Tabagisme - Nouvelle controverse autour du Champix

Toronto — Une analyse des récentes études menées auprès de fumeurs faisant usage du populaire médicament Champix afin d'abandonner la cigarette a révélé un taux plus élevé de problèmes cardiovasculaires parmi ce groupe que parmi les fumeurs ayant utilisé un placebo.

Selon le Dr Sonal Singh, chercheur principal de l'étude et médecin au Centre médical de l'Université Johns Hopkins, au Maryland, il est dès lors question d'une importante augmentation du risque, puisque le médicament du géant américain Pfizer est prescrit par définition aux personnes déjà plus susceptibles d'être atteintes d'une maladie cardiaque: les fumeurs.

L'étude, publiée en début de semaine dans le Journal de l'Association médicale canadienne (JAMC), passe en revue 14 essais cliniques aléatoires à double insu auxquels ont participé plus de 8200 personnes. De ce nombre, 4908 ont pris le médicament à base de varénicline Champix («Chantix» aux États-Unis).

Lors d'une entrevue, le Dr Singh a précisé que 52 des 4908 patients ayant utilisé le Champix ont été victimes de crises cardiaques ou de sérieux problèmes cardiaques, tandis que seulement 27 des 3308 patients ayant reçu un placebo avaient souffert de problèmes semblables.

Une raison d'inquiétude


Selon le Dr Singh, les gens devraient être inquiets, et l'étude leur procure une autre bonne raison pour éviter de faire usage du Champix. «On parle ici de très sérieux problèmes cardiaques

— crises cardiaques, accidents vasculaires cérébraux, décès causés par une maladie cardiaque, arythmies, hospitalisations pour subir une opération au coeur.»

Toutefois, le Dr Andrew Pipe, directeur des services cliniques du programme d'abandon du tabac à l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, s'est dit en profond désaccord avec ces conclusions.

«C'est clair dans mon esprit qu'il s'agit d'un épidémiologiste, et non de quelqu'un oeuvrant dans le domaine des traitements cliniques aux fumeurs, parce que nous savons que la très grande majorité des fumeurs savent pourquoi ils ne devraient pas fumer. La majorité ne veulent pas être des fumeurs, et une importante proportion d'entre eux vont tenter d'arrêter — seulement 4 ou 5 % vont réussir», a-t-il expliqué.

«Et la varénicline a démontré de façon constante, étude après étude, qu'elle représentait le meilleur programme [par médication] de désaccoutumance au tabac disponible», soutient le Dr Pipe.

Le clinicien a conseillé de nombreuses sociétés pharmaceutiques sur le sujet de la désaccoutumance au tabac par la médication, dont Pfizer, fabricant du Champix.

Un taux très bas


L'article du JAMC fait état d'une recrudescence de 72 % des effets secondaires de nature cardiovasculaire, mais le docteur Pipe note que l'incidence globale «est si incroyablement basse que même une hausse de 72 % des effets secondaires représente un taux très bas».

Selon le Dr Pipe, la différence absolue est de 0,24 %. «Il y a encore un taux incroyablement bas d'effets secondaires, particulièrement en comparaison du taux d'effets secondaires et des conséquences connues chez les fumeurs.»

Le Dr Pipe a expliqué que le taux de succès après six mois des fumeurs ayant pris le Champix était généralement de l'ordre de 22 à 25 %.

Le clinicien a ajouté que des problèmes cardiaques n'avaient été officialisés que dans l'une des 14 études de la méta-analyse. L'officialisation signifie qu'un groupe indépendant d'experts travaillant à l'aveugle s'était penché sur la question pour déterminer si les événements négatifs étaient des effets secondaires de la médication.

Le Dr Singh a cependant demandé à Santé Canada de rappeler aux médecins les risques cardiovasculaires. Il a expliqué qu'il existait des méthodes plus sécuritaires et abordables d'arrêter de fumer.

La semaine dernière, l'Agence de santé du Canada a publié un communiqué concernant les effets secondaires du Champix en matière de risques cardiovasculaires. On indiquait alors que la U.S. Food and Drug Administration (FDA) s'était penchée sur les données d'un essai clinique impliquant 700 fumeurs souffrant de maladie cardiovasculaire. La FDA a rapporté que le risque pour les patients atteints de maladie cardiovasculaire et prenant le Chantix était de 2 %, comparativement à 1 % pour ceux prenant un placebo.

Les effets secondaires comprennent des douleurs à la poitrine, l'arythmie cardiaque, des crises cardiaques et des accidents vasculaires cérébraux.

Santé Canada a indiqué qu'elle procédait à la révision de cette information et d'autres données et qu'elle poserait les gestes appropriés si nécessaire.

L'Agence a demandé aux gens qui envisagent de cesser de fumer de discuter de leurs options avec un professionnel de la santé et a précisé que le Champix était considéré comme une méthode efficace pour cesser de fumer lorsque le médicament est utilisé dans le cadre d'un programme d'aide.

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