Il faut légaliser l'euthanasie et le suicide assisté, dit un comité d'experts

En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.
Photo: Agence Reuters Stefan Wermuth En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.

La société canadienne vit dans le déni de la mort. Seulement 9 % des Canadiens acceptent en effet de parler avec leur médecin des conditions dans lesquelles ils veulent mourir et prennent des dispositions à cet effet.

C'est l'une des conclusions d'un imposant rapport de la Société Royale du Canada, auquel ont participé six experts reliés à des domaines divers, dont l'éthique, le droit et la médecine. Ce comité recommande au gouvernement de modifier le Code criminel de façon à permettre le suicide assisté et l'euthanasie, lorsque ce choix s'impose, auprès d'un patient jugé compétent pour prendre une telle décision.

D'entrée de jeu, les experts citent une récente enquête de l'Economist Intelligence Unit, qui a comparé la qualité de la mort dans 40 pays de la planète. Si le Canada s'y est classé 10e, l'étude note que «la médicalisation de la mort au Canada a engendré une culture dans laquelle les gens ont peur d'aborder le sujet de la mort».

Médicalisation ou pas, 77 % des Canadiens n'ont pas accès à des soins palliatifs, nous rapportent les experts mandatés par la Société Royale du Canada. Et malgré le souhait qu'ont la plupart des Canadiens de mourir à la maison, 68,6 % d'entre eux finissent par mourir à l'hôpital. Dans l'ensemble, du pays, c'est au Québec que ce taux est le plus élevé, avec 86 % des morts survenant à l'hôpital.

Sur la question délicate de l'euthanasie et du suicide assisté, les auteurs du rapport arrivent à des conclusions qui vont à l'encontre de la position du gouvernement fédéral, qui a déjà dit ne vouloir rien changer au Code criminel concernant l'euthanasie et le suicide assisté.

Or, selon les experts, qui ont également passé en revue tous les pays où ces approches sont légalisées ou décriminalisées, il n'y a aucune preuve que cette décriminalisation entraîne des abus dans l'application, c'est-à-dire la pratique de l'euthanasie ou du suicide assisté sur des personnes non compétentes ou non consentantes. Au contraire, affirmait hier en téléconférence Jocelyn Downie, cosignataire du rapport, on retrouverait de plus nombreux cas de ces débordements précisément dans les pays où l'euthanasie et le suicide assisté ne sont pas légalisés.

«L'euthanasie est pratiquée au Canada, où elle est clairement illégale. Le suicide assisté est pratiqué au Canada, où il est clairement illégal», explique Jocelyn Downie.

Les Canadiens favorables à l'euthanasie

Rappelons que 85 % des Canadiens se sont déjà prononcés en faveur de l'euthanasie parce qu'ils croient qu'elle permettrait aux personnes en fin de vie d'alléger leurs souffrances, selon un sondage Angus Reid effectué en 2010. Et 66 % croient que le fait de légaliser l'euthanasie n'aura pas pour effet d'envoyer le message que la vie des personnes âgées ou handicapées a moins de valeur. Quant aux personnes ayant pratiqué le suicide assisté, les sondés estiment à 41 % qu'elles ne devraient pas être poursuivies.

En matière de maintien ou de cessation des soins auprès d'un patient, la situation est moins claire, disent les auteurs du rapport. Aussi, dans la liste de leurs recommandations, ils suggèrent qu'il soit indiqué dans le Code criminel que le retrait des soins pour lequel il y a eu un refus légalement valide n'est pas criminel. Le comité d'experts demande aussi que les professionnels de la santé soient formés au devoir de respecter un refus des soins en fin de vie, sans craindre des poursuites criminelles.

En matière de soins palliatifs, le comité réclame que les gouvernements, les institutions de soins de santé, et les médecins travaillent ensemble pour assurer de meilleurs soins palliatifs, et cela, au-delà des cas de cancer.

Enfin, en matière de sédation palliative ou terminale, déjà largement utilisée dans les institutions de santé canadienne, le comité demande qu'elle soit considérée, lorsqu'elle ne sert pas à réduire la douleur physique, comme de l'euthanasie, et qu'elle soit sujette aux mêmes procédures.

Des réserves d'autres experts

Certains experts dans le domaine du droit de la santé ont déjà émis des réserves concernant les conclusions du rapport des experts de la Société royale du Canada.

Me Pierre Deschamps, spécialiste en droit de la santé, a qualifié d'«extrême» la position des experts signataires du rapport, entre autres choses parce qu'elle ne limite pas la pratique de l'euthanasie aux malades en phase terminale.

«Cela ouvre la porte à une situation où tout un chacun qui serait fatigué de la vie et qui aurait plus de 18 ans pourrait demander à ce qu'on l'aide à se suicider», dit Me Deschamps, qui avait consulté hier un résumé du rapport. Me Deschamps souligne aussi que les auteurs du rapport semblent placer l'autonomie de la personne au-dessus de toutes les autres valeurs qui participent au tissu social de la société.

Or, «en société, dit-il, il y a des balises et des contraintes».

La spécialiste du droit de la santé Margaret Somerville a aussi exprimé «une forte opposition» aux conclusions du rapport, qu'elle a qualifié de «manifeste pro-euthanasie». Margaret Somerville, qui est elle-même membre de la Société Royale du Canada, conteste en particulier les données du rapport quant à l'absence d'abus dans certains pays où l'euthanasie et le suicide assisté sont légalisés, soit aux Pays-Bas et en Oregon.
24 commentaires
  • Patro - Inscrit 15 novembre 2011 05 h 07

    LaPalice

    «Cinq minutes avant sa mort, il était encore vivant»

    La réflexion sur la mort et mourir est l'histoire d'une vie. On veut la voir selon sa psyché, son propre intérêt et selon les cinq minutes interminables qui la précède.

    Au fond, ce que ce rapport permet de mettre en évidence c'est d'abréger ce cinq minutes qui durent des années. Parents, voisins amis, atteints de maladies chronique,( irréversible à long terme et atteignant une qualité de vie inféodée à la souffrance ) combattent la mort avec une efficacité redoutable et pendant des années sachant très bien repousser ces dernières minutes mais en les vivant pendant des années.
    Ceci vaut aussi bien pour les malades physiques que psychique. Le suicide est aussi précédé de ces cinq minutes qui pour certains ont duré 80 ans.
    Mourir en bas âge ou dans la fleur de l'âge est accepté uniquement par les gouvernements qui réclament «des Morts pour la Patrie». Mais oblige de rester en vie pour payer des impôts qui serviront à payer les soins des personnes qui n'en veulent pas.
    En fait, est-ce que les humains occultent la mort ou si ils se donnent le devoir de souffrir. Est-ce une obligation que de souffrir et si oui pourquoi? Doit-on satisfaire les obligations reliées à des professions qui ont pour but de faire vivre les humains jusqu'à la mort!
    Il est aisé de philosopher sur les beautés de la vie lorsque l'on est en santé. Il est aisé de ne pas comprendre la maladie mentale lorsque l'on a seulement mal au pied. Il est aisé de demander aux autres d'avoir du courage et de souffrir, lorsque l'on vit avec l'idée que la mort viendra nous chercher et que l'on partira «comme un petit oiseau» dans notre sommeil.
    Toutes ces positions sur le courage des malades et l'obligation de les accompagner dans leurs souffrances et de ne pas vouloir manquer leurs dernières cinq minutes relève plus du devoir de servir que du devoir de réserve.

    Notre devoir: Baliser et non d'interdire.

    Vite,

  • Pierre Schneider - Abonné 15 novembre 2011 07 h 21

    Harper va dire non

    Le rapport, par ailleurs excellent, de ce comité, va aller tout droit dans la poubelle de Stephen Harper. Et c'est lui seul qui maintenant décide de notre doit de vie ou de mort.

  • France Marcotte - Abonnée 15 novembre 2011 08 h 38

    Alors, comment on le quitte ce foutu cirque?

    On entre dans la vie en criant et tout gluant, mais qui se rappelle de sa naissance (à moins peut-être de se laisser régresser sur le divan d'un psy des profondeurs)?
    La sortie est plus problématique.
    Si on observe la forêt par exemple, les arbrisseaux naissent comme nous les humains, mais s'écroulent de différentes manières, soit foudroyés, soit pourris dans la moelle, soit fauchés par la tordeuse d'épinette ou autre parasite, soit bûchés par une grande papetière...
    La mort est inventive dans ses manières.
    On voudrait bien mourir sans y penser mais un corps vieux, c'est bien encombrant vers la fin, ça s'accroche et ça toussote, ça exige qu'on en fasse quelque chose.
    Les mouroirs font leur temps. Tôt ou tard faudra bien voir la vérité en face: faut mourir et ça se bouscule au portillon.
    Quelle est la façon la plus élégante de tirer sa révérence d'ici bas?
    La réponse viendra peut-être à force d'en parler.
    Certainement pas en se terrant dans un silence factice, sourd à l'appel de la terre sous nos pieds.

  • Rara - Inscrit 15 novembre 2011 08 h 43

    Euthanasie

    Le fait de décider à la place d'autrui de sa propre mort, et surtout pour des personnes en situation de grande vulnérabilité n'est absolument pas légitime dans un Etat démocratique : le jour où l'on s'autoriserait à abréger la vie de personnes qui n'ont rien demandé, au motif qu'elles sont vulnérables, fragiles ou en fin de vie, nous aurions alors beaucoup à craindre pour l'avenir.

  • Yvon Bureau - Abonné 15 novembre 2011 08 h 52

    Excellent rapport

    Très bon, réaliste et sage rapport, celui de la SRC.

    Le très important, c'est qu'il soit permis au Canada à un mourant de demander et de recevoir une aide médicale active, si nécessaire et si librement demandée, et si respectant un cadre strict et sécuritaire préétabli. C’est ce que veut une personne en fin irréversible de vie ou au bout de sa vie et de son corps.

    Il faut garder criminels l’aide et l’encouragement au suicide, l’euthanasie non volontaire, l’euthanasie autre que médicale, le meurtre par compassion. C’est une excellente sécurité que se donne le Canada et il faut la garder.

    CEPENDANT, une aide médicale active à mourir pour un finissant de la vie, le Gouvernement canadien, comme l’Assemblée nationale du Québec s’apprête fort probablement à le faire, doit reconnaitre cette aide exceptionnelle comme un soin approprié et personnalisé de fin de vie. RIEN à voir avec un crime.

    Cessons d’opposer les soins palliatifs et l’euthanasie SOUS conditions. C’est complémentaire. L’exemple de dix années de la Belgique est éloquent.

    Quant à madame Summerville, elle devrait en urgence rencontrer l’honorable Jean-Louis Baudouin, juge en chef à retraite; selon ce grand sage, il n’y a pas eu d’abus en Belgique ou en Hollande (étude en 2009). Bon de rappeler à M. Deschamps que l’autonomie de la personne en fin de vie est devenue une valeur sociétale majeure. La primauté au patient. Son seul intérêt et son libre-choix. Dans une relation intense mourant-médecin

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