Science - Quand le sport devient nocif

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	Un entraînement répété en prévision de compétitions d’endurance extrême, telles que des triathlons et des courses de vélo de très grandes distances comme en font régulièrement les concurrents du Tour de France, peut accroître le volume de certaines cavités du cœur.</div>
Photo: Agence France-Presse (photo) Lionel Bonaventure
Un entraînement répété en prévision de compétitions d’endurance extrême, telles que des triathlons et des courses de vélo de très grandes distances comme en font régulièrement les concurrents du Tour de France, peut accroître le volume de certaines cavités du cœur.

Dans le sport aussi, la modération est préférable. Une nouvelle publication scientifique souligne les méfaits sur le système cardiovasculaire des entraînements intensifs en endurance poursuivis pendant plusieurs mois, voire plusieurs années.

L’article publié dans la dernière édition du Mayo Clinic Proceedings ne remet absolument pas en question l’effet salutaire de la pratique quotidienne d’un exercice physique, tel que la marche, la course, la natation ou la bicyclette.


Bien au contraire, les auteurs de l’article rappellent que les personnes physiquement actives sont en bien meilleure santé, et vivent en moyenne sept ans de plus que celles qui sont sédentaires. « La pratique quotidienne d’une activité physique induit nombre de changements physiologiques bénéfiques dans le corps, et est très efficace pour prévenir et traiter plusieurs des maladies chroniques les plus courantes, telles que la maladie coronarienne, l’hypertension, l’insuffisance cardiaque, l’obésité, la dépression et le diabète », précisent-ils avant de soulever le fait qu’il semble néanmoins exister, comme pour un médicament, une dose limite (en intensité et en durée), au-delà de laquelle l’activité physique engendre des effets néfastes qui l’emportent sur les bénéfices qu’on peut en tirer.


« Plusieurs personnes croient que plus [d’exercice] est mieux pour leur santé. Elles pensent que si elles ne passent pas une heure et demie au gymnase chaque jour, ou si elles ne courent pas de 5 à 16 km quotidiennement, elles ne tireront aucun bienfait », souligne l’auteur principal de l’article, le cardiologue James O’Keefe, de l’hôpital Saint-Luke de Kansas City, dans une vidéo accompagnant l’article.


Les auteurs de l’article ont donc procédé à une revue de la littérature scientifique dans le but de vérifier l’exactitude de leur hypothèse, selon laquelle un entraînement physique en endurance extrême pourrait induire à long terme des modifications structurelles et électriques au niveau du coeur et de ses artères qui diminueraient les effets bénéfiques générés par un entraînement d’intensité et de durée modérées.

 

Fibrose du myocarde


Ils ont ainsi relevé qu’un entraînement répété en prévision de compétitions d’endurance extrême, telles que des marathons, des ultramarathons, des triathlons et des courses de vélo de très grandes distances comme en font régulièrement les concurrents du Tour de France peut accroître le volume de certaines cavités du coeur, telles que les oreillettes et le ventricule droit, ainsi que la libération de certaines molécules qui font leur apparition lorsque le coeur subit des dommages. Ces modifications sont toutefois transitoires puisqu’elles disparaissent en l’espace d’une semaine après l’arrêt de l’activité.


Par contre, chez les individus qui poursuivent de tels entraînements pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, le processus peut aboutir à une fibrose du myocarde au niveau des oreillettes, du ventricule droit et des grosses artères, laquelle fibrose pourrait expliquer les arythmies dont souffrent certains athlètes de très haut niveau. « Quand une portion du muscle cardiaque meurt à la suite d’un infarctus du myocarde, par exemple, du tissu fibreux (ou fibrose) vient le remplacer. Ce qui a pour conséquence de diminuer les fonctions musculaire et électrique du coeur », explique le cardiologue Éric Larose, professeur à la Faculté de médecine de l’Université Laval.


Les auteurs de l’article affirment aussi que l’exercice intensif et soutenu pourrait provoquer à long terme la calcification des artères coronaires et le durcissement des parois des grosses artères du coeur, telles que l’aorte et les carotides. Ils concèdent toutefois que de plus amples recherches sont nécessaires pour confirmer ce phénomène, ainsi que pour déterminer le profil des individus les plus à risque de souffrir de ces effets néfastes de l’entraînement.


En 2010, Éric Larose, qui est chercheur à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, avait observé chez des marathoniens amateurs que courir les 42 km de l’épreuve endommageait temporairement le coeur. Il n’avait toutefois relevé « aucun dommage irréversible », ni la présence de fibrose au sein du tissu cardiaque de ses sujets, à l’instar de plusieurs autres études sur le sujet, souligne-t-il. Il déclare ne pas pouvoir confirmer que l’entraînement intensif induit à long terme des modifications structurelles permanentes au niveau du coeur et des artères, tel que l’avancent James O’Keefe et ses collègues. « Car il est très difficile d’étudier des athlètes professionnels qui n’ont pas consommé de stimulants cardiaques, approuvés comme la caféine, ou illicites comme les bronchodilatateurs, autant de substances qui peuvent avoir des impacts à long terme sur le coeur. »


Éric Larose admet par ailleurs que « quand une personne fait un exercice vigoureux et soutenu pendant plusieurs heures, comme pour un marathon, le stress que cela occasionne sur le corps augmente le risque de souffrir d’un problème cardiaque, et ce risque est plus grand que quand cette personne est assise dans son fauteuil à la maison. Mais, sur l’ensemble d’une vie, cette activité en prolonge la durée davantage que si la personne est sédentaire. »


James O’Keefe insiste sur le fait que les bénéfices sont accrus lorsque l’exercice est pratiqué à des intensités et des durées modérées. « Marcher de 20 à 30 minutes par jour est un très bon exercice même s’il n’est pas intense, souligne-t-il. On peut aussi courir entre trois et six kilomètres de deux à cinq fois par semaine à une vitesse ne dépassant pas 11 km/h, puis marcher, faire des exercices d’étirement, du yoga, de l’entraînement croisé ou cross training les autres jours. Au-delà d’une heure d’exercice intense par jour, l’effet peut s’avérer néfaste. Notre corps est conçu pour un exercice modéré. »


« Nous n’avons pas besoin de courir le marathon pour être en santé, ajoute M. Larose, qui ne condamne pas cette épreuve pour autant. Certaines personnes s’entraînent énormément pendant plusieurs mois en prévision du marathon, puis ne font plus rien ensuite pendant les mois qui suivent. Ces grandes variations ne sont pas bonnes à mon sens. »