Sondage - Les pharmaciens veulent en faire plus

Les pharmaciens croient qu'ils pourraient contribuer davantage à la première ligne et à la prévention dans le système de santé. Mais difficile de passer aux actes. Manque de temps, d'incitatifs financiers, de coordination avec les médecins, de ressources... ils estiment que de nombreuses barrières creusent le fossé entre leur idéal et la réalité, révèle un sondage.

Pour les pharmaciens, il y a la pratique rêvée, et il y a la réalité derrière le comptoir, a en effet constaté la chercheuse Marie-Claude Laliberté. «Ils considèrent qu'ils devraient jouer un rôle important, mais, dans la pratique quotidienne, plusieurs barrières freinent leur implication», explique la doctorante en science pharmaceutique à l'Université de Montréal.

Elle a soumis 571 pharmaciens communautaires de Montréal, de Laval, de la Montérégie, de l'Estrie, des Laurentides, de Lanaudière et de l'Outaouais à un sondage détaillé entre décembre 2010 et février 2011. Du lot, environ 30 % étaient propriétaires de leur officine. La majorité travaillait pour une chaîne. Ses résultats sont publiés en ligne sur le site de la revue scientifique BMC Public Health.

Presque tous les pharmaciens ont dit souhaiter être «très impliqués» ou «impliqués» dans la prévention et la promotion de la santé auprès de leurs patients. Mais pour plusieurs d'entre eux, c'est simplement impossible, constatent-ils.

Par exemple, la totalité d'entre eux voudrait aider les patients à écraser la cigarette pour de bon. Dans cette même catégorie «style de vie», la majorité voudrait faire la promotion de l'activité physique, de saines habitudes alimentaires ou encore de la santé dentaire et d'une consommation d'alcool modérée. En réalité, seulement la moitié des pharmaciens se disent réellement impliqués dans cette prévention axée sur le style de vie.

Le sondage révèle que les activités préventives dans lesquelles les pharmaciens sont le plus impliqués sont l'arrêt du tabagisme et le dépistage du diabète et de l'hypertension: ils s'en mêlent presque tous, à différents niveaux. Plus difficile toutefois pour eux de s'occuper de santé dentaire ou de risque suicidaire — 30 % environ disent ne rien faire de particulier à ce chapitre dans leur pratique quotidienne.

Selon Mme Laliberté, les pharmaciens pourraient être aux premières loges de la prévention et du dépistage: «ils voient les patients souvent, les pharmacies sont omniprésentes, elles sont ouvertes le soir et les fins de semaine», souligne-t-elle. Or, ils partagent l'impression d'être sous-utilisés, observe-t-elle. «Ils sont très formés, et on les utilise essentiellement pour renouveler des prescriptions», explique-t-elle.

Le sondage révèle aussi qu'environ la moitié des pharmaciens peuvent compter sur les services d'une infirmière quelques heures par mois.

Plusieurs barrières

Ce qui les empêche d'en faire davantage? Ils évoquent presque tous le manque de temps. Mode de rémunération inadéquat, communication difficile avec les autres professionnels de la santé ou manque de ressources sont autant de barrières évoquées.

Propriétaire de la pharmacie du petit village de Saint-Denis-sur-Richelieu, en Montérégie, Philippe Desmarais se considère comme très chanceux «d'être un pharmacien de famille» qui connaît les trois générations de patients. Et même dans ce contexte, il opine du chef devant les constats de Mme Laliberté. «Oui, on aimerait en faire plus, les contraintes évoquées sont réelles. Les pharmaciens sont très absorbés par la distribution des médicaments, alors qu'ils veulent être plus proactifs, surtout pour tout ce qui se mesure, comme le diabète et l'hypertension», dit-il.

Il explique qu'il aimerait par exemple assumer plus de prise en charge globale. Mais comme le volume des ventes de sa pharmacie ne justifie pas que deux pharmaciens y travaillent en même temps, il doit écarter l'idée de passer deux heures par jour en consultation, dans son bureau, pendant que les autres clients attendent. De plus, comme la rémunération est essentiellement axée sur le renouvellement d'ordonnances, la dimension financière joue un rôle.

Il y arrive en partie, et un véritable canal de communication s'est installé entre lui et les médecins de la coopérative de santé du village, ce qui aide particulièrement à s'intégrer dans les soins, observe-t-il. «Nous ne sommes pas toujours bien intégrés au système de santé», juge celui qui a également travaillé à Montréal.

Pour lui, la nouvelle loi élargissant le pouvoir des pharmaciens aidera certainement, mais c'est également aux pharmaciens d'aller de l'avant. «Je dis aux jeunes que c'est à eux de faire bouger les choses, de prendre des initiatives et de ne pas juste penser en termes de salaire!»

Bien que rien n'indique qu'on soit à la veille d'une entente, les négociations se poursuivent entre l'Association des pharmaciens propriétaires du Québec et le gouvernement, sur la question des honoraires professionnels notamment. En outre, la loi 41, adoptée en décembre, accorde de nouveaux pouvoirs aux pharmaciens. Le Collège des médecins, l'Ordre des pharmaciens et Québec doivent s'entendre sur les modalités précises d'application, avant que des changements concrets ne s'observent dans les officines.

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Actifs en première ligne

Pourcentage des pharmaciens impliqués ou très impliqués dans des activités de première ligne et de prévention. L'aide d'infirmières ou d'autres professionnels de la santé présents dans la pharmacie est incluse.

Dépistage de l'hypertension: 92 %
Dépistage du diabète: 79 %
Santé sexuelle: 68 %
Style de vie: 47 %
Maladies infectieuses et vaccins: 42 %
Dépistage du mauvais cholestérol: 33 %

Des obstacles à leur implication

Comme barrière à l'implication, les pharmaciens évoquent le manque de:

Temps: 86 %
Coordination avec les autres professionnels: 61 %
Ressources et d'employés: 57 %
Compensation financière: 51 %
Outils cliniques: 46 %
6 commentaires
  • Claude Chicoine - Inscrit 10 avril 2012 10 h 45

    Surenchère de services

    Pourquoi ne pas, tout simplement, commencer par donner immédiatement aux pharmaciens le pouvoir de renouveler certaines prescriptions médicales? D'emblée, une telle mesure diminuera l'achalandage des salles d'attente, favorisera l'accessibilité aux soins et sauvera du temps à tout le monde.

    Au lieu d'opter pour la simplicité et l'efficacité on se complait à échaffauder toutes sortes de projets complexes et, au bout du compte, quasi inutiles. La prévention commence par la prise en charge de sa propre santé. Vous aurez beau vous désâmer à élaborer toutes sortes de programmes de prévention, si l'individu ne se prend pas en mains vous aurez jeter par dessus bord, efforts, temps et argent, notre argent.

    À preuve, malgré tous vos efforts louables et vos théorie sacro-sainte, à l'entré des hôpitaux, il y aura toujours des fumeurs avec sérum dans le bras et cigarette à la main.
    Optez pour le bon sens et la simplicité!

    • Samuel Croteau - Abonné 10 avril 2012 11 h 42

      En effet, permettre aux pharmaciens de represcrire (d'émettre une nouvelle prescription pour des médicaments déjà utilisés par un patient) peut sembler une solution simple pour désengorger l'accès aux médecins.

      Par contre, la represcription est loin d'être une formalité administrative! Avant de reprecrire, il faut évaluer attentivement l'innocuité (est-ce que le patient développe des effets indésirables?) et l'efficacité (est-ce que le médicament fonctionne bien?) de la thérapie. Ne pas le faire corresponderait à une pratique de mauvaise qualité et pourrait être dangereux.

      Voilà pourquoi, selon moi, les médecins hésitent à donner plus de responsabilités aux pharmaciens et tiennent à établir des "balises" claires...

      Samuel Croteau
      Étudiant en pharmacie

  • petitbonheur - Inscrit 10 avril 2012 10 h 49

    Dans les farmacie...TRENET

    Pourquoi ne pas regarder ailleurs, j ai la chance de passer l hiver en Espagne et le service de santé est loin en avance du notre, meme pour l etranger que j y represente. dans ce beau pays vous pouvez entrer dans une farmacie expliquer votre mal de dos ,ou votre oreille boucher,ou meme une rechute virale d herpes, et le farmacien de son propre jujement et connaissance vous recomande une creme des goutes ou des comprime de valtrex,enfin il peuvent vendre tout les medicaments incluant les antibiotiques et excepter les drogues ,

  • petitbonheur - Inscrit 10 avril 2012 10 h 55

    farmacie (suite)

    les droques tel somniferes, anti-depresseur et je ne sait quelle autre, ce systeme permet d acheter un medicament qui nous as deja ete prescit par notre medecin sans nouvelle prescription, donc cela desengorge, les salles de medecin, les salles d urgence, cela fonctionne depuis des annees et il n y as pas d apocayipse
    bien a vous
    André

  • Samuel Croteau - Abonné 10 avril 2012 11 h 50

    Manque de temps

    Identifié comme une barrière par 86% des répondants, le manque de temps est un réel problème aujourd'hui pour les pharmaciens.

    Exigeriez-vous de votre médecin qu'il vous évalue, vous prescrive un traitement, réponde patiemment à vos questions et documente son intervention en 5 minutes chrono? C'est pourtant ce que certains patients semblent exiger de leur pharmacien en s'attendant à être servis à la même vitesse à la pharmacie qu'à un comptoir alimentaire. Heureusement qu'on peut demander son renouvellement à l'avance par Internet ou par télépone...

    J'espère qu'un jour, il devienne pratique courante de prendre un rendez-vous avec son pharmacien. Ça va peut-être en frustrer quelques uns, mais c'est le prix à payer pour avoir une première ligne de qualité.

    Samuel Croteau
    Étudiant en pharmacie

  • Denis Beland - Inscrit 10 avril 2012 12 h 06

    Les docteurs et les pharmacies????

    Je crois que le système a besoin d' être revisé totalement. Mes expériences me démontre souvent que les docteurs prescrivent des médicaments pour faire fonctionner la machine pharmaceutical sans qu`un médicament soit absolument nécessaire. Qu`esque je trouve drôle dans tout ça s`est que les docteurs en général demandent et cherche toujours à savoir ton état financier par exemple si tu as une couverture d`assurance avant de procéder à la prescription. Dans plusieurs cas, les docteurs pourrait utilisé des moyens de prévention et au recours des solutions naturel. Je me suis souvent demandé si les docteurs avaient le droit d`investir dans l`industrie pharmaceutical et si oui s`est ce qui pourrait contribué à la pratique courante de prescrire des médicaments sans que se soit absolument nécessaire. Ce qui deviendrait un conflict d`intérêt.