Plus de médecins pour moins de soins

Les rangs des médecins ont beau se regarnir peu à peu, l'accès aux soins continue de se fragiliser. Un important coup de sonde rendu public aujourd'hui montre que les délais d'attente continuent de s'allonger au Canada tandis que le temps consacré en soins directs aux patients est à la baisse. Une combinaison qui inquiète les médecins canadiens.

Publié ce matin, ce troisième sondage national a permis de prendre le pouls de 18 000 médecins qui posent un regard critique sur leur pratique en mutation. Premier constat: ni l'apport de nouvelles forces vives ni les milliards investis ces dernières années n'auront permis ne serait-ce que de stabiliser l'accès aux soins.

Les patients ont en effet attendu plus longtemps en 2010 que lors de l'exercice précédent tenu en 2007. Seuls 47 % des patients ayant un problème urgent ont eu accès à un médecin en moins de 24 heures, contre 39 % au Québec. Pour les soins non urgents, 26 % des Canadiens ont eu des soins en moins d'une semaine, contre 11 % au Québec. Ce qui le place en queue de peloton pour ces deux indicateurs.

En décortiquant les chiffres, on constate que le Québec figure parmi les derniers dans plusieurs autres indicateurs, notamment pour le nombre de patients suivis par les médecins de famille en une semaine, soit 80 pour une moyenne canadienne de 107. C'est aussi ici que les médecins ont les plus petites pratiques: 1433 patients contre 2275 à Terre-Neuve et Labrador.

Le Québec est souvent à la traîne, convient le Dr Jean-Bernard Trudeau, porte-parole de l'Association médicale canadienne, qui a réalisé cette recherche de concert avec le Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada et le Collège des médecins de famille du Canada. «Je crois que l'organisation des soins explique en grande partie ce retard. Je n'ai pas vu le contenu des ententes [annoncées la semaine dernière par Québec], mais je sais que cela fait partie des enjeux majeurs de la dernière négociation.»

Le problème de l'accès n'est pas uniquement québécois, mais canadien, tempère le Dr Trudeau. Plusieurs éléments expliquent cette fragilisation croissante. «L'élément qui revient le plus, c'est que la médecine d'aujourd'hui n'est pas celle d'hier: 72 % des répondants ont dit avoir vu leur pratique se complexifier.» Les médecins citent aussi le vieillissement de la population et la nécessité de prendre en charge de plus en plus de malades chroniques, ce qui accapare beaucoup de leur temps.

«Les patients sont aussi de plus en plus informés et donc de plus en plus "demandants", ajoute le Dr Trudeau. Ce n'est pas une mauvaise chose. De plus en plus d'études démontrent que plus on passe du temps avec la personne, plus elle s'approprie ses soins. Elle devient alors un partenaire de soins et elle requiert moins de soins de santé par la suite.»

Mais encore faut-il que les médecins aient du temps à consacrer à leurs patients, ce qu'ils ont de moins en moins. La paperasse et l'administration mobilisaient en 2010 plus de temps que lors du dernier coup de sonde effectué en 2007. À l'inverse, la part consacrée aux soins directs a diminué. Ce n'est pas faute de travailler. La semaine moyenne des médecins compte 51,4 heures, le Québec fermant encore une fois la marche avec 48,4 heures.

Pour le Dr Louis Hugo Francescutti, président du Collège royal des médecins et chirurgiens du Canada, tous ces chiffres commandent une réaction musclée. «Les constatations tirées du SNM démontrent clairement qu'il faut intervenir immédiatement dans deux domaines fondamentaux du système de santé du Canada: l'accès aux soins en temps opportun et la viabilité du système.» Il en va de l'efficacité de notre réseau, prévient-il.
13 commentaires
  • Claude Kamps - Inscrit 27 juin 2011 09 h 39

    «Se réaliser» est devenu le plus important

    La féminisation de la profession à fait en sorte de diminuer le temps consacré à sa pratique, les femmes ayant une plus grande charge familiale, surtout quand elles choisissent, pour bien des motifs valables actuellement, de devenir «mère célibataire».

    Anciennement les hommes avait comme principale occupation leur métier, bien plus d'heures en dehors de chez eux . Maintenant ils ont à partager la vie du ménage avec une compagne qui travaille aussi, ce qui la rend certainement plus autonome en cas de séparation qui arrive à 50% des couples.

    «Se réaliser» est devenu plus important que de construire une vie et un esprit de famille, ce qui veut dire que l'individualisme à son extrême est une des composantes de la vie de communauté exécrable que nous nous bâtissons...

  • ragazzino - Inscrit 27 juin 2011 10 h 36

    Une pénurie organisationnelle

    Il n'y a pas pénurie de médecins au Québec... nous sommes la province qui compte le plus de médecins par habitant au Canada! Comment diable peut-il y avoir pénurie? Ce prétendu "manque" criant de médecins a été créé de toute pièce!

    Si les médecins du Québec commençaient par accepter plus de patients et si on cessait d'accorder de la conciliation travail-famille qui permet à certains de ne travailler qu'à peine 3 jours par semaine, ce serait déjà beaucoup mieux. Il faudrait peut-être rappeler à certains qu'ils n'ont pas une vocation comme les autres. S'ils voulaient un travail de fonctionnaire, qu'ils changent d'emploi.

    Garnir les bancs des facultés de médecine avec des étudiants qui ont nulle part où faire leur stage... c'est d'un ridicule proprement québécois.

  • Wilbrod Eastman - Inscrit 27 juin 2011 10 h 49

    la véritée des faits

    Plusieurs femmes médecins, ont des charges familiales. Mais beaucoup aussi font de la médecine en dilettante. Un cardiologue me racontait que dans son service il y a quatre femmes spécialistes, mais qui viennent très rarement, (pas forcement parce que mère de famille) ce qui l’oblige lui, a travailler 12 heures par jour. Quand il rentre a la maison les enfants dorment.
    Le Québec reçois beaucoup d’étudiants, francophones ou bilingues d’autres provinces. Qui âpres leur diplôme en poche retournent chez eux. Le gouvernement du Québec devrait comme il se fait dans certains pays d’Europe. Exiger qu’ils exercent leur profession au moins trois an dans le pays d’étude.

    D’autre part, quand des médecins français veulent pratiquer au Québec, beaucoup sont refusés pour mauvaise formations? ha!bon. En fait moins il y a de médecins au Québec plus ces derniers font des pressions pour une rallonge monétaire, exemple un anesthésiste peut gagner jusqu'à 400.000$ par an.

  • camelot - Inscrit 27 juin 2011 11 h 51

    Changement demandé

    La rétribution des médecins à l'acte doit cesser. Il est non-productif et incite, les spécialistes surtout, à des abus. On devrait payer les médecins à la semaine, comme en France où leurs salaires sont moins élevés.

  • Allophone - Inscrit 27 juin 2011 13 h 16

    A Bidule:

    "Le Québec reçois beaucoup d’étudiants, francophones ou bilingues d’autres provinces. Qui âpres leur diplôme en poche retournent chez eux. Le gouvernement du Québec devrait comme il se fait dans certains pays d’Europe. Exiger qu’ils exercent leur profession au moins trois an dans le pays d’étude."

    Mais ils SONT dans leur pays d'etude! Ontario et Quebec sont dans le meme pays!!! :)) Vous voulez surement dire qu'ils devraient etre obliges d'exercer leur profession au moins 3 ans dans la PROVINCE d'etude.