Procréation assistée - Le programme québécois à la solde du privé

En août dernier, le ministre Bolduc a lancé ce programme qui permet aux couples infertiles d'avoir recours gratuitement à des traitements de fécondation in vitro (FIV). En vertu de ce programme, le régime d'assurance maladie du Québec couvre les interventions et les médicaments pour trois cycles d'ovulation induite par médication ou six cycles d'ovulation naturelle. Les spécialistes qui étaient en faveur de l'instauration d'un tel programme public arguaient que la gratuité permettrait de réduire le nombre de grossesses multiples et l'ampleur des soins spécialisés qu'ils entraînent — aux nouveau-nés et aux mamans — en favorisant le transfert d'un seul embryon à la fois dans l'utérus. Selon ces mêmes protagonistes, les coûts élevés de la procédure incitaient les patientes à opter pour le transfert de plusieurs embryons à la fois, dans le but d'accroître les chances de succès de leur projet de conception. À cet égard, le programme semble avoir porté fruit, car le taux de transfert d'embryon unique est passé de 1,6 % en 2009 à 51 % après l'entrée en vigueur du programme, en 2010. Et, conséquemment, le taux de grossesses multiples est passé de 27,2 % en 2009 à 3,8 %. «Toutefois, ces statistiques nous sont fournies par les établissements qui offrent ces soins, en l'occurrence principalement [à 75 %] des cliniques privées», fait remarquer Julie Depelteau, chercheure associée à l'IRIS.

Les économies associées à la réduction des grossesses multiples sont par contre loin de compenser les coûts du programme. Notamment en raison de l'engouement incroyable qu'a suscité le programme auprès des couples infertiles. Également parce que le programme couvre non pas trois essais de transfert embryonnaire, mais l'implantation de chacun des embryons produits avec les ovules obtenus lors des trois ou six cycles d'ovulation. Et, compte tenu que «le taux de naissances vivantes issues de la FIV varie, selon l'âge de la patiente, entre 15 et 33 % par cycle», on peut imaginer que les couples se lanceront dans de multiples tentatives dans l'espoir de réaliser leur rêve.

Selon Mme Depelteau, il aurait mieux fallu prendre le temps d'équiper les établissements hospitaliers publics (de Montréal, de Sherbrooke, de Québec et de Chicoutimi) avant de lancer le programme. «Le programme aurait coûté moins cher si les services avaient été offerts par le secteur public, car notamment nous n'aurions pas eu à financer la marge de profit du secteur privé. De plus, les hôpitaux disposent déjà de techniciens et d'installations pouvant servir à certaines étapes du traitement», dit-elle, tout en déplorant que, dans la situation actuelle, les cliniques de fertilité privées accroissent le fardeau des établissements publics qui doivent assurer les soins de base, tels que le suivi des grossesses et les accouchements.

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