Santé - Quand les médecins passent le témoin aux infirmières

Caroline Boudreau, infirmière à la clinique Pierre-Bertrand affiliée au CSSS de la Vieille-Capitale, enseigne la démarche clinique d’évaluation liée à l'ordonnance collective visant les usagers souffrant de mal de gorge à sa collègue Vicky Bujold.<br />
Photo: CSSS de la Vieille-Capitale Caroline Boudreau, infirmière à la clinique Pierre-Bertrand affiliée au CSSS de la Vieille-Capitale, enseigne la démarche clinique d’évaluation liée à l'ordonnance collective visant les usagers souffrant de mal de gorge à sa collègue Vicky Bujold.

Dans les cliniques et les urgences bondées de patients orphelins, la collaboration professionnelle n'est plus une vertu, elle est devenue une nécessité. Alors que s'ouvre ce matin à Montréal le colloque des conseils des infirmiers et infirmières sur les ordonnances collectives, Le Devoir présente deux projets phares qui confondent jusqu'aux plus sceptiques.

La nécessité est mère de l'invention, dit l'adage. Dans la région de Val-d'Or, où seuls 35 des 55 postes en médecine familiale sont pourvus, le statu quo n'était plus une option. Le CSSS Vallée-de-l'Or a donc opté pour un franc coup de barre. À l'urgence surpeuplée de l'hôpital de Val-d'Or, les infirmières ne se contentent plus de faire du simple triage, elles font aussi des tests diagnostiques et des thérapies.

Ce transfert a permis aux médecins, qui voyaient en moyenne de 20 à 25 patients par quart de travail, d'en voir jusqu'à dix de plus. Sans embauche ni investissement supplémentaires. «C'est seulement la structure qui a changé», confirme Marcel Réhel, directeur des services d'urgence au CSSS. Le patient, lui, attend deux heures de moins en moyenne. «C'est LA porte de sortie pour le temps d'attente.»

Le sésame qui a rendu possible cette transformation, c'est l'ordonnance collective, qui permet aux infirmières d'agir avec autonomie sans avoir à se référer systématiquement au médecin. Cette réorganisation vient bouleverser le modèle québécois. Normalement, le patient qui se présente aux urgences est évalué par l'infirmière du triage qui détermine la gravité de son état. Il attend ensuite de voir le médecin qui commande ce dont il a besoin pour établir son diagnostic (tests sanguins, analyses en laboratoire, radiographies). Le patient est renvoyé à la salle d'attente jusqu'à ce que le médecin le reçoive à nouveau pour clore son dossier.

À l'urgence de Val-d'Or, une douzaine d'ordonnances collectives ont été mises en place depuis l'automne dernier afin de permettre aux infirmières de prendre diverses mesures diagnostiques et thérapeutiques avant même que le patient voie le médecin. «Cela va de simples gouttes ophtalmiques jusqu'au protocole cardiaque», explique M. Réhel. Le patient attend encore, bien sûr, mais bien moins longtemps puisqu'il est pris en charge dès le triage. Quand le médecin voit le patient, il a tout en mains pour poser son diagnostic en une seule consultation.

Au bon moment, par le bon professionnel

Dans la région de Québec, le problème de l'encombrement des urgences et des cliniques sans rendez-vous a lui aussi donné lieu à une formule audacieuse. Pour désengorger son réseau, le CSSS de la Vieille-Capitale a doté ses infirmières d'un coffre à outils qui leur donne une plus grande latitude.

Le maître mot: faire en sorte que «le patient soit vu au bon moment par le bon professionnel», explique Barbara Harvey, conseillère clinicienne en soins infirmiers. C'est ainsi qu'une vingtaine d'ordonnances collectives ont été approuvées au cours des dernières années, pour les services courants en CLSC d'abord, puis dans les cinq cliniques réseau sans rendez-vous de la région.

L'une d'elles vise la clientèle qui se présente pour un mal de gorge. Normalement, ces patients sont tous vus par un médecin, même si, dans 90 % des cas, le mal est viral et ne nécessite pas d'antibiotique. Pas au CSSS de la Vieille-Capitale, qui permet aux infirmières de prendre les devants. «On libère le patient et on attend le résultat de la culture, explique Mme Harvey. Si elle est positive, le médecin prescrit des antibiotiques par téléphone. Le patient n'a plus qu'à passer à la pharmacie.»

Si la culture est négative, «on s'assure que l'état de la personne ne s'est pas détérioré [...]. Quand c'est le cas, on utilise les plages horaires mises à notre disposition par les médecins», poursuit Mme Harvey. Fortes de leur nouveau coffre à outils, les infirmières arrivent à libérer jusqu'à 10 % des malades qui se présentent au sans rendez-vous sans qu'ils aient à voir le médecin de garde.

Cela a profondément changé la façon de consommer les soins dans la population, affirme Barbara Harvey. «Avant, les gens venaient voir le médecin; maintenant, ils viennent d'abord voir l'infirmière.» Selon une évaluation préliminaire, la transformation a eu un effet bénéfique sur les urgences de la région. Mais cet impact pourrait être plus grand puisque les cliniques réseau n'utilisent pas également tous les outils mis à leur disposition.

Implantées çà et là sans véritable coordination nationale, les ordonnances collectives sont loin d'avoir atteint leur plein potentiel, croit Marcel Réhel. Ce dernier n'a pourtant aucun doute que la formule retenue à Val-d'Or est applicable à toutes les urgences. «C'est le corps médical qui a le dernier mot. Cela dit, quand on se place du côté du patient, je pense que la réponse est une évidence.»
 
1 commentaire
  • Jacques Morissette - Inscrit 4 mai 2011 09 h 53

    Mettre l'épaule à la roue.

    Le corporatisme ne ferait que des perdants dans tous les domaines. Infirmières et médecins devraient ensemble mettre l'épaule à la roue pour améliorer notre système de santé et l'accès social à notre système de santé au plus de monde possible.