Vers un hôpital adapté pour les aînés

Une hospitalisation non adaptée peut rapidement conduire la personne âgée à un état confusionnel aigu appelé delirium et à des déclins fonctionnels.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Une hospitalisation non adaptée peut rapidement conduire la personne âgée à un état confusionnel aigu appelé delirium et à des déclins fonctionnels.

Un hôpital ami des aînés. Au-delà du label lancé hier au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), c'est à un véritable changement de philosophie qu'appelle le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Nombre de pratiques courantes dans nos hôpitaux doivent en effet être adaptées aux besoins des personnes âgées. Faute de quoi, le remède risque fort de faire plus de mal que de bien.

La littérature est formelle. Une hospitalisation non adaptée peut rapidement conduire la personne âgée à un état confusionnel aigu appelé delirium (dans 20 à 50 % des cas) et à des déclins fonctionnels (dans 30 % des cas): incontinence, incapacité physique, confusion ou perte d'autonomie pour ne nommer que ceux-là. Sans approche adaptée, «on peut se retrouver avec des gens qui rentrent [à l'hôpital] malades, qui y deviennent très malades» et qui en ressortent diminués, a expliqué le ministre Bolduc. «Ces gens-là, on ne les aide pas.»

Ce genre de torts, trop souvent irréparables, sont pourtant évitables, assure la Dre Nadine Larente. Pour la directrice associée de la division de gériatrie du CUSM, «il est primordial de s'assurer qu'en opérant le coeur d'une personne on ne l'envoie pas dans un CHSLD parce qu'on n'a pas su éviter le delirium et le déficit fonctionnel». Pour cela, il faut mettre en branle «une série de gestes simples, non spectaculaires» qui exigent néanmoins «un virage à 180 degrés de notre culture hospitalière».

L'approche doit en effet être systématique pour qu'elle mène à des résultats. Deux ou trois gestes comme veiller à ce que la personne soit bien hydratée et alimentée, que sa douleur soit bien contrôlée, sa médication revue ou l'alitement minimisé ne suffiront pas, prévient la gériatre. Un investissement exigeant, certes, mais qui peut rapporter gros. «Si on prend le modèle américain [...], le modèle Help, il y a un investissement initial, mais les économies encourues en font une approche neutre en termes de coûts.»

Une méthode approuvée


Cette approche a déjà fait l'objet d'un important état des lieux publié par des experts des instituts de gériatrie de Montréal et de Sherbrooke l'an dernier. Sitôt leur imposant document imprimé, le ministre Bolduc l'avait fait suivre à tous les établissements de santé du Québec avec la consigne de s'en inspirer. Un an plus tard, le ministre est ravi de constater que personne dans le réseau n'ignore désormais la pertinence d'une approche adaptée pour les personnes âgées.

«On a fait un grand bout», estime Yves Bolduc qui octroie une note de sept sur dix au réseau québécois. «Pour aller chercher le neuf sur dix [le dix sur dix étant impossible], il faut que cette approche soit généralisée à la grandeur des établissements du Québec.» L'initiative «hôpital ami des aînés» lancée hier par le CUSM grâce à une subvention de 300 000 $ du ministère des Aînés contribuera à faire avancer la réflexion.

Le CUSM en profitera pour revoir ses pratiques, lancer des campagnes et élaborer des programmes de prévention du delirium et des pertes d'autonomie. Un mouvement appelé à faire des petits, croit la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, qui y voit «une bougie d'allumage [...] pour faire évoluer les pratiques.»

Un effort dont bénéficiera tout le réseau, calcule Yves Bolduc. «Je vous rappellerai une donnée: 5 % des gens consomment 50 % des services, et généralement ce sont des personnes âgées.» En prenant ces gens en charge plus efficacement, Québec compte minimiser le phénomène du patient yoyo qui alourdit inutilement le réseau public.
7 commentaires
  • pilelo - Inscrite 21 juin 2011 00 h 36

    me semblait!

    Ça semblait si humain, si logique, si sensible. Enfin un peu de respect, un peu d'intelligence!

    Mais voilà que l'objectif sort du sac: libérer le système de ces vieux qui reviennent trop souvent!

  • Yvon Bureau - Abonné 21 juin 2011 09 h 42

    L'hôpital ami des finissants de la vie

    L’amitié pour les aînés à l’hôpital doit aller jusqu’à les considérer avec réalisme comme des finissants de la vie, à plus ou moins long termes. Les considérer avec profond respect et avec le moins de paternalisme possible.

    L’aîné (ou son représentant légal) doit se prendre en charge, prendre en charge sa fin de vie, son agonie et son destin, et son plan de traitements.

    L’aîné doit être au centre des processus d’information et de décision, et le demeurer. Dans sa relation patient-professionnels de la santé, sa primauté doit être affirmée sur tous les murs du CH. Sa noblesse sera de donner des consentements et des refus éclairés et libres.

    Sa dignité va passer par l’information reçue de façon claire et simple, avec le plus possible de visuel possible; elle va se bonifier par sa liberté de choisir. Plus il connaitra les avantages, les inconvénients et les risques des traitements pour le garder en vie le plus longtemps possible, plus libre il sera. Dans sa sagesse, il sait que l’hôpital ne lui sauvera pas la vie, mais en retardera la fin.
    (suite plus bas)

  • Yvon Bureau - Abonné 21 juin 2011 09 h 46

    L'hôpital ami des finissants de la vie (suite)

    Plus il connaitra l’état de sa santé et son degré de vitalité restante et espérée, plus libre il sera.

    L’amitié pour les aînés se traduira par des chambres seules pour y terminer leur vie dans leurs hôpitaux. Bien des personnes ne sont pas intéressées à aller mourir dans des maisons de soins palliatifs. S’il est en fin de vie à domicile, il espère y mourir; si nécessaire, il doit avoir un lit possible dans une chambre seule pour finir sa vie, SANS passer par l’Urgence.

    Le temps est arrivé pour l’installation dans le dossier d’une Section Fin de vie : pour les directives anticipées, pour l’expression des choix et des refus, pour une page Notes évolutives de fin de vie…

    Une fin de vie préparée et ouverte à la communication honorera l’amitié et la rendra possible et durable.

    L’amitié a de ses exigences…! Heureusement !

    www.yvonbureau.com

  • Claude Kamps - Inscrit 21 juin 2011 11 h 25

    Tout cela pour épargner sur le dos des « vieux »

    On a comme critère faire n'importe quoi pourvu que cela coûte moins...

  • Francois - Inscrit 21 juin 2011 11 h 29

    Rien de vraiment nouveau et révolutionnaire

    Je ne comprends pas on avait arrêter d'alimenter et d'abreuver nos personnes âgées dans le milieu hospitalier? C'est le retour aux à l'essentiel on dirait. Si c'était le cas ça fait peur. Atténuer la douleur ce devrait pas être proscrit juste pour les personnes âgées mais pour la population entière. Il y a un stratège de vouloir faire des économies de bout chandelle en donnant le minimum de médicament au patient. J'en ai fait les coûts de ce stratège. Je criais de douleur et on me disait que la dose maximal m'avait été prodigué. Le lendemain je rencontre le spécialiste il proscrit le double de la dose que je recevais la veille. J'ai bien vite compris qu'on essayait de faire des économies de frais de médicament sur mon compte. Tant mieux si on revient au gros bon sens. Il a fallu l'exemple des américains. WOW comment c'est aberrant.