Une médecine venue d'ailleurs - L'acupuncture se veut une médecine préventive

Raymond Bourret est formel: l'acupuncture ne guérirait pas le cancer ou autres maladies graves, ni même un rhume. «L'acupuncture trouve ses limites lorsqu'il y a lésion des tissus, dit-il. Ce n'est pas l'acupuncteur qui réglera des cas de sclérose en plaques ou de cancer... Par contre, dans ce genre de cas, on peut aider la personne à réagir de manière optimale aux traitements médicaux.»

Raymond Bourret rapporte que tout acupuncteur encourage normalement les traitements médicaux. «On ne s'oppose pas non plus à des mesures préventives comme la vaccination, dit-il. Les acupuncteurs ne mènent pas un combat contre les vaccins. Nous considérons même que nos traitements d'acupuncture aident les personnes à mieux réagir à la vaccination.»

Ce serait d'ailleurs l'intérêt d'être suivi par un acupuncteur, qui, selon M. Bourret, aide notre organisme à réagir adéquatement face aux stress de la vie. Ainsi, on ne devrait pas consulter un acupuncteur lorsqu'on a un rhume ou une grippe, mais plutôt de façon préventive, afin que l'acupuncture supporte notre organisme pour mieux combattre l'apparition de maux respiratoires.

«L'acupuncture se veut une approche globale du maintien de la santé, indique le président de l'ordre. Par exemple, pour une personne qui a une faiblesse au niveau de l'arbre respiratoire, l'acupuncteur déterminera sur le plan énergétique, à travers sa propre grille d'analyse, ce qui suscite chez elle cette faiblesse. S'agit-il de conditions héréditaires, de conditions environnementales (fume-t-elle ou travaille-t-elle dans un milieu froid et humide?)... Ou encore, la manifestation qu'on a au niveau du poumon est-elle tributaire d'une mauvaise métabolisation des glaires et des mucosités? L'acupuncteur pourrait alors traiter les racines du mal, en plus de renforcer l'énergie des poumons. Ou encore, il y a ce qu'on appelle l'énergie de l'eau, associée à l'énergie du rein, poursuit-il; à ce moment-là, l'acupuncteur ira supporter le métabolisme qui est à l'origine du problème.»

Non scientifique mais individuelle

La médecine occidentale est, aux yeux des acupuncteurs, «beaucoup plus positiviste et quantitative», indique M. Bourret. C'est-à-dire qu'elle préconise une vision très précise de ce qu'est la santé, alors que les critères qui permettent de déterminer si quelqu'un est en bonne santé ou non sont fixés et mesurables avec une instrumentation (prise de mesures, analyse de sang, radiographie, etc.).

«Par contre, enchaîne-t-il, en médecine traditionnelle chinoise, l'acupuncture préconise une approche plus qualitative et constructiviste, ou subjective.» C'est-à-dire qu'elle inclut un élément de subjectivité dans les thérapeutiques proposées. «C'est avec le patient qu'on va "construire" la mission de santé qui lui convient, explique M. Bourret. Donc, nos normes de ce qu'est être en santé sont beaucoup plus flexibles, plus individualisées et il s'en suit un traitement personnalisé, un traitement qui s'adresse donc à cette personne et au moment où on la rencontre.»

Ainsi rapporte Raymond Bourret, dans l'élaboration d'une prescription, les points d'acupuncture pourraient être choisis en fonction de la saison, de l'heure de la journée et même de l'état émotionnel de la personne. «Nous sommes vraiment dans une approche extrêmement personnelle et très "ici et maintenant", insiste l'acupuncteur, une approche qui nous permet d'élaborer un traitement qui s'harmonise à la personne au moment présent.»

Normes variables


C'est aussi pourquoi il est si difficile de tester objectivement l'efficacité de l'acupuncture, enchaîne M. Bourret. «En acupuncture, la relation acupuncteur-patient est fondamentale, dit-il, puisque nous introduisons dans la relation thérapeutique la subjectivité. C'est d'ailleurs un problème pour faire de la recherche scientifique, puisque pour un même diagnostic médical comme une migraine, deux acupuncteurs pourront avoir des interprétations différentes.»

Chaque acupuncteur, explique-t-il, en fonction de ses propres perceptions, de sa propre personnalité même, verra chez le patient les choses d'une manière un peu différente. «L'acupuncteur fera des choix très subjectifs qui feront en sorte que le traitement sera adapté à ce qui se passe entre lui et son patient.»

En acupuncture, on est donc beaucoup plus dans le qualitatif et dans le constructivisme que dans le positivisme et le quantitatif, résume le président de l'Ordre des acupuncteurs du Québec. «Cela ne veut pas dire qu'on n'a pas de critères objectifs, dit-il, mais on a aussi des critères subjectifs qui nous permettent, je dirais, d'enrichir à la fois l'analyse que l'on fait du cas et de l'intervention que l'on apportera.»

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Collaborateur du Devoir

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