Trop peu d'études sur les causes du cancer du sein

Trop peu de chercheurs s'intéressent aux origines du cancer du sein plutôt qu'à son traitement, comme en témoigne le dernier documentaire de Léa Pool, L'industrie du ruban rose, présenté en avant-première médiatique hier à Montréal. C'est ce que confirmait hier en entrevue le chercheur épidémiologiste du CHUM Jack Siemiatycki, ainsi que la directrice de la Fondation du cancer du sein du Québec, Nathalie Le Prohon.

«Récemment, nous avons fait un concours de projets de recherche sur le cancer du sein», explique Mme Le Prohon. Or, sur les quarante-cinq projets évalués, seulement quatre portaient sur l'étiologie et l'épidémiologie, qui aideraient à connaître les causes du cancer du sein pour mieux le combattre.

Selon Jack Siemiatycki, il est vrai que seulement de 3 à 4 % des fonds alloués à la recherche sur le cancer portent sur l'épidémiologie et donc, à plus long terme, sur les causes du cancer et sur sa prévention. Mais, selon lui, ce n'est pas à cause des intérêts des compagnies qui financent la recherche, mais bien parce que les universités ne comptent pas assez d'épidémiologistes et parce que les enveloppes de fonds sont distribuées selon la nature des équipes de chercheurs.

Dans le documentaire qu'elle présentait en avant-première hier, Léa Pool soulève un conflit d'intérêts potentiel des compagnies qui participent aux collectes de fonds pour la recherche sur le cancer du sein, dont, aux États-Unis, le Poulet frit Kentucky ou la marque de voitures Ford. Par la nature même de leurs produits, laissent entendre des militantes interrogées dans le documentaire, ces compagnies n'ont pas intérêt à ce que d'importantes campagnes de prévention portent sur une consommation plus écologique et plus responsable.

À la Fondation du cancer du sein du Québec, on procède à des campagnes de financement totalisant environ sept millions de dollars par année, dont l'essentiel provient de collectes de fonds populaires. Parmi les compagnies qui ont vendu des produits «roses» au cours des dernières années au Québec, on compte la Banque Nationale, les jus Oasis, et les produits Van Houtte. Il est entendu que les entreprises se voient du coup assurer une certaine visibilité, reconnaît Mme Le Prohon. Ces fonds vont à la recherche pour lutter contre le cancer du sein, à la promotion de la santé et à l'éducation ainsi qu'au soutien des personnes atteintes.

«La recherche demande beaucoup d'argent», confirme la chercheuse biochimiste Sylvie Mader, de l'Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université de Montréal. «Lorsque les gens donnent à des levées de fonds, ils doivent poser des questions», convient-elle.

Par ailleurs, selon Nathalie Le Prohon, il est inexact d'avancer que le taux de mortalité n'a pas bougé depuis des décennies. Alors que 71 % des femmes pouvaient espérer survivre cinq ans après le diagnostic de cancer du sein en 1974, cette proportion était de 88 % de 2004 à 2006. Reste que le cancer du sein atteint de plus en plus de femmes, soit une sur neuf au Canada, ce qui est énorme, et que ses causes demeurent largement inconnues.
1 commentaire
  • Richard Cloutier - Abonné 17 janvier 2012 10 h 19

    Le poulet aux hormones...

    L'art de désinformer... Un des liens les plus solides qui a été découvert est le recours à l'hormonothérapie qui augmente le risque de cancer du sein. Il a fallu une étude indépendante pour découvrir ce lien qui échappait à l'industrie pharmaceutique. C'est le secret de Polichinelle le mieux gardé, comme je le constate dans cet article. Lâchez le poulet frit qui est une insinuation alors que l'hormonothérapie qui augmente l'incidence du cancer est un fait avéré.