Faculté de médecine - L'Université de Montréal souhaite former autant de médecins de famille que de spécialistes

Le programme d’études de l’Université de Montréal a été revu pour faire face à de nouveaux défis sociaux et scientifiques.<br />
Photo: Agence Reuters Jonathan Ernst Le programme d’études de l’Université de Montréal a été revu pour faire face à de nouveaux défis sociaux et scientifiques.

Dès l'automne 2013, les nouveaux étudiants inscrits à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal entreprendront un programme d'études complètement transformé. Le Dr Christian Bourdy, vice-doyen aux études de 1er cycle, et son équipe travaillent depuis juillet 2010 à la refonte totale du programme. Les premiers médecins «nouveaux» arriveront dans notre système de santé en 2017.

«Le présent, à quoi ressemble-t-il? Il est fait de patients plus âgés, plus fragiles, mais mieux informés. Il est fait de rapports humains moins formels, davantage fondés sur la collaboration et la confiance que sur la seule autorité du savoir. Il est fait de nouvelles technologies, de nouvelles disciplines et de nouveaux défis, comme la chronicisation des maladies ou la transformation profonde de l'organisation des soins. Dans ce contexte, une simple mise à jour du programme de médecine ne suffit pas.» Cette citation, tirée de Synapse, le blogazine de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, résume bien la situation. Le programme actuel nécessite une transformation majeure.

Pour le réaménagement, la réflexion s'est amorcée autour des recommandations de trois rapports publiés en 2010: le rapport sur l'avenir de l'éducation médicale au Canada, produit par l'Association des facultés de médecine du Canada, le Lancet Commission report, Education of Health Professionals for the XXIst Century, ainsi qu'une publication américaine intitulée Educating Physicians: A Call for Reform of Medical School and Residency. «La charpente des programmes de médecine date de 1910 et est établie selon les recommandations du rapport Flexner, commandé par la Carnegie Foundation. La plupart des facultés fonctionnent comme ça depuis à peu près cent ans», explique le Dr Bourdy.

Collaborations

La société change et ses besoins aussi. La grande particularité du nouveau programme de l'Université de Montréal, ce sont les apprentissages qui se feront dorénavant sur la base de la collaboration interprofessionnelle: «Nos étudiants doivent être prêts à faire face à des problématiques qui ont émergé ces dernières années au niveau des maladies chroniques et du vieillissement de la population. Dans ce nouveau programme, la collaboration avec d'autres professions de la santé devient majeure et nous appelons ça le leadership partagé. Le médecin doit rester un leader, mais pas comme avant, où c'était lui qui décidait un peu de tout», rappelle le Dr Bourdy.

Dès la formation, les étudiants seront déjà en contact avec des étudiants en sciences infirmières, en psychologie, en ergothérapie et en physiothérapie. Le leadership partagé, c'est donc d'apprendre à travailler ensemble; le médecin devra prendre sa place, mais pas nécessairement décider de tout. Il aura un rôle d'intégrateur des diverses sources d'information sur la santé et la maladie de son patient.

Comme on le voit, le leadership partagé va de pair avec les pratiques collaboratives, et les nouveaux aménagements mènent directement à un programme intégré où il n'est plus question d'apprentissage par blocs de disciplines: «Le programme intégré abordera à la fois les sciences fondamentales, les sciences humaines et les sciences cliniques, nos étudiants vont toucher à tout, en même temps. On étudie de façon intégrée toutes les sciences qu'on doit apprendre et à la fois, on apprend à travailler ensemble», ajoute Dr Bourdy.

Première ligne

La nouvelle formation sera aussi beaucoup basée sur les interventions de première ligne: «Des soins de première ligne donnés par des médecins de famille, oui, mais aussi la première ligne de médecine de base: la médecine interne, la chirurgie générale, la pédiatrie générale, etc. Nos étudiants travailleront avec des cliniciens pour apprendre la base», explique le Dr Bourdy.

L'équipe du Dr Bourdy utilise une jolie métaphore pour décrire ses futurs médecins: «Au programme MD, on veut former un médecin "cellule souche", on ne veut pas former nécessairement un médecin de famille ou un spécialiste, on veut former un médecin qui peut aller partout parce qu'il possède les connaissances de base qui le lui permettent.»

On veut donc que l'étudiant voie des types de patients différents, qu'il aille dans la communauté plutôt que de ne voir que des patients qui sont hospitalisés dans les centres hospitaliers universitaires, où on retrouve souvent des patients de 2e, 3e ou même de 4e ligne, donc des patients avec des problématiques complexes qui nécessitent d'être traitées par un spécialiste ou même un surspécialiste. Ce qu'on veut surtout au programme MD, c'est que l'étudiant rencontre des cas de tous les jours. C'est à ce niveau que la relation du médecin avec son patient se fera dans un autre registre.

Le nouveau médecin de l'UdeM sera donc un humaniste, un médecin à l'écoute de son patient. Mais le patient aussi devra travailler de concert avec son médecin, puisqu'il deviendra un partenaire: «On dit que si on prend bien le temps d'écouter un patient, et après à son examen physique, on peut poser jusqu'à 75 % des diagnostics. On le fait déjà, mais dorénavant on veut mieux orienter les étudiants vers ces pratiques sans toutefois négliger les autres formes d'expertise», relève le Dr Bourdy. C'est peut-être une autre définition de la médecine personnalisée qui n'est plus seulement une étude du code génétique d'un patient pour savoir quel médicament lui con-vient ou pas.

Il faut aussi parler du nouveau patient. Il devient partenaire. On le sait, depuis qu'Internet fait partie de nos vies, les informations médicales qui y sont véhiculées sont nombreuses et plus ou moins adéquates. Le patient n'a jamais possédé autant de connaissances, pour le meil-leur et pour le pire, et le médecin devra dorénavant: «Aider le patient à aller chercher ses informations, à prendre en compte ses savoirs et les respecter, pour finalement utiliser son expertise de médecin pour augmenter l'expertise du patient».

Dans les faits, le patient partenaire aidera à former les étudiants au niveau de la recher-che, mais il pourra aussi aider au niveau des soins. De plus, s'il le désire, on lui donnera la capacité de se gérer lui-même en partenariat avec une équipe de soins incluant le médecin; de cette manière, le patient se prend en charge.

Et l'avenir?

À la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, on vise à former un nombre équivalent de médecins de famille et de médecins spécialistes. C'est aussi à ce ratio que souhaite arriver le gouvernement. Aujourd'hui, on tente de faire augmenter le taux actuel de près de 42 % de diplômés en médecine familiale en mettant très tôt en contact les étudiants avec des médecins généralistes. La littérature tend à prouver l'efficacité de cette méthode et c'est précisément ce que prône le nouveau programme.

L'élaboration de ce nouveau programme ne s'est pas effectuée en vase clos. Depuis janvier 2011, des tables de travail se réunissent régulièrement. Ces tables regroupent des étudiants, des professeurs, des patients, ainsi que des médecins généralistes, spécialistes et surspécialistes, des professionnels de la santé et de l'éducation, ainsi que des gestionnaires.

On doit préparer le terrain afin que les structures soient adéquates pour recevoir les premiers étudiants de cette nouvelle formation. Un programme de formation comme celui conçu par l'Université de Montréal vise à assurer la pérennité du système de santé. On ne forme pas des médecins pour les 10, les 20 ou les 30 prochaines années. On est sur le long, le très long terme. Le monde change, les connaissances ainsi que les technologies aussi, et c'est pourquoi on veut donner à ce programme une grande flexibilité. En travaillant conjointement avec l'Institut national de santé publique et en analysant les informations recueillies par cet organisme, on pourra adapter le programme de façon continue et nous n'aurons pas à le retransformer encore dans 20 ans.

***

Collaboratrice du Devoir