79e congrès de l'Acfas - Les enfants pâtissent de l'irrégularité des horaires de travail de leurs parents

Pauline Gravel Collaboration spéciale

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Sherbrooke — Alors que la présence des mères sur le marché du travail a nettement augmenté au cours des dernières années et qu'il est devenu la norme que les deux parents travaillent, les enfants ne pâtissent pas tant de l'absence de leurs parents que de l'irrégularité de leurs horaires de travail, a expliqué une ergonome-chercheuse dans le cadre du 79e congrès de l'Association francophone pour le savoir (Acfas) qui débutait hier à Sherbrooke.

Sylvie Montreuil, professeure au département des relations industrielles de l'Université Laval, a d'abord rappelé que 53 % des hommes et 47 % des femmes travaillent au Québec et que 84 % de la population active de la province se compose de personnes ayant des responsabilités parentales.

À partir des données colligées par Statistique Canada à propos de 3400 enfants âgés de 6 à 11 ans, la chercheuse, qui est également directrice de la Chaire en gestion de la santé et de la sécurité du travail, a pu déterminer que certaines caractéristiques du travail des parents ont un effet sur le bien-être psychologique des enfants d'âge scolaire. Le bien-être psychologique des enfants a été inféré à partir de la fréquence de divers comportements, tels que l'inattention et l'hyperactivité, les problèmes émotifs et anxieux, l'agressivité physique et verbale, les troubles de conduite et les comportements antisociaux.

L'analyse des données a montré que certains facteurs favorisent le bien-être des enfants puisqu'ils sont associés à une moindre prévalence de ces comportements négatifs. Le fait que le père puisse synchroniser son travail avec celui de la mère — qu'il travaille le soir tandis que la mère travaille de jour, par exemple — est apparu comme un facteur de protection pour le comportement des enfants. Le fait que la mère ne commence un travail que lorsque son enfant a atteint 10 ou 11 ans, soit à la fin de son primaire, est également bénéfique pour l'état psychologique de l'enfant.

Si la mère travaille toujours le même nombre d'heures par semaine, cela aura un impact favorable sur le bien-être de son enfant. Par contre, si l'horaire de son emploi varie souvent en nombre d'heures et de semaines, l'impact sera délétère sur le comportement de l'enfant. De même, la mère qui commence un travail la fin de semaine plutôt que la semaine risque de mettre en péril le bien-être de son enfant, et la situation risque d'être tout aussi désastreuse si le père a un horaire rotatif.

«Plus que le nombre d'heures au boulot — qui n'est pas apparu comme un facteur de risque —, la stabilité de l'horaire de travail semble favoriser le bien-être psychologique des enfants. La stabilité des horaires, par leur prévisibilité, permet de mieux planifier la vie. À l'inverse, l'instabilité des horaires de travail qui casse la routine est plus difficile pour les enfants», précise Mme Montreuil avant de souligner que, contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, «la mère au foyer qui ne travaille pas n'est pas apparue comme un facteur de protection du bien-être des enfants».

En plus de l'instabilité que génèrent les horaires variables ou atypiques (travail de soir, de nuit ou le week-end), «le parent qui a été exposé à ces horaires, ainsi qu'à des contraintes physiques [comme du bruit] ou à un stress élevé ne sera pas nécessairement dans une disposition à être patient avec son enfant, à communiquer avec lui et à être intéressé par ce qu'il dit, quand il arrive à la maison», fait remarquer la chercheuse.

Or, les emplois dans lesquels les travailleurs connaissent leur horaire à la dernière minute, ou comportant des horaires atypiques, sont de plus en plus nombreux. Au Québec, dans 51 % des familles biparentales un des deux parents possède un horaire atypique. Malgré elles, ces familles ne favorisent pas le bien-être intégral de leur enfant.