Centre de santé et de services sociaux de Saint-Jérôme - Des soins psychiatriques d'un autre âge

Bâtiment vétuste, approches désuètes, organisation viciée, soins inadéquats, personnel en forte pénurie. Les services de psychiatrie du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) de Saint-Jérôme sont si mal en point qu'ils ne sont pas dignes des années 2000 au Québec, estime le psychiatre Yves Lamontagne, qui s'est vu confier le mandat d'évaluer l'ampleur de la crise qui secoue la région.

L'enquête qu'il mène de concert avec la travailleuse sociale Hélène Simard n'est pas complétée, mais déjà le psychiatre peut affirmer qu'ils se retrouvent devant une situation «sans précédent». Dans la région, des voix se sont élevées pour dénoncer des soins qui relèveraient d'un autre âge, parfois jusqu'aux années 50. «On n'est pas loin de la réalité», répond au Devoir celui qui a longtemps été à la tête du Collège des médecins.

«Vous savez, j'avais visité le département dans les années 1990. Les graves problèmes structurels que j'avais constatés à l'époque sont toujours présents. Ça n'a pas changé d'un iota. Quand ça fait 20 ans que tu promets des affaires qui n'arrivent jamais, tu recueilles ce que tu sèmes. Imaginez le désespoir des médecins et du personnel aujourd'hui. C'est abyssal. Et il faut créer de l'espoir. Grosse job.»

Mandaté en février dernier par l'établissement, le duo évaluera toutes les composantes du service de psychiatrie du CSSS, de l'urgence à la clinique externe en passant notamment par l'hospitalisation et les soins de première ligne. Il faut s'attendre à un rapport lapidaire, prévient le Dr Lamontagne. «Le problème est multiple. Il touche tout. L'organisation des soins, les locaux, qui sont dans un état lamentable, la pénurie qui est effrayante. C'est sûr qu'on va "varger" dans le tas. Ça n'a pas de bon sens ce qui se passe ici.»

Enquêtes multiples

Le rapport du duo est attendu pour la fin de juin, tout comme celui du Collège des médecins du Québec (CMQ) et de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ), qui mènent eux aussi un examen conjoint. Toutes ces enquêtes surviennent après un examen ministériel de routine mené en janvier dernier, examen qui avait permis de mettre plusieurs éléments inquiétants en lumière, notamment sur le plan de la pratique médicale et de la qualité des soins.

Au Collège, trois médecins ont été dépêchés sur les lieux. Très rapidement, il est apparu que le problème était multifactoriel et donc «extrêmement complexe», raconte le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert. Outre la vétusté des installations et une succession rapide de chefs de département, «les signalements initiaux font état de problèmes touchant à la fois l'organisation physique des lieux et l'organisation des soins».

Le climat de travail est également difficile, poursuit le Dr Robert. Dernière tuile en date, 22 lits ont été fermés vendredi après le retrait d'un psychiatre radié deux mois pour avoir entretenu une relation inappropriée avec une patiente. «L'établissement a un mandat régional. On a intérêt à ce que cela se résorbe rapidement. C'est pour ça que les échéanciers sont très courts», indique celui qui s'attend à un changement de culture et donc à une action concertée de longue haleine.

À l'OIIQ, on a décliné notre demande d'entrevue, le contenu de l'enquête étant confidentiel. Quant au ministre de la Santé, Yves Bolduc, son cabinet affirme qu'il suit le dossier de près. Cette semaine encore, M. Bolduc a rencontré la direction en vue d'un rehaussement des infrastructures. Malgré la rare intensité de la tempête, il n'envisage pas de scénario de tutelle, affirme son attachée de presse, Natacha Joncas Boudreau. Il attend toutefois comme les autres les résultats des différentes enquêtes en cours avec grande impatience.

En mode action

Au CSSS, on affirme être déjà en mode action. «Nous avons pris connaissance des recommandations formulées par le ministère et nous sommes à évaluer les solutions qui seront mises en avant. On a même commencé à réorganiser certains éléments», raconte la chef du service des communications, Nathalie Nolin, qui confirme la nécessité pour l'établissement «d'actualiser ses pratiques» et de remettre à jour ses installations.

Pour les familles et patients qui s'inquiètent, elle se veut rassurante. «La qualité des soins est assurée malgré les problèmes que nous vivons. Le filet de sécurité tient bon.» C'est aussi l'opinion du Dr Robert. «Ce n'est pas parce que le département marche mal que la relation du médecin avec son patient va aller mal. Il faut bien distinguer cela.»

Ce qui n'empêche pas qu'il y ait péril en la demeure, ajoute-t-il. «La région est déjà en carence chronique de spécialistes dans le domaine de la psychiatrie. Si en plus il y a un problème d'organisation des services, le recrutement va être encore plus difficile. Il faut que tout ceci se règle rapidement.»
1 commentaire
  • M. Julien - Abonné 8 juin 2011 12 h 48

    La psychiatrie à l’ère des dinosaures

    Il n’y a pas qu’à St-Jérôme que les services de psychiatrie sont mal en point et ce ne sont pas seulement les équipements et les locaux qui le sont.

    Le problème est généralisé et il concerne également la pratique de la profession comme telle, qui relève à l’évidence d’un autre âge, notamment en ce qui concerne le traitement de la dépression.

    La psychiatrie est sans doute la spécialité de la médecine qui a le moins évolué au cours des dernières décennies, voire du dernier siècle.

    Elle donne souvent l’impression d’être restée à l’ère des dinosaures.

    Le manque de volonté politique y est certainement pour beaucoup dans ce retard gigantesque.