Une clé pour réduire la douleur chronique

Des chercheurs des universités McGill et de Toronto viennent de découvrir la raison pour laquelle certaines personnes sont aux prises avec une douleur chronique insupportable, alors que d'autres individus atteints des mêmes pathologies ne souffrent pas de douleurs aussi intenses, voire n'éprouvent aucune douleur. Cette découverte, qui fait l'objet d'une publication dans la revue Nature Medicine, a aussi permis de déterminer une cible à viser pour atténuer les douleurs chroniques, dont souffre une personne sur cinq, et pour lesquelles il n'existe actuellement peu ou pas de traitements efficaces et exempts d'effets secondaires.

L'équipe de Jeffrey Mogil, du Alan Edwards Centre for Research on Pain de l'Université McGill, et de Michael Salter, de l'Hôpital de Toronto pour enfants, a montré chez la souris que le gène codant pour le récepteur P2X7 se présentait sous deux formes légèrement différentes (appelées variants) qui sont associées à des niveaux de douleur chronique différents. Ils ont ensuite repéré les mêmes variants du gène chez des femmes souffrant de douleurs chroniques à la suite d'une mastectomie ou en raison de la présence d'arthrose.

Les chercheurs ont observé que les variants du gène se distinguaient par l'altération d'un seul nucléotide (une seule brique) dans la séquence d'ADN, et que cette altération n'affectait qu'une seule des deux fonctions qu'assume normalement ce gène codant pour un récepteur appelé P2X7.

Très grosses molécules

«Comme tous les autres récepteurs présents dans la membrane d'une cellule, le P2X7 assure le passage des ions entre l'intérieur et l'extérieur de la cellule [et par le fait même une différence de potentiel qui est présente dans toutes les cellules vivantes]. Or, cette fonction demeure intacte avec les différents variants du gène», précise Jeff Mogil de McGill. Par contre, l'altération entrave la seconde fonction du récepteur P2X7, qui consiste à former dans la membrane cellulaire des pores permettant le passage de très grosses molécules, telles que des protéines. Ainsi, selon le variant porté par un individu, le récepteur P2X7 induisait la formation d'un nombre plus ou moins grand de pores, voire d'aucun pore. Et les personnes chez lesquelles aucun pore n'était percé dans la membrane étaient celles dont les douleurs étaient les plus faibles.

Parmi les patients étudiés par les chercheurs, 45 % étaient porteurs d'une copie du variant qui empêche la formation des pores et d'une copie du variant la permettant, ce qui réduisait modérément l'intensité des douleurs éprouvées. Chez les 6,5 % des sujets qui étaient dotés de deux copies du variant inhibant la formation des pores, aucun pore n'avait pris forme et l'intensité des douleurs ressenties était encore moindre.

Par contre, les personnes porteuses de deux copies du variant favorisant la formation des pores étaient celles qui souffraient des douleurs les plus intenses. «Les molécules qui traversent ces pores semblent causer la douleur», avance Jeff Mogil.

«Cette découverte nous montre que si nous mettons au point un médicament qui bloque sélectivement ces pores tout en épargnant les canaux à ions, nous parviendrons à éliminer la douleur. Un tel médicament aura beaucoup moins d'effets secondaires qu'un autre qui viserait le récepteur et l'empêcherait de fonctionner, et donc bloquerait aussi les canaux à ions», affirme Jeff Mogil, dont les expériences ont montré chez des souris que l'application d'un peptide qui bloque spécifiquement les gros pores membranaires faisait disparaître les comportements associés à la douleur. Ce peptide ne pourra toutefois pas être utilisé comme traitement chez l'humain, car il n'est assimilable que par voie intraveineuse, souligne le chercheur avant d'ajouter que les compagnies pharmaceutiques détiennent désormais la cible à viser pour réduire les douleurs.
3 commentaires
  • Louis-Marie Poissant - Abonnée 28 mars 2012 09 h 40

    Très intéressant!

    Impressionnant comment une université canadienne (normalement n'ayant pas l'aura des américaines) peuvent trouver des réponses aussi fondamentales!

    • Marie-Dominique Rouleau - Inscrite 28 mars 2012 22 h 32

      Mais en sciences biomédicales, plusieurs universités canadiennes sont très réputées.

  • Marie-Dominique Rouleau - Inscrite 28 mars 2012 22 h 35

    P2X7

    Ce gène a été identifié en 2006, à l'université Laval, pour son implication dans la susceptibilité au trouble bipolaire.
    Merci pour la bonne nouvelle madame Gravel.