Sondage - Vieillir : entre la peur et l’optimisme

Alors que moins de 5 % des personnes de plus de 65 ans sont hébergées en CHSLD, la population a tendance à croire que c’est le sort qui attend beaucoup plus de personnes âgées.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Alors que moins de 5 % des personnes de plus de 65 ans sont hébergées en CHSLD, la population a tendance à croire que c’est le sort qui attend beaucoup plus de personnes âgées.

Ils se voient vieillir, mais ne se sentent pas vieux pour autant. La maladie les effraie davantage que la mort. Et, somme toute, ils éprouvent une certaine sérénité devant les années qui s’écoulent. Voilà le portrait dressé par la maison de sondage CROP qui a sondé les Québécois sur leurs perceptions de la vieillesse. L’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS) dévoilait ces résultats hier dans le cadre du colloque Vieillir, c’est vivre, qui se poursuit aujourd’hui.

Les vieux, ce sont les autres, répondent les principaux intéressés dans ce sondage. Si avant 35 ans, on observe les soixantenaires en les qualifiant de « vieux », les soixantenaires, eux, repoussent cette étiquette de la vieillesse au-delà de 78 ans. « Être vieux, plus on vieillit, plus c’est loin ! », a lancé Alain Giguère, président et associé à la maison de sondage CROP, en présentant ces résultats hier. « Les Québécois croient qu’on peut vieillir sans être vieux », résume-t-il.


Tous âges confondus, la moitié des personnes interrogées croient qu’elles seront en santé à 75 ans, et 63 % s’imaginent encore autonomes. Dans l’ordre, les aspects du vieillissement qui inquiètent le plus les sondés sont la maladie, la perte d’autonomie, la perte de mémoire et la perte des amis ou du conjoint. Seulement une personne sur quatre craint la mort à proprement parler, et seulement 13 % des gens ont très peur de vieillir en tant que tel. « Il y a une certaine sérénité » devant la vieillesse, analyse M. Giguère. Pouvoir être actif plus longtemps qu’avant rassure 75 % des gens sur leur vieillesse, par exemple.


Présent au colloque hier, le chercheur à l’Université de Sherbrooke Réjean Hébert ajoute que, à la lumière des études scientifiques disponibles, ce n’est pas tant la mort que la perte d’autonomie qui effraie, au crépuscule de la vie. « L’autonomie est une valeur plus importante que la vie », a-t-il expliqué à l’assemblée présente.


Vieillir est une chance et, socialement, « nous gaspillons cette chance », estime d’ailleurs le sociologue Michel Billé. L’auteur de La tyrannie du bien vieillir, qui s’exprimait également dans le cadre du colloque, déplore qu’on ne regarde la vieillesse « qu’à travers les problèmes qu’elle pose ».


Aussi, 72 % des personnes interrogées disent qu’elles aideront les autres quand la retraite leur permettra d’y consacrer du temps. Avec le désir d’engagement exprimé par les baby-boomers, « si la tendance se maintient, nous sommes devant un formidable scénario d’engagement social dans les années à venir », dit M. Giguère.


Alors que moins de 5 % des personnes de plus de 65 ans sont hébergées en CHSLD, la population a tendance à croire que c’est le sort qui attend beaucoup plus de personnes âgées. « Il y a une déformation de la réalité, dit M. Giguère. Il faut redéfinir la perception de la vieillesse. On peut bien vieillir à la maison, mais ce message n’est pas reçu. »


La maison CROP a sondé 1000 adultes en ligne entre le 18 et le 22 avril dernier.


 
1 commentaire
  • Yvon Bureau - Abonné 10 mai 2012 07 h 08

    Meilleur vivant maintenant

    Le 18 octobre 2007, à la Consultation publique sur les conditions de vie des aînés, j'ai présenté ce mémoire : Vivre longtemps, oh oui !
    Mourir longtemps, non merci !

    Un mourir préparé et ouvert à la communication soutient un mieux vivre, un mieux être maintenant.

    Se sentir en primauté dans la relation patient-médecin, avoir écrit des directives anticipées de fin de vie, s'être nommé des mandataires, avoir le libre-choix dans les soins de fin de vie, les recevoir dans un systèmes inclusif de soins personnalisés de fin de vie, sentir que l'on sera pleinement respecté jusqu'à la fin, voilà de quoi apaiser sa fin, volilà de quoi se sentir plus et mieux vivant maintenant.