Santé de la mère et de l'enfant - « Les solutions existent, les moyens manquent »

Christine Colin, professeure titulaire de santé publique à l’Université de Montréal et directrice du Centre de promotion de la santé du CHU Sainte-Justine<br />
Photo: Source Université de Montréal Christine Colin, professeure titulaire de santé publique à l’Université de Montréal et directrice du Centre de promotion de la santé du CHU Sainte-Justine

Si la mortalité maternelle a baissé de 34 % entre 1990 et 2008, il n'en reste pas moins que, chaque année, de 350 000 à 500 000 mères dans le monde perdent la vie pendant la grossesse, l'accouchement ou dans les heures et les jours qui suivent. Et 99 % de ces décès surviennent dans les pays en voie de développement...

Entre naissance et mort, il y a une situation qui s'améliore trop lentement, notamment sur le continent africain, tant l'ensemble du système reste défaillant en matière d'accès aux soins: distance trop grande jusqu'à un hôpital ou un dispensaire, formation du personnel déficiente, manque criant de matériel, etc., mais aussi en matière de conditions de vie trop défavorables à la santé: peu d'eau courante et accès insuffisant à une eau saine, malnutrition, retard dans l'éducation des jeunes filles, etc.

«On ne peut pas dire qu'il n'y ait pas eu de progrès au niveau du déclin de la mortalité infantile et maternelle ces dernières années, et il faut souligner ces progrès, mais il reste énormément de choses à faire, prévient Christine Colin, professeure titulaire de santé publique à l'Université de Montréal et directrice du Centre de promotion de la santé du CHU Sainte-Justine. Et ce déclin n'est pas universel. La différence entre les taux de mortalité maternelle pour 100 000 naissances vivantes selon les continents est énorme: c'est trente fois plus en Afrique (de l'ordre de 900 en moyenne) qu'en Europe, par exemple (moins de 30). Vous savez, en épidémiologie, quand on découvre une différence de deux ou trois, on trouve déjà que c'est important... Alors, imaginez trente fois plus de mortalité! »

L'Afrique n'a pas l'apanage des difficultés, mais elle les concentre. «On peut retrouver les mêmes problèmes en Inde ou en Asie par exemple, mais en Afrique on estime que seulement 50 % des femmes accouchent en présence d'un personnel qualifié. Les accouchements à la maison ont diminué et les conditions s'améliorent mais trop lentement: encore faut-il que les intervenants soient bien formés, même dans les hôpitaux, pour répondre rapidement dès qu'il y a une urgence. Dans certains pays, il n'y a qu'un seul médecin obstétricien à l'échelle du territoire!»

Solutions

Pour améliorer la santé, il faut un continuum de soins avec une première ligne solide, des intervenants qui peuvent agir en prévention et en soins curatifs et qui puissent rapidement déterminer quand un problème doit être référé ailleurs. Ce peut être des infirmières, des sages-femmes, parfois des personnes dans la communauté qui sont capables d'orienter les femmes vers les bonnes ressources. «Les conférenciers du colloque sont porteurs d'espoir: ils ont mis en oeuvre des interventions qui font la différence; nous avons notamment invité des médecins et des universitaires, qui se sont beaucoup investis dans la recherche, mais aussi dans les interventions auprès de la collectivité en Côte d'Ivoire, en République démocratique du Congo, au Mali ou en Haïti, note Mme Colin, et qui montrent que, si les universitaires s'engagent avec les autres, ça peut faire une réelle différence.»

Malgré cela, les Objectifs du millénaire, qui ont été adoptés par l'ONU en 2000 et qui se fixaient des défis à relever pour 2015, ne seront vraisemblablement pas atteints en ce qui concerne la baisse de la mortalité infantile et maternelle. «On a beaucoup d'informations mais on ne sait pas précisément pourquoi, admet la directrice du Centre de promotion de la santé. Chose certaine, ce sont un ensemble d'actions et d'interventions qui sont nécessaires. Même si vous avez un très bon hôpital bien équipé, ça ne suffit pas parce qu'il faut travailler, avant, après, etc. On se rend compte que, chez les enfants, la mortalité la plus importante est dans le premier mois de vie et que le risque reste élevé durant toute la première année. Plus l'enfant grandit, moins il y a de menaces, même s'il reste, bien entendu, des dangers liés aux maladies infectieuses, aux pneumonies, aux diarrhées, au paludisme et à toutes les maladies contagieuses... Quant à la mortalité en couche, il s'agit certainement d'une des mortalités évitables les plus choquantes pour les mères et pour les enfants orphelins, eux-mêmes à très haut risque. Ce sont des femmes jeunes, et c'est très difficile à accepter.»

Planification et éducation


D'où l'importance, et c'est là sans doute l'un des principaux progrès de ces dernières années, de la planification familiale et de l'accès, pour les fem-mes qui le souhaitent, à un avortement sécuritaire. «La planification et la contraception peuvent réduire du tiers la mortalité maternelle, affirme Christine Colin. Parce que ça diminue les grossesses non désirées, parce que ça amène les femmes vers les consultations prénatales. Il en faut d'ailleurs un minimum de trois ou quatre pour avoir un impact sur l'issue de la grossesse: réduire la prématurité, le faible poids de naissance et la mortalité en couche. Ces consultations permettent également de dépister le VIH-sida, maladie dont la prévalence reste haute dans ces pays. Si le virus est décelé tôt durant la grossesse, on peut réduire considérablement le risque de transmission au nouveau-né.»

Autre solution sur laquelle les organisations internationales travaillent: l'éducation des jeunes filles. Plus elles vont longtemps à l'école, plus l'âge qu'elles ont lorsque qu'elles deviennent enceintes pour la première fois recule et plus les grossesses s'espacent. Deux facteurs de risque importants. De plus, meilleure sera la santé de leurs enfants. «Quoi qu'il en soit, tous, venant du Nord comme du Sud, nous devons travailler avec les collectivités locales, les sages dans les villages, et adapter nos interventions en fonction des traditions. Si les barrières liées à la pauvreté restent les plus importantes, il ne faut pas négliger les blocages culturels. Par exemple, en cas de difficultés, les femmes sont souvent obligées de quitter leur village pour aller accoucher en ville... Ce sont des milieux qu'elles ne connaissent pas et ça peut être tout à fait effrayant. Il faut en tenir compte.»

Les moyens de communication modernes sont également sur le point de devenir une vraie piste de solution à explorer. Sans aller jusqu'à la télémédecine via Internet, encore trop peu développée dans les villages reculés, le téléphone cellulaire, dont le réseau se déploie très vite, peut être un bon outil propre à aider des interventions en santé.

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Collaboratrice du Devoir