Première stratégie pancanadienne - Une révolution proposée en santé mentale

Enfants, travailleurs, adolescents, femmes, membres des premières nations, autochtones… Tous peuvent souffrir d’une maladie mentale, et tous les acteurs de la société sont interpellés par la stratégie.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Enfants, travailleurs, adolescents, femmes, membres des premières nations, autochtones… Tous peuvent souffrir d’une maladie mentale, et tous les acteurs de la société sont interpellés par la stratégie.

Après cinq ans de consultation et de recherche, la Commission de la santé mentale du Canada dépose aujourd’hui la toute première stratégie pancanadienne en matière de santé mentale, dont les très nombreuses recommandations interpellent tant les provinces qu’Ottawa ou même le milieu communautaire.

Les auteurs de la stratégie en appellent à une transformation en profondeur des soins en santé mentale au pays. Le sous-financement chronique transforme selon eux les prisons en « asiles du XXIe siècle ». Les soins « fragmentés et sous-financés » ne répondent pas aux besoins de la population. Pourtant, ils devraient être à la hauteur de ceux offerts aux personnes atteintes de cancer ou d’une maladie cardiaque, peut-on lire dans le document intitulé Changer les orientations, changer des vies : Stratégie en matière de santé mentale pour le Canada.


La part du budget de la santé consacrée à la santé mentale devrait passer de 7 à 9 % d’ici 2022, stipule la stratégie. Le financement de programmes sociaux dédiés à la santé mentale devrait lui aussi augmenter de 2 %. Et l’argent frais ne suffit pas : la commission en appelle à une véritable révolution, peut-on constater en prenant connaissance de la centaine de recommandations. Les responsables estiment que leur implantation complète coûterait plus de 4 milliards aux gouvernements sur dix ans.


Au Québec, c’est 6 % du budget du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) qui est consacré à la santé mentale, selon les données de 2009-2010 fournies hier par la porte-parole du ministère. Le MSSS dispose par ailleurs déjà d’un Plan d’action en santé mentale. N’ayant pas pris connaissance de la stratégie, le ministre n’a pas souhaité commenter les actions que pourrait entreprendre Québec pour y répondre.


Le Canada est le dernier pays du G8 à se doter d’une telle stratégie, et la commission en appelle à un leadership à l’échelle pancanadienne. Ottawa a laissé entendre qu’il pourrait soutenir le projet, selon La Presse canadienne. La ministre fédérale de la Santé Léona Aglukkaq sera d’ailleurs présente ce matin au dévoilement officiel.

 

Durs constats, recommandations détaillées


Les auteurs du rapport exhaustif, Michael Kirby, le Dr David Goldbloom et Louise Bradley, se font à la fois très sévères, mais constructifs, dans leurs constats parfois durs, en les accompagnant de solutions détaillées.


« Malheureusement, il n’y a pas de formule magique pour créer un système véritablement intégré », écrivent-ils. Sans brandir la baguette du magicien, ils détaillent un plan d’action exhaustif, fruit de la consultation de milliers de personnes sur cinq ans.


La santé mentale des prisonniers les inquiète particulièrement : ils font de ce volet une priorité phare. La désinstitutionnalisation était certes nécessaire, jugent-ils. Mais « notre échec, écrivent-ils, a consisté à ne pas remplacer les soins en établissement par des services en quantité suffisante dans la communauté ». Bref, comme substitut à l’asile, on a offert l’itinérance, la prison et la marginalisation.


Recommandations : d’une part, consacrer plus d’effort pour éviter la judiciarisation des personnes présentant un trouble mental ou une maladie mentale et, d’autre part, combler les lacunes dans les services qui sont offerts en cette matière dans le système carcéral.


Enfants, travailleurs, adolescents, femmes, membres des premières nations, autochtones… Tous peuvent souffrir d’une maladie mentale, et tous les acteurs de la société sont interpellés par la stratégie. « Ce ne sera pas chose facile », concèdent les auteurs, « mais nous croyons qu’il se présente aujourd’hui une occasion historique d’améliorer le système ».

8 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 8 mai 2012 07 h 08

    les maladies mentales et les déficiences intellectuelles

    Les moeurs ayant changés, il est évident que la santé mentale doit etre revue en priorité.
    La plupart des méfaits étant commis par de gens souffrants de maladies mentales ou de déficiences intellectuelles, les prisons ne sont pas les institutions appropriées, par contre je conviens que c'est un défi énorme, car les sciences ne suffisent pas, a répondre a ces difficultées, loin s'en faut

  • Denis Pageau - Inscrit 8 mai 2012 09 h 48

    La prévention, comme toujours, a bien meilleur coût

    Très bon vidéo ici expliquant certaines des causes de la maladie mentale. http://tinyurl.com/84wo9cd Il démontre très bien le lien entre notre enfance et la santé mentale.

    Une bonne stratégie doit donc s'assurer qu'on prenne très bien soins de nos enfants.

    Denis Pageau
    www.CitoyensetSocietes.ca

  • Frédéric Savage - Inscrit 8 mai 2012 09 h 56

    Institutionnalisation de la santé mentale

    Il est dommage que l'on parle encore d'économie et que le sujet de la santé mentale soit abordé encore une fois en surface.

    Le stress, la dépression, la maniaco-dépression, la schizophrénie ainsi que plusieurs autre ''maladies'' sont aujourd'hui traités grâce à des médicaments. Wow! Soignons les effets et ignorons les causes.

    Il aurait été plus intéressant et sûrement beaucoup plus efficace de proposer des solutions sur les causes que de proposer d'acheter plus de plasters...

    • Christian Methot - Abonné 8 mai 2012 11 h 32

      Pourquoi utiliser "maladie" entre guillemets. La schizophrénie, la bipolarité (maniaco-dépression) et nombre de dépressions ou de troubles anxieux sont bel et bien des maladies. Pas besoin de guillemets.

      De plus, ces troubles de santé mentale ont bien souvent une origine biologique. À ce titre, les médicaments s'attaquent directement aux causes, et non pas seulement aux effets. Des antipsychotiques (seroquel, zyprexa) qui réduisent les symptômes positifs (hallucinations, délire, paranoïa) associés à la schizophrénie ne sont pas de simples plaster.

      Bien entendu, les médicaments doivent être utilisés en parallèle à la thérapie, une relation humaine essentielle au rétablissement, qui ne pourra jamais être remplacée par des molécules.

      Toutefois, nier les fondements biologiques de la maladie mentale, ou la traiter comme un simple construit social, ne peut que nuire à la fois aux progrès dans ce domaine et à ceux qui en souffrent.

    • Frédéric Savage - Inscrit 8 mai 2012 16 h 08

      Je suis d'accord avec toi, les maladie mentales sont un phénomène biologique comme le cancer , et comme le cancer (ex.: cigarettes, radio-fréquences, radiations...) la cause est extérieure à l'organisme biologique. Ne pas s'interroger sur les causes véritables de ces maladies et dire qu'ils proviennent d'un dérèglement hormonal ou d'une glande est ce qui nuit le plus aux progrès dans ce domaine. Investir en recherche de solutions plutôt qu'en prévention sera toujours du gaspillage à mes yeux.

      De plus, les maladies mentales touchent de manière très différentes les diverses populations ou groupes d'âge. Un québecois a beaucoup plus de chance de souffrir de dépression qu'un marocain par exemple. Je ne crois pas qu'en étudiant le système biologique des québécois vs des marocains qu'on puisse arriver à d'autres conclusions qu'à la prescription de médicaments. Quand à moi, je crois que l'esprit famillial, communautaire et de coopération dans un pays comme le Maroc fait beaucoup plus pour réduire nombre de maladies mentales. Vouloir encore une fois allourdir le système de santé en misant sur l'économie plutôt que sur la promotion de l'entraide, va accentuer le problème.

      C'est avant tout un choix de société de qualifier un phénomène de maladie. On pourrait choisir de qualifier ''les maladies mentales'' de troubles relationnels et notre approche serait de beaucoup différente.

  • François Genest - Abonné 8 mai 2012 10 h 16

    Un marché très lucratif 1

    En cette semaine de la santé mentale, il est bon de se pencher sur notre système de santé et sur les choix de société que nous avons faits en ce qui a trait aux personnes qui souffrent mentalement.

    Au Québec, à l'invitation de Pierre Elliott Trudeau (lui-même reprenant les idées défendues par Tommy Douglas), nous avons retiré le contrôle des soins de santé des mains des religieux pour créer un système universel financé par la collectivité. Nulle part ailleurs au Canada, ni au monde, on a réussi mieux que nous à créer une infrastructure en santé publique et moderne aussi peu coûteuse.

    Malheureusement, les mauvais choix de l'Angleterre, des États-Unis et de l'Australie ont donné vie à une industrie internationale de la santé qui génère des profits considérables pour les investisseurs. Avec la mondialisation des marchés et l'abandon des réglementations, le système québécois paraît anachronique et voué à disparaître aux yeux de ceux qui n'y habitent pas : une terre vierge pour l'expansion du marché de la santé. C'est pourquoi les Québécois sont vus comme des être rétrogrades qui sont prêts à priver leurs concitoyens des bienfaits de la modernité. Et pour les critiques plus mesquins, nous sommes carrément des socialistes animés par la jalousie du succès et voulant empêcher les plus riches d'avoir accès aux meilleurs soins.

  • François Genest - Abonné 8 mai 2012 10 h 17

    Un marché très lucratif 2

    En réalité, nous dépensons trop pour les médicaments. À chaque pilule que nous achetons, nous finançons la recherche pour de nouveaux médicaments qui feront gonfler encore davantage nos dépenses en santé. Ces investissements ne nous sont pas rendus sous forme de profits. Au contraire, c'est vu par l'industrie comme un dû qu'on nous encourage à accepter de payer à grands renforts de publicité. Nous ne sommes plus dans une logique de choix de société mais bien dans une logique de servitude.

    La tendance actuelle en santé est de favoriser les activités lucratives des entrepreneurs privés et de transférer le travail moins lucratif comme les visites à domicile à des organismes communautaires constamment dans la précarité. On tente de démontrer par l'absurde que notre système public ne fonctionne pas. J'ai bien hâte de voir ce que réserve le rapport de la Commision de la santé mentale du Canada à partir de mon point de vue bien personnel.

    http://atenacite.blogspot.com

    @FGenest #JAPPEL
    participant aux journées d'actions populaires du 12 au 15 mai au square Victoria