Lucentis: la gratuité est immédiate

C'est maintenant officiel: les patients atteints de dégénérescence maculaire n'auront plus à piger dans leur portefeuille pour recevoir leur indispensable Lucentis. La gratuité est en vigueur immédiatement, a confirmé hier le ministre de la Santé, Yves Bolduc, juste avant la fin de l'ultimatum lancé par les médecins spécialistes. Une victoire qui ne rachètera pas le passé, ont aussitôt dit les patients.

Le porte-parole du Comité provincial pour une gratuité des soins pour la dégénérescence maculaire, André Lavoie, a salué ce premier pas tout en insistant sur le fait que la lutte n'est pas terminée pour autant. «Il y a eu surfacturation illégale. Des gens se sont appauvris ou n'ont pu bénéficier d'un soin vital. Il n'est pas question qu'on laisse cette poursuite-là», a dit celui qui agit aussi comme requérant dans le recours collectif qui vise le ministre de la Santé, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) et des cliniques privées.

L'entente scellée hier enlève quand même un poids énorme sur les épaules de patients. Comme Le Devoir le révélait hier, l'accord prévoit que l'administration du Lucentis sera couverte par l'assurance maladie pendant un an dans tous les cabinets privés. Les patients n'auront donc plus à payer des frais déraisonnables allant jusqu'à 230 $ par mois pour des gouttes préparatoires ne valant pas plus que de 10 à 15 $. En échange, les médecins recevront 115 $ en dédommagements pour tous les frais techniques liés à l'administration du Lucentis.

L'entente tiendra un an, au terme duquel Québec désassurera le service pour tout transférer dans les hôpitaux. Plusieurs établissements publics offrent déjà ces services, a fait valoir le ministre Bolduc. «Ceux qui ne sont pas encore en mesure de le faire devront diriger leurs patients, après ententes d'accessibilité, aux cabinets privés d'ophtalmologie de proximité de façon à offrir gratuitement le service à leurs patients.»

Cette transition inquiète André Lavoie. «Désassurer, c'est donner carte blanche aux médecins, qui vont pouvoir exiger le prix qu'ils veulent en cabinet. Ma crainte, c'est que le réseau public n'arrive pas à répondre à tous les besoins une fois la transition terminée et qu'on revienne à la case départ avec des patients pris en otages.»

Sa réserve est partagée par le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui juge ce virage trop court. «Je ne "trust" pas trop le gouvernement dans ses infrastructures, je vois mal comment ils vont arriver à offrir le service partout au Québec dans une si courte période de temps. Pensez seulement au CHUM ou à la fécondation in vitro», remarque le Dr Gaétan Barrette.

Pour André Lavoie, le revirement du ministre prouve qu'il y a de la place pour des actions citoyennes. Il invite la population à s'en inspirer pour dénoncer la surfacturation illégale. «Quand on regarde l'insensibilité dont le corps médical, le ministre et la RAMQ ont fait preuve dans ce dossier, on voit que ces gens-là ont fait passer leurs intérêts financiers avant la santé de leurs patients. Il y a certainement lieu de s'inquiéter de la tangente prise par le Québec et de la dénoncer.»
1 commentaire
  • Sylvain Auclair - Abonné 25 mai 2011 11 h 25

    Pourquoi le désassurer?

    Si ça peut se faire en clinique, pourquoi forcer les gens à aller à l'hôpital ? À moins qu'on ne prouve que ça y coûterait moins cher (et en tenant compte de tous les coûts, ce qui est assez difficile à faire).