Densifier les écoles secondaires

Les espaces bétonnés autour des écoles secondaires du Québec devraient être convertis en des espaces plus stimulants pour les jeunes, selon une professeure d’architecture de l’Université Laval.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Les espaces bétonnés autour des écoles secondaires du Québec devraient être convertis en des espaces plus stimulants pour les jeunes, selon une professeure d’architecture de l’Université Laval.

Québec — Les grands espaces bétonnés autour des écoles secondaires sont gaspillés, déplore la professeure d'architecture Carole Després, qui propose d'en faire des espaces stimulants pour les jeunes, et même des lieux d'habitation.

«Il y a des aires d'asphalte incroyables autour des polyvalentes. C'est pour des autobus scolaires qui sont là une demi-heure le matin et une demi-heure le soir. On n'a pas besoin d'aller reconduire les jeunes à la porte... Pourquoi ça ne serait pas un parc?», lance la chercheuse, qui dirige un groupe de recherche sur les banlieues à l'Université Laval.

Avec une moyenne de 1000 élèves, ces espaces conçus pour en accueillir 3000 pourraient aller chercher de nouveaux revenus en vendant des terrains aux villes, explique-t-elle. «J'imagine de l'habitation de densité moyenne, de petites maisons en rangée.»

Dans le cadre d'un atelier, ses étudiants ont imaginé différentes façons d'utiliser cet espace: serres pour les cours de biologie, jardins urbains, parcs où les jeunes pourraient pratiquer des sports, installations de Bixi.

«Il n'y a pas d'argent qui est alloué à l'aménagement des terrains. Qu'on s'en serve comme lieu d'activité autrement que comme stationnement. À l'heure de la pause, les jeunes sortent et on les trouve assis sur les bordures de béton.»

L'équipe de Mme Després vient de compléter une recherche de deux ans sur l'étalement urbain et son impact sur la santé des adolescents, leurs habitudes de marche et de vélo. Deux cent quarante jeunes de la région de Québec ont participé à l'enquête qui ciblait cinq écoles secondaires privées, et cinq publiques.

Les résultats révèlent que ce n'est pas le revenu des parents ou leur niveau d'éducation qui a le plus d'incidences sur les déplacements actifs chez les adolescents, mais bien les facteurs urbanistiques (la «marchabilité» du secteur résidentiel, la distance entre le domicile et l'école, le fait que la résidence soit centrale ou pas, etc.).

L'étude conclut que le profil dominant d'adolescents (44 %) n'atteint aucun des standards de saines habitudes de vie en matière de nutrition et d'activité physique, alors que les ados qui marchent pour aller à l'école ou dans leur quartier (40 %) ont un pointage supérieur. «La ville étalée les rend un peu prisonniers des transports motorisés, explique Mme Després. Ils ne sont plus capables d'être physiquement actifs au quotidien.»

Environ 75 % des jeunes ciblés par l'étude résident en banlieue éloignée ou en périphérie et 85 % de leurs déplacements se font en voiture.

La chercheuse déplore qu'ils ne soient pas plus nombreux à fréquenter l'école de leur quartier, ce qui leur permettrait de s'y rendre à pied ou à vélo et d'avoir un mode de vie plus sain.

Le hic, explique-t-elle, c'est que l'avènement des programmes spécialisés dans le réseau public pousse un nombre grandissant de parents à inscrire leurs jeunes dans des écoles éloignées. Ainsi, dans 39,4 % des cas, c'est ce facteur qui a dicté le choix de l'établissement contre 16,9 % pour l'école de quartier.

«Est-ce qu'on gagne à envoyer nos jeunes très loin en pensant qu'ils vont faire du sport? demande Mme Després. Avec le temps qu'ils perdent [dans les transports], ils pourraient faire autre chose.»

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