Vers un bac obligatoire pour les infirmières dès 2014

La cohorte de futures infirmières pourrait être soumise aux exigences du baccalauréat à partir de septembre 2014.
Photo: - Le Devoir La cohorte de futures infirmières pourrait être soumise aux exigences du baccalauréat à partir de septembre 2014.

L'obtention d'un baccalauréat pour les infirmières pourrait devenir obligatoire dès septembre 2014, avance l'Ordre des infirmières du Québec, qui vient d'acquérir un appui de taille: le conseil d'administration de l'Association québécoise d'établissements de santé et de services sociaux, l'AQESSS, a dit oui.

La présidente de l'Ordre des infirmières (OIIQ), Gyslaine Desrosiers, croit que la cohorte de futures infirmières pourrait être soumise à ces nouvelles exigences dès septembre 2014. C'est ce qu'elle a affirmé dans une entrevue la semaine dernière, soit avant d'annoncer, hier, qu'elle ne renouvellera pas son mandat en octobre. Elle a été 20 ans à la tête de l'ordre professionnel. «Il y a urgence d'agir, estime-t-elle. Si elles commencent en 2014, elles auront leur diplôme en 2019. On est déjà en retard. Je pense que le gouvernement est capable de virer de bord rapidement.»

Dans la lettre annonçant son départ, publiée sur le site Web de l'OIIQ, Mme Desrosiers précise d'ailleurs qu'elle restera disponible pour assurer la continuité du dossier «du rehaussement de la formation», qu'elle porte depuis de nombreuses années.

Prochaine étape: l'OIIQ doit présenter un mémoire à l'Office des professions, qui à son tour détient le pouvoir de demander des aménagements législatifs à Québec.

De son côté, l'AQESSS ne semble craindre ni la pénurie d'infirmières, ni les salaires plus élevés qui devront être versés aux bachelières. «L'impact financier d'un tel changement devrait être absorbé dans le temps», écrit l'AQESSS dans la plus récente livraison de son magazine interne, ajoutant que «plusieurs chercheurs estiment que le salaire d'une infirmière détenant un grade universitaire est d'emblée compensé à hauteur de 75 % par une réduction des coûts [...] imputables aux erreurs».

L'AQESSS souhaite que les infirmières qui détiennent un DEC bénéficient d'un droit acquis pour continuer à exercer.

Du côté syndical, on observe ces développements d'un oeil circonspect. Au contraire de l'OIIQ, la présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), Régine Laurent, croit qu'il faut prendre son temps. «C'est un dossier très épidermique», explique-t-elle. La FIQ a mis sur pied un groupe de travail le mois dernier. Mme Laurent ne cache pas que les techniciennes fortes de nombreuses années d'expérience le prennent comme un désaveu de leurs compétences.

Si la hausse des droits de scolarité décrétée par le gouvernement libéral demeure, Régine Laurent craint aussi pour l'accessibilité de cette nouvelle formation universitaire obligatoire.

À la Fédération des cégeps, les réserves sont plus vives que jamais. «Il y a de la place pour les techniciennes et les bachelières, explique la directrice des communications à la Fédération, Caroline Tessier. Il faut absolument que les étudiantes continuent d'avoir accès à la profession après leur DEC.»

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Les bachelières gagnent du terrain

Répartition des infirmières dans le réseau de la santé
2006 - 2010

Cadres: 2,5 % - 3,1 %
Techniciennes (DEC): 72,3 % - 66,3 %
Cliniciennes (BAC): 25,2 % - 30,6 %

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