adopté des règlements restrictifs. En Ontario, où la dépendance à ce médicament est un réel problème de santé publique, l’OxyNEO ne peut être remboursé que si un autre opioïde a échoué à soulager le patient. « Le Québec a été assez restrictif par rapport aux autres provinces », estime Maggie Charest-Poulin, conseillère en communication à l’INESSS.


À l’Ordre des pharmaciens, la nouvelle restriction est la bienvenue. Des pharmaciens on fait l’objet de vols à main armé à Montréal et en Outaouais, précise sa présidente, Diane Lamarre. Elle n’écarte pas la possibilité que les personnes dépendantes se tournent vers d’autres médicaments semblables, comme l’hydromorphone.


Le nouveau comprimé OxyNEO, plus dur, peut difficilement être écrasé. Aussi, dilué dans l’eau, il ne peut être injecté puisqu’il forme un gel. Pris par voie orale, il peut toutefois entraîner une forte dépendance.


Plus chère que les autres opioïdes à libération contrôlée disponibles, cette nouvelle formulation mettra une pression de 2,8 millions de dollars de plus sur le Trésor public pour les trois prochaines années, estime l’INESSS. Le brevet de l’OxyContin étant sur le point d’arriver à échéance, des versions génériques pourraient apparaître. Près de 18 000 assurés de la RAMQ ont reçu de l’OxyContin en 2011.

 

Problèmes de dépendance


Selon une étude de l’Université Simon Fraser, la moitié des adultes de plusieurs communautés autochtones ontariennes est dépendante à ce médicament. Le problème a fait son apparition dans certaines communautés autochtones au Québec également, et dans une moindre mesure dans les villes comme Montréal. En février 2011, le Centre de toxicologie du Québec avait calculé pour le défunt média Rue Frontenac que les surdoses d’OxyContin causaient deux morts par mois au Québec.


Mavis Etienne, superviseure clinique à la clinique Onen’To : kon de Kanesatake, croit que la disparition de l’OxyContin du marché est positive : « Les jeunes en volaient dans la pharmacie de leurs grands-parents, puis devenaient accros, et devaient s’en procurer à 50 $ la pilule dans la rue. » Elle s’inquiète toutefois que les personnes dépendantes à l’OxyContin incapables de s’en procurer passent à des drogues encore plus dangereuses, voire mortelles.