Troubles du sommeil - L'insomnie touche un quart de la population adulte

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale

Il y a quatre grandes catégories de troubles du sommeil: l'hypersomnie, qui caractérise des patients qui ont du mal à rester éveillés le jour, une pathologie souvent liée à l'apnée du sommeil; les troubles liés au rythme circadien, qui touchent la population soumise fréquemment au décalage horaire, qui travaille de nuit notamment; les parasomnies telles que le somnambulisme, les cauchemars ou tout autre comportement anormal pendant la nuit; et l'insomnie, le trouble le plus fréquent, celui sur lequel se penche le Centre d'étude des troubles du sommeil de l'Université Laval.

«Les troubles du sommeil, c'est très vaste, explique Charles Morin, directeur du Centre d'étude des troubles du sommeil. Quatre-vingts pathologies environ. Et les causes sont multiples. Elles peuvent relever de la psychologie, de la médecine, de la neurologie, de la psychiatrie, etc., et aussi bien de la santé physique que mentale.»

À l'Université Laval, l'équipe du docteur Charles Morin, soit vingt-cinq personnes environ, travaille sur l'insomnie depuis sept ans et cette Chaire du Canada devrait être renouvelée sous peu pour sept années supplémentaires. Deux grands volets: d'une part, l'aspect épidémiologique, l'ampleur du problème, les conséquences, les facteurs de risque, la prévalence, son évolution au cours du temps; d'autre part, les démarches thérapeutiques, qui peuvent être à la fois psychologiques et pharmacologiques.

«L'insomnie est un problème extrêmement courant, assure Charles Morin. Quelque 25 % de la population adulte la subit sur une base occasionnelle, 10 % de manière chronique. On commence à parler d'insomnie lorsqu'une personne met plus d'une demi-heure à trois quarts d'heure pour s'endormir ou qu'elle est réveillée durant ce laps de temps dans la nuit, plusieurs fois par semaine et pendant un mois environ.»

Les femmes sont plus touchées par le phénomène que les hommes, deux femmes pour un homme environ. Le phénomène s'accroît également avec l'âge. «Même si les jeunes peuvent également être touchés. Chez les enfants, c'est souvent lié à une absence de discipline parentale autour du coucher. Chez les adolescents, il peut y avoir de l'anxiété par rapport au choix de carrière par exemple. Ils ont aussi souvent des horaires décalés... Quand on s'est couché tard dans la nuit du vendredi et du samedi, qu'on s'est réveillé vers 11 heures ou midi, il peut être difficile de trouver le sommeil en allant se coucher à une heure raisonnable le dimanche soir. Les changements hormonaux jouent également. Et il ne faut pas négliger non plus le rôle des appareils électroniques. Lorsque les jeunes vont dans la chambre à coucher et qu'ils continuent à clavarder ou à jouer, ils restent stimulés... Il sera alors plus difficile de s'endormir.»

Autant de causes

Le sexe et l'âge sont donc deux grands facteurs de ris-que. Les changements hormonaux, aussi bien chez les jeunes que chez la femme: la ménopause est une période particulièrement propice à l'insomnie. Mais aussi l'anxiété: «Les personnes hypervigilantes, qui réagissent de manière excessive à un événement normal comme la sonnerie du téléphone, celles qui souffrent d'hyperaction psychologique: par exem-ple, elles vont être soumises à un événement stressant le jour, avoir une argumentation forte avec un collègue, et auront des difficultés à laisser couler, elles restent survoltées, continuent à ruminer et ont alors du mal à trouver le sommeil.»

Le Centre d'étude a également mis le doigt sur un volet héréditaire et génétique. Un volet qu'il n'a qu'effleuré pour l'instant et qui fera l'objet de travaux de recherche plus approfondis dans les sept prochaines années.

Conséquences terribles

Car il ne faut pas prendre à la légère les troubles du sommeil. Les conséquences sont terribles. Sur le plan de la qualité de vie, la fatigue, bien sûr, mais également des problèmes cognitifs comme des pertes de mémoire, des difficultés à se concentrer, de l'irritabilité. «On pense souvent que l'insomnie est un symptôme de la dépression, ajoute Charles Morin, mais elle peut aussi développer une dépression. Elle augmente les risques d'hypertension, bref, elle est un facteur de risque pour d'autres problèmes majeurs. Il ne faut pas non plus négliger son impact économique et social. Les coûts associés à l'insomnie sont importants en matière de productivité, car elle génère de l'absentéisme, ou du présentéisme, c'est-à-dire que vous allez au travail mais que vous n'avez pas 100 % de vos capacités.»

Le problème est cependant universel. Il ne touche pas que nos sociétés occidentales modernes. Peut-être est-il plus fréquent aujourd'hui, il est difficile de le savoir avec certitude, mais on lui accorde surtout plus d'importance. «On peut être en action 24 heures sur 24, il y a toujours quelque chose pour nous stimuler, note Charles Morin. On peut supposer que, lorsqu'il n'y avait pas l'électricité, les gens se couchaient avec la nuit et se levaient avec le jour... Mais étaient-ils moins stressés pour autant?»

Traitement

Au moindre doute, il faut donc consulter. Commencer par essayer de trouver quelqu'un pour avoir de l'aide, trouver des informations dans Internet ou dans les livres d'autotraitements. «Même si on met le doigt sur le facteur, il ne faut pas croire que ça va se replacer tout seul lorsque le facteur, le stress par exemple, aura disparu, car ce n'est pas toujours le cas, prévient M. Morin. Souvent, le stress disparaît mais l'insomnie persiste, car la chambre à coucher n'est plus un endroit propice au sommeil, un endroit relaxant.»

En ce qui concerne les traitements, le Centre d'étude des troubles du sommeil de l'Université Laval privilégie la démarche psychologique plutôt que pharmacologique. Durant 8 à 10 semaines, les patients se rendent de 6 à 8 fois au centre pour une consultation. «Nous commençons par discuter des horaires de sommeil, explique le docteur Morin. Il y a des croyances énormes... Par exemple, les gens pensent qu'ils ont besoin de huit heures de sommeil. Or ce n'est pas vrai pour tout le monde. Certaines personnes peuvent se contenter de six heures... Si elles s'obligent à dormir huit heures et qu'elles n'y parviennent pas, ça devient un facteur d'anxiété. Parfois, il s'agit simplement de mauvaises habitudes qu'il faut modifier. Il peut être intéressant à court terme de rester au lit ou de faire une sieste parce qu'on a passé une mauvaise nuit. Mais si on en prend l'habitude, les cycles du sommeil s'en trouvent déséquilibrés. Il faut corriger ça. Il nous arrive de devoir prescrire une médication, toujours pour une période la plus courte possible, mais dans 80 % des cas la démarche psychologique suffit.»

***

Collaboratrice du Devoir