Médecine familiale - Le manque d'investissement a un prix

Les omnipraticiens déplorent le sentiment d’impuissance qui gagne la population. Sur la photo, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Les omnipraticiens déplorent le sentiment d’impuissance qui gagne la population. Sur la photo, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin.

Après avoir soulevé un important mouvement de solidarité sur Facebook et YouTube, les médecins de famille enfoncent un peu plus le clou. Cette fois, ils le font par le biais d'une campagne publicitaire destinée à rappeler l'urgence d'investir en médecine familiale. Une démarche qui égratigne les choix du gouvernement Charest, alors que plus de deux millions de Québécois sont toujours sans médecin de famille, cela, même si le Québec compte jusqu'à 20 % plus d'omnipraticiens que la moyenne canadienne.

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) s'est inspirée des milliers de témoignages reçus au cours de la dernière année pour construire cette campagne qui met en lumière un fort sentiment d'impuissance. «On montre des situations réelles qui sont la conséquence directe des choix de ce gouvernement. Ces conséquences ne touchent pas qu'un individu, mais toute sa famille», raconte son président, le Dr Louis Godin.

La FMOQ, qui négocie présentement un réajustement salarial, se défend d'instrumentaliser la détresse des gens avec son slogan «Plus d'investissements en médecine familiale. Moins de souffrance». C'est toute la question de l'accès aux soins qui est au coeur de cette campagne qui vise d'abord la revalorisation et la réorganisation d'une profession boudée par la relève, tempère le Dr Godin. «Il est clair que si vous n'avez pas de médecin de famille, vous n'avez pas accès à la prévention et au suivi. Cela n'est pas sans conséquence. Cela peut parfois même être grave.»

Investissements faibles

Malgré plusieurs cris à l'aide, les investissements dans la première ligne sont restés marginaux ces dernières années. Au total, seuls 2,9 % du budget total de la santé seraient consacrés aux soins de première ligne offerts en clinique, calcule la fédération, chiffre que ne conteste pas Québec. «Ce faible degré d'investissement fait de la médecine familiale le parent pauvre du secteur de la santé au Québec, et cela est inacceptable», affirme le Dr Godin.

Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, ne nie pas qu'une pénurie mine la première ligne. Il estime néanmoins que les mesures mises en place ces dernières années pour valoriser la profession et «l'augmentation importante des admissions en médecine ces dernières années» vont finir par porter leurs fruits, note son attachée de presse, Natacha Joncas-Boudreau. Il se donne pour cela un horizon de cinq ans.

Cinq ans, c'est trop optimiste, voire irréaliste, juge le président de la FMOQ. «Je ne dis pas qu'on ne peut pas y arriver dans des délais raisonnables. Mais cela va prendre des gestes concrets. Avec moins de 40 % des étudiants qui choisissent présentement la médecine familiale, on n'arrive même pas à maintenir l'offre de services actuelle. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les projections ministérielles.»
13 commentaires
  • Melkitsedeq - Inscrit 20 avril 2011 08 h 15

    Fraudais que nos gentils médecins arrivent en 2010

    Ce n’est parce que tu es scolarisé que tu es bien organisé. Nous avons tous les médecin de famille qu’il faut au Québec si on regarde les ratios. C’est juste qu’ils soient mal organisés et ils ont été entraînés à centraliser le système de santé vers eux. S’ils se contenteraient de faire leur boulot aux lieux de se battre dans des luttes de pouvoir avec le reste du monde.

    Ils sont encore dans la mentalité des années 70 ou il faut créer le maximum de clic clic pour survivre. Le temps n’est plus à la survie des médecins mais des patients trop patients.


    Qu’attend l’ordre des médecins pour décider quel logiciels il vont utiliser pour le traitement de leurs dossiers. D’autres ordres professionnels ont suggéré à leurs membres des logiciels et les membres se sont équipés. Il semble que ces médecins attendent l’action providentiel de l’état pour se faire payer logiciels, ordinateurs de bureau et camouflé dans la facture un ordi portable pour leur enfant aux études….

    J’ai 53 ans je rencontre mon médecin de famille un fois l’an 5 minutes après un attente de une a deux heures (sur rendez-vous). Je crois qu’ils devraient s’inspirer des dentistes : tu rencontre l’hygiéniste qui te fais les radiographies et le nettoyage ensuite le dentiste viens t’examiner.

    Je pourrais rencontrer une fois l’an une infirmière qui prendrait le temps de m’écouter, me peser, prendre ma pression, me prescrire des examens nécessaires à mon age. Ensuite le médecin pourrait consulter les résultats de l’infirmière et les corroborer. Ainsi le médecin avec deux ou trois infirmières pourrais soigner de deux à trois fois de patients.

    Mais je dois rêver encore c’est impossible que cet ordre professionnel partage le travail à faire au bénéfice de la population.

    Christian

  • lintendant - Abonné 20 avril 2011 09 h 15

    faites de la place aux infirmières spéc ialistes.

    EN RÉACTION AU DR GODIN, JE LUI DIRAIS DE FAIRE DE LA PLACE AUX INFIRMIÈRES PROFESSIONNELLES SPÉCIALISTES POUR COMBLER LES BESOINS DE PREMIÈRE LIGNE. JE ME RAPPELLE L'ÉMISSION ENQUETE SUR CE SUJET OÙ LE DR GODIN ET LE NÉGOCIATEUR DE LA FÉDÉRATION MONTRAIENT CLAIREMENT LEUR VOLONT É DE BLOQUER LE PLUS LONGTEMPS POSSIBLE CETTE SOLUTION POURTANT LARGEMENT UTILISÉE EN ONTARIO ET AUX USA. ILS AVAIENT LE SIGNE DE PIASTRE AU BOUT DE LA LANGUE. C'ÉTAIT À DÉSESPÉRER DES MÉDECINS OMNI ET SURTOUT DE LEURS REPRÉSENTANTS. IL N'Y AVAIT PAS DE PLACE POUR LA COMPASSION POUR LES GENS QUI ATTENDAIENT UN MD DE FAMILLE. ALORS, DR GODIN, VOUS AVEZ UN DÉFICIT DE CRÉDIBILITÉ QUAND VOUS NÉGOCIEZ DES AUGMENTATIONS DE SALAIRE. PROUVEZ D'ABORD VOTRE SENS DES RESPONSABILITÉS ET ON VERRA ENSUITE.

  • Fernande Trottier - Abonnée 20 avril 2011 09 h 46

    Place aux infirmières spécialistes...

    @ lintendant : vous avez bien raison : Les drs ont des signes de piastre non seulement au bout de la langue, mais aussi dans les yeux !

  • Gilem - Inscrit 20 avril 2011 11 h 23

    Penurie de medecins de famille

    A 67 ans et apres plus de 10 ans en Colombie-Britannique,ou j'ai pu changer de medecin a 5 reprises sans problemes je reviens au Quebec et je deviens un patient
    " Orphelin" et lorsque je demande a l'infirmiere du CLSC de la Haute-Yamaska quand je puis esperer avoir un medecin de famille avec mes problemes de cholesterol,diabete et prostate elle me reponds "prratiquement que lorsque vous serez en phase terminale." Il me faut trouver un medecin de famille pour moi et mon epouse .Il nous est impossible de mettre notre nom sur une liste d'attente de quelque clinique que ce soit,nous sommes tres decourages de l'attitude du College des medecins et du gouvernement du Quebec a ce sujet. Bienvenue au Quebec!

  • Claude Kamps - Inscrit 20 avril 2011 11 h 45

    Le défis

    c'est que l'assurance maladie a «socialisé» tout le système de santé, sauf les médecins qui sont restés indépendants.

    La solution est une demi-socialisation qui permettrait de payer le bureau et les instruments et appareils de diagnostique, mais demanderait, comme pour les ingénieurs un minimum de productivité.

    On pourrait également dire ou le médecin doit pratiquer, pour ses premières années de pratiques, et tout étudiant qui ne reste pas minimum 10 ans au Québec devrait payer au prorata de sa présence une partie de ses études...