Un médecin américain veut profiter du remboursement de la FIV au Québec

Depuis que la fécondation in vitro (FIV) est remboursée, le médecin américain Santiago Munne a le Québec dans sa mire. Mais son projet d'ouvrir à Montréal un laboratoire offrant la sélection génétique des embryons issus de la FIV pourrait bien se heurter à la volonté de Québec.

Montréal intéresse le Dr Munne précisément à cause du programme public de procréation assistée, a-t-il indiqué au Devoir lors d'un entretien téléphonique, ce qui rend la métropole plus attrayante que Toronto. «Le nombre de FIV va augmenter. Le gouvernement demande qu'on transfère moins d'embryons, mais le prix à payer, c'est une diminution du taux de réussite», a-t-il expliqué.

En effet, si le taux de grossesses multiples a chuté de près de 30 %, à 5,8 %, dans les six premiers mois du programme, le taux de succès de la FIV au Québec est passé de 42 % à 31 %.

La solution du Dr Munne? Effectuer des tests génétiques poussés — le diagnostic préimplantatoire, ou DPI — sur les embryons avant de les implanter dans l'utérus de la patiente. Le DPI permet de scruter les chromosomes à la recherche d'anomalies, comme celle à l'origine de la trisomie 21, ou de vérifier la présence de gènes causant des maladies telle la fibrose kystique. Le dépistage coûte environ 2500 $ à sa clinique du New Jersey, Reprogenetics. Il possède également des antennes ailleurs aux États-Unis, en Europe et en Asie.

Selon lui, sa technique augmente le taux de réussite de la FIV. «Avec une biopsie sur les embryons de cinq jours, pour tester l'ensemble des 23 chromosomes, les résultats sont bien meilleurs», selon lui. Une affirmation contredite par le directeur du Centre de reproduction McGill, Hanael Holzer. «À ce jour, aucune étude n'a montré que le DPI augmente le taux de grossesse ou diminue les taux de fausses couches», a-t-il indiqué à PostMedia News. Le centre universitaire montréalais est l'un des seuls au pays à procéder à des DPI, et dans certains cas seulement.

Une série d'obstacles

Au Québec, une clinique privée doit être exploitée par un médecin membre du Collège des médecins. Le Dr Munne se dit bien au fait des règles à suivre et a affirmé au Devoir avoir des partenaires qui entretiennent un dialogue avec Québec afin d'entreprendre les démarches. Il refuse toutefois de confirmer s'il compte des médecins québécois membres du Collège parmi ses partenaires.

Les chances que Québec lui accorde un permis semblent ténues. Le DPI «ne peut être effectué sur les embryons qu'aux fins d'identifier des maladies monogéniques graves ou des anomalies chromosomiques», indique le ministère de la Santé. Seuls les centres hospitaliers universitaires, comme celui de McGill, sont habilités à mener de tels tests. Et ce, afin que «ce soit éthiquement encadré», ajoute la porte-parole du ministère, Noémie Vanheuverzwijn.

Tout cela sans compter que Québec souhaite à terme rapatrier l'essentiel des activités de FIV au public. Le Dr François Bissonnette croit que le ministère semble ferme dans sa volonté de ne pas accorder de nouveaux permis, même si plusieurs jonglent avec la possibilité de venir profiter de la manne que représente le programme public de procréation assistée.

Malgré tout, le Dr Munne considère sérieusement le Québec. «Nous croyons que c'est un bon endroit. Nous verrons bien si nous obtenons tous les permis et les papiers, mais nous explorons nos possibilités.»