La FIQ répond à la présidente du Conseil du trésor Michelle Courchesne - Ras le bol des coupes!

Réginald Harvey Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) est loin de partager la vision de la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne: les compressions budgétaires en santé risquent sérieusement d'entraver la bonne marche dans les soins et les services aux bénéficiaires. Sur un autre plan, la FIQ entend sortir des sentiers battus pour trouver une solution aux débordements dans les urgences.

«Quand on dit qu'on peut faire des coupes de 350 millions de dollars sans que ce geste affecte les services, ça veut dire que ces millions sont dépensés pour des individus qui ne font rien dans le réseau. De deux choses l'une: ou ce dernier va être complètement paralysé parce qu'il n'y aura pas de gestionnaires pour le faire fonctionner, ou bien il y aura des coupes de services», constate Régine Laurent, présidente de ce regroupement de professionnels en santé qu'est la FIQ.

Selon elle, les risques encourus sont nombreux. «D'abord, il y aura du non-remplacement, ce qui est grave car cela veut dire que, lorsqu'il manque une infirmière, qui subit déjà une surcharge de travail, il faudra distribuer sa tâche en partie entre ses collègues, et cela, au détriment des patients. On s'inquiète aussi parce que les CLSC sont débordés: ils font beaucoup de curatif parce que les gens en postopératoire sortent plus rapidement des établissements. On est déjà dans l'incapacité de remplir le mandat des soins à domicile... Si en plus il y a des coupes, le maintien et les soins à domicile risquent d'écoper.» En mars dernier, le budget du ministre Bachand prévoyait de surcroît une première réduction budgétaire de plus de 116 millions de dollars.

Du pareil au même

L'état déplorable actuel de la situation, qui prévaut dans la gouvernance au Québec, ajoute de l'huile sur un feu déjà bien nourri. «C'est comme une gifle. Il y a un rapport qui nous dit que de l'argent fuit de toutes parts à cause de la collusion, etc. On parle quand même de millions de dollars et, deux jours plus tard, on vient nous dire qu'on réduit les budgets en santé... pour des raisons de dépassement de coût dans les travaux routiers, là où on parle de collusion, et à cause des inondations en Montérégie. Le budget québécois est-il si fragile que cela? On ne se force même pas pour dire la vérité, ce à quoi on s'attend de moins en moins, mais on pourrait au moins le faire pour dire quelque chose d'intelligent qui se tient.»

Les urgences montréalaises continuent de déborder, malgré tous les efforts qui ont été consentis d'un ministre à l'autre depuis des années pour les désengorger. Le pdg de l'Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine, a récemment proposé à son tour un autre remède pour venir à bout d'une pathologie récurrente et apparemment incurable.

Régine Laurent a perdu la foi et ne croit plus au miracle: «J'ai pris la peine de l'écouter quand il s'est présenté en commission parlementaire; on lui a arraché du bout des lèvres qu'il allait diminuer les attentes à 12 heures, mais d'ici 2015. Il y avait beaucoup de conditionnels dans ses propos et, en additionnant toute une série de "si", on nous fait croire qu'on va être bien chanceux d'en arriver à un temps de 12 heures dans quatre ans.»

Elle s'insurge contre une telle proposition: «Comme professionnelle de la santé et comme citoyenne, vous m'annoncez que vous travaillez à ce que j'attende 12 heures à l'urgence; on n'est quand même pas dans une république de bananes à l'autre bout de la planète.» La FIQ a décidé de procéder autrement dans ce dossier, lors de son dernier congrès: «La perception qu'on a, c'est qu'il y a beaucoup trop de gens, particulièrement au ministère de la Santé et dans les agences, qui s'affairent pour faire vivre un système; ils ne regardent pas en dehors de celui-ci et se trouvent dans la même logique.»

Le regroupement a plutôt choisi d'emprunter une autre voie. «Même si on est une organisation syndicale, on est tellement préoccupé par la survie du réseau et par les soins aux patients qu'on a décidé de travailler dans les trois prochaines années à trouver de nouveaux modèles qui vont servir à nos membres pour être davantage présents dans la collectivité et plus proches des patients ou de la clientèle; il y a quand même 20 % ou 23 % de la population qui souffre d'une maladie chronique et qui a besoin de soins réguliers, sans pour autant se trouver à l'hôpital.»

La Fédération veut sortir des modèles actuels: «On s'est dit que plus ça change, plus c'est pareil. On prend donc notre bâton de pèlerin pour aller dans le sens de solutions novatrices et on va s'appliquer à trouver ces nouveaux modèles.»

Dans un mémoire qui se penche sur le projet de loi 16 relatif aux résidences privées pour personnes âgées, la FIQ cerne des failles. «On a demandé que ces résidences soient soumises aux mêmes règles et aux mêmes exigences que dans le secteur public. Il est inconcevable qu'il en soit autrement.»

Sur un autre volet du projet, elle apporte cet éclairage: «On laisse voir qu'il va y avoir plusieurs catégories de résidences, dont celles pour les personnes semi-autonomes, ce qui veut dire, pour nous, des gens en perte d'autonomie. Dans ce cas, les normes doivent être aussi sévères que dans le secteur public, sinon c'est une situation incroyable.»

«Prenons un exemple, poursuit-elle. Ne serait-ce que sur le plan de la sécurité, tous les incidents ou accidents qui arrivent dans le réseau public sont rapportés; il existe un registre national pour qu'on soit capable de suivre ce qui se passe dans les établissements. On ne veut donc pas que, dans le secteur privé, ces événements soient tout simplement colligés dans le petit cahier noir du propriétaire; on souhaite qu'ils soient relayés à l'agence régionale, sinon au registre national, afin qu'on soit en mesure de s'assurer de la sécurité des gens. On réclame aussi que les agences régionales soient mises à contribution pour voir à ce qu'un comité de plaintes ou un ombudsman soient mis en place pour entendre ce monde-là.»

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Collaborateur du Devoir