Santé - Couillard lance un appel à la décentralisation

Philippe Couillard<br />
Photo: - archives Le Devoir Philippe Couillard

L'heure des choix a sonné en santé. Pour l'ancien ministre libéral Philippe Couillard, il faut saisir cette occasion pour délier les mains des instances locales et «diminuer le poids» du très puissant ministère de la Santé et des Services sociaux. Un appel à la décentralisation qui s'inscrit dans une grande mouvance mondiale, a fait valoir hier celui qui est aujourd'hui conseiller stratégique chez SECOR.

Devant les membres de l'Association québécoise d'établissements de santé et des services sociaux (AQESSS) réunis en colloque à Montréal, Philippe Couillard a longuement plaidé pour une décentralisation, pas seulement en matière de pouvoirs budgétaires, mais également en matière d'arbitrage et d'imputabilité. La structure est déjà là, fin prête à recevoir ces nouvelles fonctions, ne reste qu'à foncer, a-t-il insisté.

«Au plan local, le Centre de santé et de services sociaux [CSSS] est un levier dont on soupçonne à peine la puissance. Il faut lui donner plus de libertés et de moyens, a dit l'ancien ministre de la Santé, qui a dit regretter de ne pas avoir poussé sa réforme plus loin. En toute sincérité, lorsqu'on a fait les CSSS, on aurait dû diminuer le poids du ministère. Il faut saisir l'opportunité [du projet de loi 127 sur la gouvernance] pour revoir et réduire le rôle du ministère. Non pas l'affaiblir, mais le recentrer sur ses missions véritables.»

Ce rôle devrait se restreindre aux allocations budgétaires, aux grands choix stratégiques et aux orientations, à la mesure des standards et à la gestion de la qualité et de la sécurité des services, a expliqué M. Couillard. «Le ministère devrait tous les jours se concentrer à 100 % sur ces éléments-là. Pas dans la gestion quotidienne de ce qui arrive dans tel ou tel endroit.»

Mais les réflexes sont bien ancrés. Chaque fois qu'une urgence déborde par exemple, le ministre est interpellé. À tel point que le présent ministre de la Santé, Yves Bolduc, a pris sur lui d'assurer la gestion quotidienne des urgences à l'aide de données qu'il compulse personnellement, du jamais vu dans le réseau. Là n'est pourtant pas la solution, estime son prédécesseur qui a la conviction que «l'administration du réseau au jour le jour ne devrait pas être le travail d'un élu».

Le projet de loi sur la gouvernance qui est présentement à l'étude est l'occasion de faire le glissement vers les CSSS, propose Philippe Couillard. «S'il y a une occasion [pour le ministre Bolduc] de donner un signal clair, je crois que c'est là qu'elle se situe.» Une occasion qui pourrait aussi ouvrir la porte à une révision en profondeur de nos modes de financement. «Je vais vous faire une confidence. [...] Quand j'ai créé les CSSS, j'ai essayé d'avoir une vision à long terme. J'avais l'idée qu'un jour, le gros des budgets pourrait cheminer vers les organisations de première ligne et qu'ils pourraient être redistribués par la suite vers le haut dans le réseau par l'achat de services spécialisés.»

C'est là un pari semblable à celui que caresse déjà l'Angleterre en proposant de confier la gestion de 80 % des 110 milliards de livres investis annuellement dans le budget de la santé aux médecins omnipraticiens. «L'idée est de rattacher les budgets aux patients qui peuvent alors choisir par qui ils veulent être suivis», a expliqué la Dre Wendy Thomson qui a longtemps oeuvré au sein du système anglais avant de revenir à Montréal, où elle dirige l'École de service social de l'Université McGill.

Manifestement, le discours décentralisateur a de plus en plus de poids dans les réseaux de la santé des pays riches. Hier, M. Couillard partageait la tribune avec plusieurs spécialistes d'horizons très divers — Royaume-Uni, France, Norvège, Suède, Danemark — qui tous ont soulevé l'importance de cet enjeu. De la musique aux oreilles de la directrice générale de l'AQESSS, Lise Denis, qui milite en faveur d'une telle réforme. «Il faut balancer plus de choses au plan local. On a vu ce matin que des choses semblables se produisent un peu partout ailleurs sur la planète et qu'elles rapportent. Il faut embarquer à notre tour.»

Un rééquilibrage des différents paliers permettrait de mieux faire converger les microchangements qui se font sur le terrain vers de grands changements nationaux, ajoute Denis A. Roy, vice-président aux affaires scientifiques à l'INSPQ. «Les réformes pourraient permettre de dépister ces déviants positifs et les développer plutôt que de tout décréter depuis le sommet.»

Pour cela, il va falloir une impulsion forte, croit Philippe Couillard, qui estime que le Québec s'est quelque peu ramolli sur le plan de l'innovation. «Le Québec n'est plus le leader de l'innovation au Canada. [...] On n'a pas pris beaucoup de retard, mais il faudrait rapidement reprendre ce leadership.» Outre la loi 127, l'autre occasion à saisir pour le gouvernement Charest sera la négociation avec les omnipraticiens. «Il y a là une occasion historique de faire des changements profonds dans les modes de rémunération des médecins et d'améliorer l'accès à la première ligne.»

Philippe Couillard n'a pas caché qu'il aurait lui-même voulu lancer la réflexion sur la réforme du paiement. «On m'a convaincu qu'il valait mieux se concentrer sur les structures. Rétrospectivement, je crois qu'il aurait été possible de mener les deux réformes de front.» D'autres regrets? «Dans l'ensemble, je poserais les mêmes gestes. Je ferais encore les CSSS, mais je crois qu'il est temps d'aller au bout de cette réforme. Il y a aussi clairement des zones où il y aurait pu avoir une meilleure performance. Je pense au dossier de santé du Québec [DSQ], où l'on n'a peut-être pas fait le bon choix initialement, et au plan d'action pour les maladies chroniques, que nous n'avons peut-être pas lancé assez rapidement.»
17 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 13 mai 2011 06 h 56

    Sincérité?

    Quand un politicien comme Philippe Couillard commence une phrase par les mots «en toute sincérité», méfiez-vous. Il s'apprête à mentir.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Suzanne Bettez - Abonnée 13 mai 2011 07 h 20

    Idem

    Monsieur Desrosiers... j'ai eu exactement la même pensée.

    Voilà où mène la politique lorsqu'elle est au service de quelques égos : le simple citoyen n'y croit plus.

    Suzanne Bettez
    abonnée

  • Docseggi - Inscrit 13 mai 2011 07 h 40

    Couillard lance un appel

    Comme. Ministre en créant les csss et les Ruis en n'abolissat pas les agences M. Couillard a contribué a rendre le réseau ingérable par surgestion. Décentraliser oui en abolissant les agences et en revoyant le mode de financement par un financement à l"activité clinique. On pourra parler alors de responsabilisation et d 'efficience.... L'ex ministe n'a pas agi alors. Qu'il en avait le pouvoir. Alors il devrait sabstenir de commenter.
    Twitter: @docseggi

  • Richard Boudreau - Abonné 13 mai 2011 07 h 59

    Vous avez tout faux

    Le cynisme est présent dans les commentaires que je lis à cette heure. C'est malheureux. Pour une fois que le ministre avoue ne pas avoir fait tout ce qui était en son pouvoir... Surtout que son diagnostic est tout-à-fait en accord avec les gestionnaires de la quotidienneté du réseau de la santé. Que fait donc le ministre Bolduc dans la gestion quotidienne des urgences? Qu'attend-on pour imputer aux vrais responsables la mauvaise gestion des urgences et surtout qu'attend-on pour leur laisser libre cours à la créativité dont ils sont capables pour répondre aux besoins de leur population.
    Je fus directeur d'un CSSS jusqu'en 2002 et j'estime qu'à cette époque les marges de manoeuvre pour les gestionnaires étaient bien meilleures. La centralisation de la gestion de nos établissements est une erreur monumentale qui est due au fait qu'on impute au ministre des responsabilités qu'il ne devrait pas avoir.

  • Pierraud - Inscrit 13 mai 2011 08 h 28

    Non mais les libéraux avez-vous ça vous autres une conscience?????

    Maintenant qu'il a tout chambardé dans le système de la santé, il veut nous faire croire qu'il avait de bonnes intentions!!!