Des millions pour rapatrier la fécondation in vitro au public

Depuis la mise en place du programme, le 5 août dernier, jusqu'à la fin de l'année financière, au 31 mars 2011, 2990 cycles de fécondation in vitro ont pu être réalisés au Québec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Depuis la mise en place du programme, le 5 août dernier, jusqu'à la fin de l'année financière, au 31 mars 2011, 2990 cycles de fécondation in vitro ont pu être réalisés au Québec.

L'offre publique de procréation assistée lancée l'été dernier par le ministre de la Santé, Yves Bolduc, se met lentement en branle dans les grands centres hospitaliers universitaires du Québec qui, pour la majorité, doivent partir de zéro ou presque pour offrir les traitements de fécondation in vitro (FIV) longtemps réservés aux cliniques privées. Un chantier ambitieux dont les coûts dépassent déjà les 40 millions de dollars, a appris Le Devoir.

Les premières estimations des coûts d'implantation du programme réalisés par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) se veulent minimales. «Ce sont les coûts prévus par le gouvernement pour atteindre ses objectifs, mais rien n'empêche les établissements de bonifier cette enveloppe s'ils le jugent nécessaire», indique Noémie Vanheuverzwijn, porte-parole au MSSS.

Ces montants comprennent notamment la fixation des plans et devis, les coûts nécessaires à l'aménagement ou à la construction des installations, le recrutement d'un coordonnateur médical de même que la formation et le recrutement de personnel qualifié. Ils s'ajoutent aux frais annuels relatifs aux activités médicales déjà prévus par Québec, soit 35 millions cette année et 63 millions lorsque le programme aura atteint sa vitesse de croisière, en 2014-2015.

Sur les cinq sites retenus, un seul, le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), disposait déjà d'une équipe et d'installations fonctionnelles qui lui permettront de réaliser 2500 cycles de FIV dès cette année. Les autres devront construire une offre publique, certains de toutes pièces. Le plus avancé est le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) qui a déjà recruté une coordonnatrice médicale, Renée Cardinal, et conclu une entente de formation avec le groupe OVO. Coût total de la facture, y compris les frais d'exploitation de la clinique pendant cinq ans, 16 millions.

La nouvelle clinique ne sera pas hébergée dans les murs du CHUM, mais plutôt dans la Place Dupuis, à proximité. «L'installation se fera en deux phases, explique Lucie Dufresne de la direction des communications du mégahôpital montréalais. Nous allons d'abord y transférer les activités de fertilité et d'insémination qui étaient déjà offertes au CHUM au courant du mois d'août. À l'automne, nous y implanterons progressivement les activités de FIV.» Objectif à terme: 1500 cycles par an dès 2014-2015.

Pour compléter l'offre montréalaise, le CHU Sainte-Justine sera appelé à réaliser 800 cycles de FIV pour 2014-2015. Pour y arriver, il devra mettre en place une structure évaluée à 6,4 millions. Dans la région de Québec, le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ) disposera d'un budget d'implantation de 20 millions. Cette implantation se fera sur un horizon de 24 mois qui permettra de fixer les plans et devis, de recruter un coordonnateur médical, de former le personnel et de construire les nouvelles installations.

L'objectif est de pouvoir offrir 2000 cycles au CHUQ en 2015-2016. «Cela peu paraître long, c'est vrai, mais nous tenons à une planification rigoureuse», indique Pascale St-Pierre, de la direction des communications du CHUQ. En attendant, l'hôpital universitaire travaille main dans la main avec la clinique privée OVO. «Pendant la mise en place des services de troisième ligne, on essaie d'être le plus complémentaire possible avec notre partenaire privé de manière à maximiser le nombre de FIV réalisées en une année.»

Un seul établissement universitaire n'a toujours pas arrêté son plan d'affaires. Il s'agit du Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke (CHUS), où Québec souhaite voir se réaliser 500 cycles par an. L'échéancier comme le budget seront fixés plus tard, ce qui viendra vraisemblablement gonfler la facture liée au coût d'implantation du programme québécois, le premier du genre en Amérique du Nord.

Cette prudence rassure le Dr François Bissonnette, de la Société canadienne de fertilité et d'andrologie. Celui qui pratique à la clinique OVO, mais aussi au CHUM voit cette mise en place progressive d'un bon oeil. «Il y a tout lieu de croire que les délais et les objectifs seront respectés. Le gouvernement a bien compris que nous n'allions pas faire de compromis sur la qualité et nous sommes très heureux de voir que le ministre Bolduc vise les plus hauts standards.»

Cela dit, le Dr Bissonnette doute que le rapatriement des traitements de FIV au public conduise à des économies pour les Québécois. D'abord parce que les coûts d'implantation sont très importants, mais aussi parce que le tarif négocié avec les cliniques privées — 7100 $ le traitement — reste extrêmement compétitif. «Selon mes calculs, et connaissant la nature de la structure publique, il n'y aura pas d'économie, je pense même que cela va coûter plus cher.»

Depuis la mise en place du programme, le 5 août dernier, jusqu'à la fin de l'année financière, au 31 mars 2011, 2990 cycles de FIV ont pu être réalisés au Québec. Au mois d'avril, on a dénombré 440 nouveaux cycles et au mois de mai, 358. L'objectif pour l'année 2011-2012 a été fixé à 4800 cycles.

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La fécondation in vitro au Québec :

Coûts d’implantation du programme

CUSM:    déjà en place, ajustements possibles
CHUM:     16 millions
CHU Ste-Justine: 6,4 millions
CHUQ:     20 millions
CHUS:     plan d’affaires à venir
Total à ce jour:     42,4 millions

Coûts médicaux annuels

2011-2012: 35 millions pour 4800 cycles
2014-2015: 63 millions pour 7000 cycles

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Veuillez noter que ce texte a été modifié après publication.
10 commentaires
  • Clothaire - Inscrite 9 juin 2011 03 h 14

    LE QUÉBEC QUI NE SAIT PAS COMPTER

    Combien de programmes sociaux déficitaires, trop généreux le Québec peut-il se payer alors que nous croulons sous les dettes. Le congé parental québécois est le plus généreux au monde et il a creusé un trou de près de 200 millions de dollars,. Le système des garderies à 57$ par enfant est le seul de ce genre au Canada et nous coûte une fortune. Et maintenant l'infertilité où le Québec est le seul encore à payer le traitement de tout le monde même des plus riches qui auraient les moyens de le faire eux-mêmes. C'est complètement nul !

  • Fredodido - Inscrit 9 juin 2011 07 h 32

    Ri.di.cule...

    Pourquoi ne pas plutôt facilité l'adoption... Et si l'adoption n'est pas assez bon pour certain qu'il paient de leurs poche. Devrions nous aidez un couple faiblement fertile à ce reproduire? Et la sélection naturel qu'es qu'ont en fait?

  • Daniel Leclerc - Inscrit 9 juin 2011 10 h 12

    Absence de débats

    Encore une fois une décision qui a été prise en fonction d'un lobby sans consultation auprès des citoyens.

    L'assurance maladie a pour but de préserver la vie de personnes atteintes de maladies diverses. Le choix social qui a été fait est de ne pas laisser supporter le fardeau du coût des soins médicaux requis pour vivre par une seule personne.

    Nous avons tous certains handicaps reliés soit à notre apparence ou morphologie. Des interventions chirurgicales ou médicales pourraient nous aider à mieux vivre et à passer à travers les difficultés sociales causées par ces caractéristiques hors normes. Mais notre système de santé de couvre pas toutes ces interventions. De plus ce système n'a pas à couvrir toutes ces interventions, nous devons heureusement apprendre à vivre avec malgré les difficultées posées. Pourquoi en est-il autrement de la procréation assistée ?

    La direction donnée par ce genre de décision nous envoie directement vers un système qui devra défrayer les soins esthétiques. compte tenu de la société dans laquelle nous vivons, ils est facile d'imaginer que des requêtes en ce sens seront faites et qu'elles pourront se baser sur le dossier de la procréation assistée.

    Daniel Leclerc

  • Corbeil Sonia - Inscrite 9 juin 2011 10 h 29

    Et le nombre de bébés ?

    2990 cycles... Un objectif de 3500 cycles, c'est bien tout ça. Or, quel est le taux de réussite ? Combien de bébés sont née de tous ces cycles ? C'est cela qui est le plus intéressant !

  • camelot - Inscrit 9 juin 2011 13 h 00

    Erreur

    Le gouvernement n'a pas à se mêler de financer des expériences pour quelques privilégiés. On sait comment les "spécialistes" procèdent. Ils implantent des demi-douzaines d'ovaires fertilisés pour tuer les moins viables et n'en conserver qu'un seul. C'est de la barbarie scientifique. En plus, ces nouveaux-nés présentent souvent des problèmes pathologiques qui vont coûter une fortune à l'État et réduire leur qualité de vie. Ces "spécialites" ai-je été sidéré d'apprendre, ne vont jamais en natalogie voir le résultat de "leurs expériences" alors qu'ils en sont responsables. Belle éthique !