Une autre approche - L'ostéopathie veut être reconnue comme science de la santé

L’ostéopathe travaille sur les causes plutôt que sur les symptômes.
Photo: - Archives Le Devoir L’ostéopathe travaille sur les causes plutôt que sur les symptômes.

Les 1000 ostéopathes du Québec comptabilisent environ deux millions de consultations chaque année. À propos d'une discipline de plus en plus populaire.

L'ostéopathie est l'objet d'un tel engouement ces dernières années que l'Office des professions du Québec (OPQ) se penche actuellement sur son cas. «Nous avons demandé notre reconnaissance sur le plan légal, note Jean-Luc Géhant, président de l'Association des ostéopathes du Québec (ADOQ). Nous demandons à faire partie du système de santé québécois. On voudrait aller dans les maternités, les établissements de gériatrie, les centres sportifs, les services respiratoires, en traumatologie, etc. Est-ce qu'à ce moment-là, l'assurance-maladie prendrait l'ostéopathie en charge? Je ne peux pas vous répondre. Mais on le souhaite, car on a un métier extrêmement complémentaire par rapport à la médecine traditionnelle ou à d'autres disciplines médicales comme la physiothérapie ou l'acupuncture.»

Le créneau de l'ostéopathie, c'est travailler sur les causes plutôt que sur les symptômes. «On va se demander pourquoi le patient a mal au genou. Si c'est parce qu'il est tombé dessus, parfait, on se cantonne sur le genou. Mais si vous venez me voir en me disant que vous avez mal au genou depuis trois ans et que vous n'êtes jamais tombé dessus, là, j'ai un problème, et je vais chercher la cause ailleurs que sur le genou.»

Pour cela, l'ostéopathe utilise la qualité et la finesse de sa palpation pour diagnostiquer les zones de restriction au niveau de la mobilité d'un tissu, soit quelque chose qui est vivant, mou, élastique, et qui doit correspondre à une certaine physiologie, à une certaine demande du corps. Plus le tissu est dense, moins vous allez être souple, plus vous allez être raide, moins vous allez être fonctionnel. Ça peut être la peau, le muscle, l'os, un intestin, un foie, etc.

Pour maux multiples

Chaque tissu a ses caractéristiques propres, mais ce qui est commun à tous, c'est qu'ils doivent être élastiques et mobiles, pour qu'avec un apport sanguin suffisant, un apport chimique suffisant et un système hormonal en état de marche, le corps fonctionne bien.

«L'ostéopathie, c'est un art, c'est une science et c'est deux mains pour vous guérir, poursuit Jean-Luc Géhant. Si vous mettez les mains en écoute sur une région, un genou, un coude, un estomac, un abdomen, vous allez sentir qu'il y a un mouvement permanent à l'intérieur du corps, qu'il soit donné par la respiration, les battements cardiaques, les ondes électriques des nerfs... Via la palpation, nous allons partir de la superficie, descendre progressivement dans le tissu, dans la densité tissulaire, et en fonction de nos connaissances anatomiques, qui sont fondamentales, on va dire que là, on a une lésion de tel muscle, tel os, tel organe, telle artère ou de telle veine.»

Ainsi, beaucoup de maux peuvent être traités par l'ostéopathie: les troubles fonctionnels, qu'ils soient respiratoires ou digestifs, les migraines, les troubles moteurs ou neurophysiologiques, etc.

«Dès qu'il y a un problème, estime Jean-Luc Géhant, quelle qu'en soit l'origine — traumatique, chimique, émotionnelle, ou les trois impliquées parfois —, vous avez une densification du tissu. On pense souvent à l'ostéopathie pour se remettre d'un choc, mais de plus en plus, nous communiquons sur les autres aspects de notre discipline. La grossesse est une situation sur laquelle nous pouvons agir, nous préparons à l'accouchement. Il y a aussi de plus en plus de femmes qui souhaitent que nous soyons là pour les aider lors du travail. Et puis nous devrions systématiquement ausculter les nouveau-nés. Il y a tellement de problèmes futurs que nous pourrions ainsi prévenir! Prenons maintenant l'exemple des chocs émotionnels. Nous savons aujourd'hui que la tristesse agit sur les poumons, une grande peur sur les reins. Eh bien là, on peut intervenir en complément de la médecine traditionnelle avec le système allopathique.»

Avec des résultats probants, prouvés. En conséquence, de plus en plus souvent, les médecins traditionnels conseillent l'ostéopathie à leurs patients. Résultat, la discipline est devenue très populaire au Québec et deux millions d'actes y sont pratiqués chaque année. Avec le risque aussi de tomber sur un charlatan, puisque la profession n'est pas encadrée. «C'est assez nébuleux, parce qu'il y a des formations que je qualifierais de "sauvages"... C'est notre devoir de protéger le public et c'est une des raisons pour lesquelles nous demandons notre légalisation, assure le président de l'ADOQ. En attendant, les patients qui souhaitent consulter peuvent se renseigner auprès de notre association ou d'une autre pour obtenir les coordonnées d'un des 1000 ostéopathes sérieux ayant suivi une formation basée sur les critères internationaux et qui exercent actuellement au Québec.»

Double programme de formation


Pour l'instant, deux formations s'offrent aux candidats à devenir ostéopathes. La première dure cinq ans après le cégep, soit 4800 heures minimum afin d'obtenir un diplôme équivalent à la maîtrise. La deuxième, qui est aujourd'hui la plus courante, est une formation en cours d'emploi, donc à temps partiel, et s'adresse aux personnes ayant déjà un baccalauréat en sciences de la santé: infirmiers, physiothérapeutes, ergothérapeutes, voire médecins, etc. Elle s'échelonne également sur cinq ans à raison de 1400 heures de formation pour donner elle aussi l'équivalence de la maîtrise.

«Tout cela va changer si nous obtenons notre agrément auprès de l'Office des professions du Québec, prévient cependant Jean-Luc Géhant. D'abord, je crois savoir que l'OPQ a demandé un diplôme de doctorat en ce qui concerne l'ostéopathie, mais en plus, cette formation devra être obligatoirement donnée à l'université. Les écoles, qui sont aujourd'hui privées, vont être amenées à disparaître. Cependant, il n'y a aujourd'hui aucun cadre, aucune structure capable d'accueillir la formation en ostéopathie à l'université. Il y aura donc une période de réajustement qui va profiter aux écoles, dont l'enseignement va être, peut-être, accrédité par l'université. Pour l'instant, tout cela reste très flou et la balle n'étant pas dans notre camp, il est très difficile de savoir quand cela interviendra.»

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Collaboratrice au Devoir

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