Pouvoirs accrus aux pharmaciens - Un consensus qui craque

Le Dr Louis Godin<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Dr Louis Godin

Le beau consensus autour du projet de loi octroyant des pouvoirs accrus aux pharmaciens s'est craquelé à Québec hier. En commission parlementaire, les médecins omnipraticiens et les infirmières ont exprimé plusieurs réserves. «Préoccupée», la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) estime carrément qu'un projet de loi est superflu, mais l'entérine à condition que des balises strictes soient établies pour éviter des dérapages.

Le projet de loi 41 vise à élargir le champ d'action des pharmaciens. Prolonger ou ajuster une ordonnance, administrer un médicament aux fins d'enseignement, prescrire des analyses de laboratoire ou des médicaments: la FMOQ «ne tolérera aucune dérive», écrit-elle dans son mémoire. Eux qui semblaient plutôt satisfaits au lendemain de l'annonce du 15 novembre, les omnipraticiens sont apparus inquiets, hier.

Dans un mémoire de quelques pages, la FMOQ assure qu'elle «partage les buts et les objectifs» du projet de loi. Mais sur les moyens, la dissension est importante.

Plusieurs informations ont circulé depuis l'annonce initiale, à savoir qu'un pharmacien pourrait prescrire un médicament contre les nausées à une femme enceinte, ou un antiviral pour un feu sauvage. Cela a alimenté le changement de ton de la FMOQ, a expliqué aux députés son président, le Dr Louis Godin. Il demande au Collège des médecins d'éviter «de banaliser l'exercice de la médecine». «Un pharmacien ne sera jamais un médecin», ajoute la FMOQ dans son mémoire. «L'identification de ces conditions devra émaner d'un raisonnement scientifique et non pas de quelconques sondages d'opinion», avertit-elle. Les omnipraticiens craignent aussi qu'en comptant davantage sur leur pharmacien, les patients les visitent moins souvent et que cela entrave «la qualité du suivi médical».

La FMOQ, ainsi que l'Ordre des infirmières, s'inquiète aussi du fait que «le pharmacien pourrait possiblement tirer des bénéfices des médicaments qu'il prescrit et vend tout à la fois». «Le législateur doit trouver des moyens» de prévenir les conflits d'intérêts, a averti la présidente de l'Ordre des infirmières, Gyslaine Desrosiers.

La FMOQ croit que «la modification de la Loi sur la pharmacie ne constitue pas la meilleure voie». Pour le Dr Godin, «pour la majorité des éléments, ça aurait pu être réalisé» dans le cadre législatif actuel.

Infirmières laissées pour compte


Le projet donne aux infirmières le sentiment d'avoir été laissées pour compte. Elles voudraient pouvoir prescrire certains médicaments ou en ajuster la posologie, de même que prescrire certains traitements et radiographies aux patients, à l'instar des nouveaux pouvoirs accordés aux pharmaciens.

Invoquant qu'il s'agit d'une de leurs compétences, elles sont aussi très réfractaires à accorder aux pharmaciens le droit d'administrer des médicaments comme l'insuline pour enseigner la technique aux patients, et demandent que cette activité soit retirée du projet de loi.

Le Collège des médecins et l'Ordre des pharmaciens, qui ont collaboré étroitement pour en arriver à cette annonce, ont tenté de rassurer leurs collègues.

Alors que les infirmières ravivaient également le débat autour des ordonnances collectives, qui vivotent dans certaines régions, le ministre de la Santé Yves Bolduc a fait preuve de fermeté avec les différents professionnels de la santé. «Aujourd'hui, on en donne beaucoup aux pharmaciens. Une fois que ça va être adopté, je vais m'attendre à ce que les ordonnances collectives fonctionnent. Je ne m'attends plus à faire de l'arbitrage entre les trois ordres professionnels.»

Le président du conseil d'administration du Conseil pour la protection des malades, Paul G. Brunet, a confié au Devoir craindre que la FMOQ fasse dérailler un projet de loi pour lequel, enfin, «le Collège des médecins a fait preuve de collaboration, d'innovation et d'ouverture».

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Avec La Presse canadienne
 
25 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 30 novembre 2011 02 h 38

    Corporations de médecins défendent leurs intérêts au détriment de la logique.

    Il faut faire la distinction entre les Corporations de médecins, dont l'esprit de clocher fait qu'ils aiment beaucoup s'accaparer et conserver leurs pouvoirs, et les médecins eux-mêmes qui s'occupent des patients.

  • Melkitsedeq - Inscrit 30 novembre 2011 07 h 14

    Faut il en rire ou pleurer?

    «Un pharmacien ne sera jamais un médecin» et : Un médecin ne sera jamais un pharmacien!!

    Cela est pourtant simple et sûrement simpliste : Les médecins devraient diagnostiquer les pharmaciens prescrire. Les mouches devraient voler et les chevaux galoper. C'est une logique trop simple pour fonctionner.

    A voir le comportement du Collège des médecins : Je rigole en pensant a François Legault qui mise sur leurs bonne foi.

    A mourir de rire

    Christian
    Sherbrooke

  • Yves White - Abonné 30 novembre 2011 07 h 40

    Parler des deux cotés de la bouche

    Et bien maintenant la FMOQ qui parle de tirer des profits des prescriptions... Ils sont vierges maintenant? Et alors les voyages de formation payés par les Big Pharmas... et les ententes de loyer à bas prix avec Jean-Coutu...

    Voilà un autre élément du ras de bol que nous avons envers les tenants de ces divers pouvoir. Le bien commun ok tant que nos privilèges sont protégés mais si on y touche alors sortont l'artillerie de la démagogie et faisont croire de protéger le petit peuple et que nous voulons son bien tant qu'il en restera à s'accaparer...

  • Peter Kavanagh - Inscrit 30 novembre 2011 07 h 46

    Pris en otage

    Les medecins prennent la populations en otage. Ils ne suffisent pas a la tache mais font la fine bouche quand c'est le temps d'approuver des medecins étrangers et maintenants s'opposent a ce que des spécialistes en medicaments les prescrivent. Le systeme médicales est aussi pourri que la construction.

  • France Marcotte - Abonnée 30 novembre 2011 07 h 52

    On naît médecin?

    Quand la réalité du terrain (vous savez, là où vivent les gens?) est qu'on en est à songer à se faire soigner par un vétérinaire, ces chicanes de clocher sont franchement indécentes.

    Pourquoi ne pas vous inspirer des principes de la médecine de guerre?