Québec revoit le financement des maisons de naissance

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, s'est rendu à l'évidence hier. Le mode de financement des maisons de naissance constitue bel et bien un frein à leur développement. En point de presse, il a annoncé son intention de ramener ces budgets dans le giron de son ministère. Un engagement qu'il n'a ni chiffré ni daté et qui ne figure nulle part dans le communiqué diffusé quelques heures plus tôt pour souligner la Journée internationale des sages-femmes.

Actuellement, les maisons de naissance sont financées à parts égales par le ministère et les agences régionales. Mais les impératifs budgétaires de ces dernières les empêchent souvent de contribuer pleinement. Résultat: depuis sa politique de périnatalité, Québec n'a annoncé qu'une nouvelle maison, encore à venir. «C'est vraiment le financement qui achoppe», a convenu hier M. Bolduc, avant de s'engager «à reprendre cet argent-là» pour «l'offrir aux endroits qui veulent avoir des maisons de naissance».

La proposition a pris de court la porte-parole de l'opposition officielle, Agnès Maltais, qui a elle aussi tenu un point de presse en compagnie des gens du milieu sage-femme pour dénoncer les importants retards pris dans ce dossier. «[Le ministre] nous a dit: "Je vais revoir la règle, j'annonce que ce sera 100 %". Je suis d'accord. [...] Mais je ne sais pas combien d'argent sera attribué. Ce n'est pas dans le communiqué, il n'y a pas d'échéancier.»

Le communiqué publié en matinée par le cabinet de M. Bolduc ne fait en effet aucune mention d'un changement au financement des maisons de naissance. Il annonce simplement l'ajout de 15 postes de sages-femmes à temps complet. Interrogée à ce sujet, son attachée de presse, Natacha Joncas Boudreau, explique que le financement sera bel et bien assumé «à 100 % par le ministère d'ici l'automne». La mécanique reste toutefois à préciser.

D'autres freins


Ce flou n'a rien pour rassurer le milieu, à qui on a promis beaucoup au cours des dernières années. D'autres freins subsistent, a d'ailleurs précisé Lysane Grégoire, du Groupe Maman. «C'est un gain, mais ce n'est pas fini». Au premier chef, il faudra s'attaquer à la résistance du milieu médical, spécialement en région, où les citoyens sont astreints à un parcours digne des «12 travaux d'Astérix», selon elle.

Le ministre Bolduc s'est engagé à «essayer de faire tomber» cette résistance afin que chaque région ait sa maison de naissance. Il a dit vouloir porter de 9 à 18 le nombre de maisons d'ici 2018. «Le besoin est plus grand», a jugé la présidente du Regroupement des sages-femmes du Québec, Claudia Faille, en citant un sondage indiquant que 25 % des femmes souhaitent accoucher ailleurs qu'à l'hôpital.
2 commentaires
  • yannick.legault@sympatico.ca - Abonné 6 mai 2011 01 h 21

    La médecine au Québec ou comment marcher par en arrière

    Le milieu médical mériterait lui-aussi une commission d'enquête publique, afin que l'on constate où vont les fonds publics (51% du budget du Québec !) Les médicaments, les programmes informatiques, les hôpitaux, les corporations de médecins spécialistes... il y a tellement d'argent impliqué qu'on mérite des explications.
    Mieux, des transformations politiques radicales !
    Fini les dépenses pour la médecine industrielle !

    Yannick Legault, Trois-Rivières

  • Pierre Perreault - Abonné 6 mai 2011 08 h 08

    comment soutenir l'illogisme

    Ca va faire 6 ans que le sondage commandé par le MSSS a été fait. 15% des femmes interrogées, SI elles pouvaient choisir, souhaiteraient accoucher dans une maison de naissance. Ca veut dire quoi concrêtement? Qu'il faudrait environ 40 maisons de naissance pour répondre à ces besoins... demain matin! Mme Faille a bien raison. Une gorgée d'eau n'étanche pas la soif. Le MSSS est tellement proche des médecins qu'il n'est plus capable de faire les changements qu'il faut pour qu'on arrête de tout envoyer les ressources pour faire marcher les hôpitaux et la technologie. Des sages-femmes et des maisons de naissance c'est efficient pourtant. Quand je pense qu'il y en a encore qui osent parler de luxe!