Des soins technos à hauteur d'enfant

L'avatar de l'Hôpital Sainte-Justine.<br />
Photo: SAT L'avatar de l'Hôpital Sainte-Justine.

Des soins centrés autour des patients, c'est bien. Des soins portés par le patient grâce au support de l'art et des technologies, c'est mieux. Voilà le pari que lancent le CHU Sainte-Justine et la Société des arts technologiques (SAT) avec leur «Living Lab» que visitent aujourd'hui le duc et la duchesse de Cambridge.

Un thérapeute qui prend les traits d'un avatar rassurant, une seringue qui devient une fusée, une chambre transformable par la magie du video mapping, un gymnase qui se plie aux limites des patients pour mieux les surpasser. L'hôpital pour enfants commence à peine à prendre la pleine mesure du potentiel du «laboratoire vivant» qu'il est à créer avec la Société des arts technologiques (SAT).

Il faut dire que peu ont encore foulé ces espaces vierges. Spécialement en Amérique du Nord, où le projet montréalais est le premier à avoir reçu la certification d'un réseau jusqu'ici essentiellement européen. Mais plus pour longtemps encore, croit le coordonnateur du projet, Patrick Dubé. «Le potentiel est énorme. Notre approche axée sur l'humanisation des soins — la première du genre au monde — va certainement faire des petits.»

C'est aussi l'opinion du CHU Sainte-Justine qui a craqué pour ce projet. «Plus les discussions avancent, plus le potentiel de cette approche se précise. On est en train de créer une nouvelle façon de donner des soins», raconte Claude Fortin, directeur de la transition du projet Grandir en santé.

Des auteurs

Difficile de dire à quoi ressemblera ce «Living Lab» dont les usages évolueront à travers le dialogue que l'enfant établira avec son thérapeute. «On ne fait pas un produit, mais une proposition. On veut que les enfants et les thérapeutes deviennent des auteurs de technologies plutôt que des consommateurs», résume la directrice générale de la SAT, Monique Savoie.

C'est là la base de tous les «Living Lab» où l'innovation vient des usagers. «Dans le cas présent, l'innovation est littéralement portée par le patient. On est donc tout de suite aligné sur ses besoins réels, des besoins qui évoluent dans le temps», résume Patrick Dubé.

Les premiers fruits de cette réflexion seront présentés aujourd'hui au couple royal. Le projet Marionnect est destiné aux patients qui souffrent de problèmes de socialisation. «Les mouvements du thérapeute sont transposés sur un avatar contrôlé par l'enfant pour recréer un environnement sécurisant. Si les voix aiguës l'angoissent, il pourra choisir une voix grave qui facilitera la thérapie.»

Marionnect pourra aussi aider les enfants qui ont des difficultés motrices, poursuit M. Dubé. «L'enfant pourrait dire: "je n'arrive pas à bouger mon bras plus haut que l'épaule, mais j'aimerais que l'avatar le fasse pour moi". Or, on sait que les illusions de mouvement ont un effet sur le cerveau, et ça, c'est très intéressant pour reprogrammer le mouvement chez l'enfant.»

Le couple royal pourra aussi se familiariser avec le projet Toonloop, qui vise à dédramatiser le matériel médical. Le dispositif mobile permettra à l'enfant de créer des vidéos animées à partir de son environnement en le détournant de son sens premier. Une seringue pointue deviendra une fusée par exemple.

L'équipe souhaite aussi utiliser le video mapping pour éventuellement créer une ambiance dans la chambre de l'enfant, un peu comme on l'a fait pour le Moulin à images de Robert Lepage. L'idée est de lui offrir un environnement dans lequel il se sent bien, un château médiéval pour le fana de chevaliers, un environnement polaire pour un grand brûlé.

Mais le clou de cette collaboration sera sans doute la salle d'immersion qui permettra de moduler l'espace en fonction des besoins des enfants, croit Patrick Dubé. Cela sans écran, sur 360 degrés: plafond, murs, planchers. «Par exemple, on va pouvoir mettre une balle virtuelle au sol de manière à ce que l'enfant trop faible pour frapper un ballon puisse jouer et surpasser ses limites.» Un projet attendu dès cet automne.