Le Canada a raison du consensus international sur l'amiante

Stephen Harper caresse une vachette nommée Annabelle lors d’un barbecue à Thetford Mines, où il a choisi de souligner la Fête nationale.
Photo: Agence Reuters Mathieu Bélanger Stephen Harper caresse une vachette nommée Annabelle lors d’un barbecue à Thetford Mines, où il a choisi de souligner la Fête nationale.

Ses alliés retrouvés, le Canada a réussi hier à mettre en échec la proposition visant à inscrire l'amiante chrysotile à la liste des substances dangereuses de la Convention de Rotterdam, ce qui aurait forcé les pays exportateurs à informer les importateurs de ses dangers pour la santé. La manœuvre a suscité un profond malaise ici comme dans les rangs de la Convention des parties, qui a réagi en inscrivant la proposition qui fâche à l'ordre du jour de sa prochaine conférence, en 2013.

Au final, une poignée de pays auront fait fi du consensus arraché de peine et de misère en début de semaine, soit le Canada, l'Ukraine, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Vietnam. Le Canada a joué un rôle crucial dans ce revirement. Après s'être engagé à ne pas s'opposer ouvertement à l'inscription de la fibre controversée, c'est lui qui a fait voler le consensus en éclats mercredi.

Interrogé par l'AFP, un représentant du gouvernement canadien à Genève, Henry Lau, a cité hier «des examens scientifiques confirmant que les fibres de chrysotile peuvent être utilisées sans danger dans des conditions contrôlées», pour justifier la position canadienne. C'est la troisième fois que le Canada contribue à faire avorter une telle proposition.

Au Canada, les conservateurs ont gardé le profil bas hier en refusant de commenter l'issue de la conférence. Le premier ministre, Stephen Harper, a néanmoins choisi de célébrer la Fête nationale du Québec à Thetford Mines, à un jet de pierre d'Asbestos, où se trouve la mine Jeffrey que Québec souhaite relancer. Un choix qui n'est pas passé inaperçu hier.

Un jour sombre

Depuis Ottawa, Roméo Saganash, député néodémocrate, a vertement critiqué le «jeu des conservateurs» qui, après avoir tenté de «manipuler l'opinion» et de «faire faire la job de bras par les autres», ont ouvertement défendu l'indéfendable à Genève. «L'amiante est un produit toxique qui tue. Les preuves scientifiques sont là, le consensus international est là. Le Canada aurait dû faire amende honorable et se ranger du côté de l'opinion générale.»

Ce genre de manipulation ne fait qu'accentuer l'affaiblissement du Canada sur la scène internationale, a poursuivi M. Saganash. «Même l'Inde s'est rangée à l'opinion internationale, ce qui a forcé la délégation canadienne à ouvrir son jeu. Au final, je crois que le geste aura plus de portée que l'on croit. Il illustre à quel point le Canada est maintenant isolé sur cette question comme dans d'autres.»

C'est un jour sombre pour le Canada, a pour sa part commenté Anne-Marie Saint-Cerny, coordonnatrice de la campagne «L'amiante tue». «On ne peut qu'être dégoûté par la position du gouvernement Harper, qui a joué le jeu du gouvernement Charest en faisant passer ses intérêts politiques et économiques devant ceux des gens qui meurent à cause d'une industrie dont nous ne voulons plus ici, et qui se lave les mains de ce qu'on en fait à l'étranger.»

Malgré cet échec, les différents groupes qui s'opposent au chrysotile ont le devoir de poursuivre leur combat, croit le président de l'Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec, le Dr Yv Bonnier Viger. Ce dernier juge que «le Canada aurait au moins dû avoir l'honnêteté d'admettre que c'est une substance dangereuse, comme les États souhaitaient le faire en l'inscrivant à la Convention de Rotterdam».

Cela serait parfaitement superflu, a estimé pour sa part Bernard Coulombe, l'homme d'affaires qui souhaite relancer la mine d'Asbestos. «On n'a pas besoin de bannir [l'amiante], on a seulement à continuer [...] à aller partout et à expliquer comment on fait pour travailler» de manière sécuritaire, a-t-il confié à La Presse canadienne, en marge d'un barbecue auquel prenait part le premier ministre Harper.

La veille, le gouvernement Charest s'était lui aussi félicité de voir la délégation canadienne prendre les devants de la contestation. «La position du gouvernement du Québec en la matière est de soutenir et de promouvoir l'utilisation sécuritaire de l'amiante chrysotile, conformément aux principes de la Convention 162 et de la Recommandation 172 de l'Organisation internationale du travail», avait-il fait savoir par voie de communiqué.  

À voir en vidéo