Alzheimer: une approche qui fait bande à part

Une intervenante de la maison Carpe Diem se balance avec une dame atteinte d’alzheimer. L’endroit s’intéresse beaucoup plus à la personnalité des candidats qu’à leur formation.<br />
Photo: Pierre Trudel Une intervenante de la maison Carpe Diem se balance avec une dame atteinte d’alzheimer. L’endroit s’intéresse beaucoup plus à la personnalité des candidats qu’à leur formation.

Au premier coup d'œil, la maison Carpe Diem, à Trois-Rivières, est une maison comme une autre. Un escalier, une cuisine, un salon. Des gens de différents âges qui discutent, qui partagent un même espace.

Même si la maison accueille des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, les portes n'y sont pas verrouillées. Les personnes qui sont jugées aptes à le faire peuvent d'ailleurs sortir marcher, seules, dans la ville.

C'est le cas de Mme Lorraine Rheault, qui réside dans cette maison depuis quelques mois, ou encore de M. Gérard Desharnais, qui aime se balader à son rythme dans la ville.

La maison Carpe Diem est reconnue à travers le monde pour son approche bien particulière des personnes souffrant d'alzheimer. Combinant les services à domicile, les services de jour et de soir et l'hébergement, elle mise avant tout sur les forces des personnes touchées par cette maladie. Lorsqu'on fait la cuisine, on invite, si elles le veulent, les personnes atteintes d'alzheimer à participer à la préparation du repas. Les services à domicile sont aussi dispensés en collaboration avec ces personnes.

Selon Nicole Poirier, directrice de Carpe Diem, cette approche, qui est fondée sur les forces des individus plutôt que sur leurs pertes liées à la maladie, a un effet bénéfique sur leur santé.

Elle se souvient du cas d'un homme à qui on avait diagnostiqué des troubles de comportement et à qui on avait prescrit des médicaments dans un CHSLD. Étourdi par cette médication, l'homme a perdu l'équilibre, et on l'a installé dans un fauteuil roulant, avec des culottes d'incontinence. Après avoir adapté sa médication, on l'a encouragé à se présenter à table debout, sans culotte d'incontinence. Son agressivité a baissé du même coup. Mais l'établissement a reçu moins de fonds pour ce malade qui nécessitait moins de soins par jour.

«C'est l'effet pervers du financement basé sur les pertes», dit Nicole Poirier.

Bon aussi pour le milieu scolaire


Nicole Poirier n'est pas une directrice ordinaire. C'est à l'âge de 21 ans qu'elle lance sa première résidence pour personnes âgées, dans la maison familiale. La jeune femme a alors une formation en administration. Plus tard, elle poursuit des études en psychogérontologie et en administration publique, tout en participant à diverses études pour le compte du ministère de la Santé et des Services sociaux.

Mais, aujourd'hui encore, lorsqu'elle embauche des intervenants, Nicole Poirier s'intéresse beaucoup plus à la personnalité des candidats qu'à leur formation. Elle appréciera ainsi la capacité d'évaluer le risque dont fait preuve une mère de famille ou une ancienne éducatrice en garderie.

Selon Cindy Boulanger, qui travaille à la maison Carpe Diem et qui a une formation d'enseignante de niveau primaire, certaines approches mises au point par la maison pourraient également fonctionner en milieu scolaire. «On a de meilleurs résultats lorsqu'on mise sur les forces des enfants plutôt que sur leurs faiblesses», dit-elle. Nicole Poirier aime d'ailleurs citer des études qui montrent que des professeurs ont obtenu de bien meilleurs résultats avec leurs élèves lorsqu'ils les croyaient plus doués que les autres, alors qu'ils étaient en réalité d'un niveau moyen, tandis que d'autres professeurs ont obtenu des résultats plus faibles avec des élèves moyens qu'ils croyaient sous-doués.

Certaines personnes atteintes d'alzheimer ont des difficultés de langage, ce qui entraîne une sous-estimation de leurs autres capacités. Mais plusieurs vivent aussi un grand déni par rapport à leurs faiblesses.

Équilibrer sécurité et liberté

Les intervenants de Carpe Diem ont des fonctions extrêmement diversifiées. Elles peuvent être appelées à faire le ménage comme la cuisine, à faire du sport ou à jouer aux cartes, en plus d'être à l'écoute des personnes qu'elles soignent. D'ailleurs, même les usagers de Carpe Diem sont invités à participer aux tâches ménagères s'ils le souhaitent.

Los de notre visite, Diane Sirois, intervenante, avait servi des repas à 38 personnes, personnel compris, durant la journée, et Marielle Bérubé, qui fréquente la maison durant la journée, avait aidé à faire la vaisselle.

«Ma belle-mère est hébergée ici, raconte Diane Sirois, et son état s'est amélioré en flèche après son arrivée.» La dame, auparavant hébergée dans un autre centre, était alors très anxieuse et angoissée, et le médecin voulait lui prescrire des médicaments dont elle n'a finalement pas eu besoin. «Mon conjoint dit qu'elle serait morte si elle n'était pas venue ici», dit-elle.

Quelques jours avant notre passage à Trois-Rivières, l'un des usagers de Carpe Diem, qui aime marcher seul et qui fait généralement toujours le même trajet, est rentré beaucoup plus tard que prévu. Le personnel de la maison est parti à sa recherche. L'homme est rentré tard dans la nuit, ravi de sa soirée.

«J'ai finalement su qu'il était allé au port et avait pris une croisière de trois heures, où jouait de la musique des années 80 et 90», raconte Nicole Poirier. Chaque jour, Carpe Diem doit ainsi établir un équilibre entre sécurité et liberté pour ses clients.

Cette évaluation des capacités des usagers se fait en étroite collaboration avec les familles. Mais Nicole Poirier est formelle, elle ne croit pas aux évaluations traditionnelles qui attribuent une cote aux personnes. «Personne ne mérite d'être réduit à une cote», dit-elle. C'est jour après jour, en côtoyant les personnes atteintes, en faisant des activités avec elles, que les intervenants de Carpe Diem découvrent jusqu'où elles peuvent aller. Carpe diem.
11 commentaires
  • dense simard - Abonnée 12 août 2011 06 h 38

    Alzheimer :

    Bravo pour cette approche! Il faudrait plus de personnes comme Nicole Porier pour les gens âgés. Reconnaitre leurs besoins, qui ils sont, au lieu de les traiter tous sur le même pied et leur donner plein de médicaments pour qu'ils restent sages et ne dérangent pas. Et surtout, ne pas les critiquer.

    Encore bravo!

  • Pastel - Inscrit 12 août 2011 08 h 19

    CHSLD une prison déguisée!

    Ma mère est dans un CHSLD...on nous disait on va régulariser sa médication...est-ce que cela veut dire on va la robotiser comme tous les autres ... toute la journée à attendre la mort assise sur une chaise autour de la salle en face du bureau des employés?
    Oui ! la plupart des employés sont gentils, sauf exception dont on se questionne à savoir pourquoi il y en a qui s'emmerde à faire ce travail dont ils n'ont pas les approches appropriées.

    On ne met pas dans leur horaire de travail de sortir dehors les résidents ...au moins 1 fois par semaine!!! N'est-ce pas qu'un peu d'air pris à l'extérieur serait bénéfique...même si ces résidents sont controlés par la médicamentation. Je suis convaincue que leur comportement, que leur état serait amélioré, d'ailleurs n'est-ce pas un fait pour tout le monde?
    On m'a dit que les employés (préposés , auxiliaires et infirmiers) ne le faisaient pas sauf que c'était le rôle de l'animatrice... (est-il nécessaire qu'un préposé pousse le charriot de médicaments dans une aire de 10 pieds X 10 pieds? L'infirmière devrait être capable de le faire!

    N'oublions pas que ce sont des humains!
    Ce dont à CARPE DIEM on considère!

    L'ARGENT, il y en a...FAUT VOIR LA QUANTITÉ DE CADRE QUI PREND LA PLACE DANS LES LOCAUX au CLSC ainsi que les CHAMBRES des usagers DANS LES CHSLD... oui, il y en a de l'argent mais pas de volonté pour améliorer les soins.

    Les vieux ne rapportent plus rien à l'état. Trop de CHSLD sont des PRISONS !

    En Mauricie, il y a au moins un établissement fait exception..heureusement pour ceux qui y résident!

    S'IL Y AVAIT une DPV... le pendant de la DPJ ...hé bien! on sortirait ces personnes âgées des ces établissements qui ont plus l'allure de prisons à conditions minimales ...conditions juste sur la ligne pour minimiser les critiques.

    Qu'on COUPE dans les postes de CADRE et qu'on mette l'argent, notre argent à ceux qui se doivent de l'avoir!

  • Wilbrod Eastman - Inscrit 12 août 2011 09 h 28

    Alzheimer

    De grands spécialistes français en pharmacologie ont démontrés que les médicaments pour soigner l’halzamer, précipitaient la maladie.

  • Jacques Morissette - Abonné 12 août 2011 09 h 41

    Message constructif à envoyer au dirigeants du CSSS Jeanne-Mance.

    Je cite Caroline Montpetit, pour m'aider à leur dire: «À Trois-Rivières, la maison Carpe Diem mise sur les forces des individus plutôt que de se concentrer sur leurs faiblesses»

  • Dominique Châteauvert - Inscrite 12 août 2011 14 h 14

    Une belle et grande nouvelle, merci Mme Poirier

    Beaucoup de choses vont mal dans le monde aujourd'hui, mais des façons de pensée et des réalisations comme celles de Mme Poirier témoignent qu'un avenir meilleur attend l'humanité.

    «À Trois-Rivières, la maison Carpe Diem mise sur les forces des individus plutôt que de se concentrer sur leurs faiblesses»

    Si l'on appliquait ce principe dans toutes nos relations d'aide ou même dans nos relations humaines tout court, notre monde serait transformé. Il y aurait moins de drogue car le centre du plaisir, logé dans notre cerveau, serait constamment stimulé par le bonheur de l'accomplissement et des réalisations. Quelle que soit l'ampleur de l'activité, les efforts suivis de succès apportent toujours une grande joie, une joie que la drogue essaie vainement de simuler. Je ne suis pas surprise que la quantité de médicaments diminue avec la façon de faire de Mme Poirier.