Vaccin contre les virus du papillome humain - Même critiqué, Québec défend sa publicité

Photo: Agence Reuters

Sexiste. Vulgaire. Paternaliste. Méprisante. Choquante. Insultante. La campagne «Vaccin, ou ceinture de chasteté?», qui fait la promotion du vaccin contre les virus du papillome humain (VPH), suscite de vives réactions. Mais au ministère de la Santé, on persiste et signe en la qualifiant plutôt de... féministe.

Signée Cart1er Communication, la campagne controversée a coûté 100 000 $ au ministère de la Santé. Elle expose un choix clair aux parents: le vaccin, ou «une alternative tout aussi efficace et sécuritaire... la ceinture de chasteté». Le ton se veut bien sûr humoristique. Mais des sexologues, des médecins ou des groupes de femmes, eux, ne rient pas.

La sexologue clinicienne Janie Auclair, qui intervient également au bout du fil à Tel-jeunes, croit que ce vaccin est utile, pertinent et efficace. Ce qui ne l'a pas empêchée de bondir à l'écoute de la vidéo de promotion. «Encore une fois, c'est une campagne de peur. C'est comme si on prônait une sexualité contrôlée, une sexualité qui est régressive.» Pour elle, le gouvernement a manqué une belle occasion d'éduquer les jeunes à la sexualité. «Pourquoi ne pas parler du fait que le vaccin ne protège pas contre toutes les souches? Pourquoi on ne parle pas du fait qu'il ne protège pas contre les autres ITS [infections transmissibles sexuellement]? Pourquoi on ne parle pas que c'est quand même important de continuer à faire ses "PAP tests"?»

Il existe plus d'une dizaine de virus VPH pouvant causer un cancer du col de l'utérus, le vaccin protégeant contre deux d'entre eux, les plus répandus. Gratuit, il est administré aux filles en 4e année et en 3e secondaire. Environ 80 Québécoises succombent à un cancer du col de l'utérus chaque année.

«Immédiatement, j'étais pas mal... écoeurée! lance d'emblée Anne Rochon Ford, du Réseau canadien pour la santé des femmes. Ça finit par être insultant plus qu'amusant.»

Abby Lippman est épidémiologiste et professeure à l'Université McGill. Cette campagne l'a renversée. «La chose la plus choquante, c'est que c'est une campagne officielle financée par des fonds publics! Je suis très mal à l'aise, car c'est un moyen de culpabiliser les mères. C'est un peu sexiste, un peu paternaliste. Ça ne discute pas du tout la question du dépistage!» Plusieurs trouvent également que la campagne minimise l'importance du port du condom.

Le Dr Marc Zafran, qui critique depuis le début le programme de vaccination contre le VPH, s'indigne. Il qualifie carrément la campagne «d'escroquerie intellectuelle». «On essaie de les faire vacciner leurs filles en les ridiculisant sur un ton paternaliste. On essaie de les culpabiliser en disant: "Si vous ne vaccinez pas vos filles, vous vivez au Moyen-Âge".»

Lise Goulet, agente de liaison et chargée de projet au Réseau québécois d'action pour la santé des femmes, doute que les mères, à qui on demande de faire vacciner leurs filles, se sentent interpellées par cette campagne plutôt conçue pour les adolescents.

Une campagne féministe, dit le ministère


Le directeur de la santé publique, le Dr Alain Poirier, qui a lancé cette campagne lundi en conférence de presse, continue à la défendre malgré les critiques. Pour lui, «c'est sûr que c'est une campagne qui vise un cancer féminin. Je considère que c'est une campagne féministe. Les lunettes sont roses ici [car c'est] un vaccin qui n'est donné qu'aux femmes. Est-ce que ça en fait une campagne sexiste? Moi je dis que c'est exactement l'inverse», a-t-il dit au Devoir. Passant d'une popularité de 81 % la première année du programme à 78 % en 2010-2011, le vaccin convainc moins de parents. Une baisse d'intérêt qui a motivé la présente campagne publicitaire, affirme le ministère.

Le Dr Alain Poirier souligne que c'est l'agence de publicité qui a soumis le concept de la ceinture de chasteté. Il le défend. «On nous reproche souvent d'être ennuyants», dit-il. Aussi, pour «retenir l'attention des jeunes, notamment à l'ère d'Internet», le ton humoristique a été choisi. «On l'a testée avec quelques jeunes, ils sourient et ils ont envie de [la faire] circuler, dans une campagne virale, sur Twitter, Facebook ou d'autres médias sociaux.»

La gynécologue Marie-Hélène Mayrand, engagée dans cette campagne comme experte, ne souhaite pas commenter le ton de la campagne. Mais pour elle, c'était important de s'y associer.

Elle rappelle qui si on n'en meurt pas nécessairement, le cancer du col nécessite des interventions qui compromettent la fertilité des jeunes femmes.

Le Dr Alain Poirier défend la campagne (3 min 20)


Différents intervenants critiquent la campagne (8 min 30)


10 commentaires
  • Fanfan LaTulipe - Inscrit 31 août 2011 04 h 09

    Escroquerie Intellectuelle

    On oublie aussi de mentionner les effets secondaires de ce type de vaccin, qui n'ont sans doute pas été assez étudiés, et le fait de devoir mentionner tout effet secondaire indésirable nuirait évidemment aux organisations qui produisent, distribuent et vendent le vaccin, donc à la campagne de "promotion" de la vaccination.
    De plus, la différence entre, par exemple, avoir un cancer du sein ou un accident de voiture (les statistiques montrent un taux de mortalité nettement plus élevé dans ces deux cas pour les femmes que celui imputable au cancer de l'utérus induit par le virus VPH, du moins en Amérique du Nord), et d'être infecté par le virus VPH, réside en ce qu'une femme peut *choisir* d'adopter un comportement sexuel donné. En matière de choix de comportement sexuel. j'insisterais plutôt sur une éducation sexuelle informée et objective à l'école ou par les parents, sur la nécessité d'inculquer aux jeunes filles le sens des responsabilités et la pensée critique requises pour faire des choix appropriés concernant leur futur comportement sexuel. Cette campagne de vaccination de la part d'un état providence qui ne responsabilise pas ses citoyens a en fait l'effet insidieux d'encourager un comportement sexuel à risques, la promiscuité, vu que le vaccin apparaît comme une solution miracle qui ne prescrit pas de limites imposées par la peur au comportment sexuel des jeunes femmes. Imaginons un peu le comportement sexuel de toute une population qui résulterait si un vaccin efficace existait pour guérir le SIDA, et qui serait imposé, par exemple...
    Nous avons eu le même type de campagne de vaccination ici au Japon, ou je réside (coût du vaccin à 500$ non couvert par l'assurance-maladie), et je n'ai pas fait vacciner ma fille de 12 ans. Je préfère lui inculquer le sens des responsabilités et un bon sens critique...

  • Lindannabelle - Inscrit 31 août 2011 09 h 51

    Honteuse Fausse et scandaleuse

    Cette histoire tragique, c’est la mienne. C’est l’histoire de ma fille Annabelle, décédée à l’âge de 14 ans. C’est celle d’une mère qui cherche des réponses, suite au décès inexpliqué de sa fille, et qui se bute à une attente interminable, parfois à l’indifférence. Et qui sollicite aujourd’hui votre attention.

    Le 9 décembre 2008, ma fille a été trouvée sans vie dans son bain. Après maintes recherches, après avoir reconstitué les derniers moments de vie de ma fille, j’ai commencé à soupçonner le vaccin Gardasil, administré aux jeunes filles et censé les protéger contre le cancer du col de l’utérus. En effet, ma fille, six semaines avant son décès, a connu une épisode grave l’ayant conduite d’urgence à l’hôpital Ste-Justine après avoir reçu la première dose du vaccin

    Le rapport du Coroner n’a pu exclure le vaccin. Il a spécifié qu’il faudrait se pencher sérieusement sur la question..

    . Sachez également que je ne suis pas une ennemie des vaccins, que je ne suis pas contre leur administration et que je ne milite pas contre ceux-ci. Par contre, ayant en ma possession tous les papiers qui prouvent que le vaccin est en cause, si l’on considère dans le temps les deux derniers mois de vie de ma fille, m’étant intéressée à ce sujet et devant le déni des gens à creuser le sujet, je ne peux que continuer à chercher une réponse.

    . Dans le numéro du 28 juillet au 3 août du Nouvel observateur, un article questionne sérieusement l’efficacité du Gardasil et soulève justement que celui-ci est administré sans le consentement parental. Ce que je dénonce ardemment, puisque si j’avais reçu une liste d’effets secondaires probables liés au Gardasil (et ceux recensés sont nombreux), peut-être que j’aurais pu établir un lien entre celui-ci et la première réaction neurologique de ma fille.

    Ce que j’ai su, après avoir fait mes recherches, c’est que le cas d’Annabelle est

  • François Dugal - Inscrit 31 août 2011 10 h 08

    Le bien

    Cette campagne de publicité me fait penser à l'ancien slogan de «Household Finance» revu et corrigé par les «Cyniques»: « On veut votre bien, on va l'avoir.»

  • Carmina65 - Inscrit 31 août 2011 12 h 40

    Sale campagne ou campagne sale ?

    Je suis tout a fait d'accprd avec Famfam latulippe: ça reflète exactement ma pensée sur cette campagne de désinformation. Merci à Lindannabelle pour votre témoignage honnête, même si douloureux. J'espère que les parents d'ado vont y penser `2 fois avant d'envoyer leurs filles au bucher (ou à leur tombe). Vivement l'information sur un comportement sexuel responsable plutôt qu'une campagne d'information partiale sur la vaccination. D'autant plus que les filles de 14 et ont maintenant le droit de se faire vacciner sans l'accord de leurs parents... Quel gachi et quelle ignorance de la part de nos gouvernants et leurs petits alliés pharmaceutiques.... Il s'agit de la vie de nos futures citoyennes...
    Carmina

  • Jacques Thibault - Inscrit 31 août 2011 13 h 23

    Lindannabelle

    Votre commentaire madame me touche beaucoup. Merci de nous parler d'Annabelle votre fille qui vous a été enlevée. Je partage avec vous votre suspicion envers le vaccin pouvant avoir causé la mort de votre fille. Sans vouloir aller plus loin dans ce sens, je souhaite cependant dire tout haut ma colère face à ces bronzés de l'État, ces bureaucrates technocrates, ces heureux artisans de la dégradation de nos sociétés, ces audacieux aveugles qui prennent ce genre de décision d'accepter une publicité que la population pour qui ils sont sensés travailler, rejette en bloc! Par ailleurs, sur la question du vaccin comme tel, je ne sais pas si vous voyez à quel point nous en sommes dans notre monde de débiles, mais si nous laissons passer sans rien dire ce genre de geste favorisant les pharmaceutiques au détriment de la santé de la population, je crois que ce n'est plus la peine de tenter quoi que ce soit pour redresser la situation. Mettez vous un casque parce que le mur viendra bien vous nous. C'est ça qui est ça...salut!