Les sites d'injection supervisée sauvent des vies

Le prestigieux The Lancet a servi hier un rappel à l'ordre à ceux qui doutent encore des retombées positives des sites d'injection supervisée (SIS) sur la santé des utilisateurs de drogues, au premier chef le gouvernement Harper. La prise de position, signée par le chercheur américain Chris Beyrer, est appuyée par un article signé par des chercheurs canadiens, qui font état d'une chute de la mortalité par surdose de 35 % depuis l'ouverture d'InSite à Vancouver.

Ces résultats montrent la pertinence «d'envisager ce genre de programme là où l'injection de drogue est prévalente, particulièrement dans les zones où l'on recense de forts taux de surdose», concluent les auteurs. Dans son commentaire, le chercheur Chris Breyer, de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, à Baltimore, va plus loin. Si «la bataille politique à propos de ce site a été intense, et elle n'est pas terminée», il est grand temps que les «preuves scientifiques prévalent» et que «l'action commence».

La prise de position a été reçue avec joie par les gens d'InSite, qui s'en serviront dans la guerre les opposant depuis 2008 au gouvernement Harper et dont la prochaine bataille se jouera le mois prochain à la Cour suprême. «Cette étude montre qu'il est temps que Stephen Harper cesse de mettre son idéologie personnelle devant les assises solides de cette politique de santé publique», a commenté Mark Townsend, le directeur de la Portland Hotel Society, qui gère InSite en partenariat avec la Vancouver Coastal Health Authority.

Les chercheurs, majoritairement affiliés au British Columbia Centre for Excellence in HIV/AIDS, ont comparé le taux de mortalité par surdose avant et après l'ouverture d'InSite (de 2001 à 2003 et de 2003 à 2005). Il appert que, dans un rayon de 500 mètres, le taux de surdose a chuté de 35 % avec l'arrivée du SIS. Pour la même période, ce taux n'a diminué que de 9,3 % dans le reste de la ville, ce qui fait dire aux chercheurs que «de plus importantes réductions de la mortalité nécessiteront probablement une extension de la couverture des SIS».

Financé par le gouvernement de la Colombie-Britannique, InSite a longtemps opéré grâce à une exemption à la loi fédérale sur les drogues. Le gouvernement Harper a toutefois refusé de prolonger cette exemption en 2008. Sa survie menacée, InSite a porté la cause devant les tribunaux. Tous les jugements rendus jusqu'ici lui ont donné raison. Ne reste que le plus haut tribunal du pays, qui entendra cette cause le mois prochain.

Deux SIS au Québec

Le Québec suit de près cette bataille alors que la province se prépare à accueillir cet été deux SIS, l'un à Montréal, l'autre dans la Capitale-nationale, avec ou sans l'appui du ministre de la Santé. Ce dernier attend le jugement de la Cour suprême avant de trancher. Tant la Direction de la santé publique que l'Institut national de santé publique du Québec ont déjà donné leur aval aux projets, menés respectivement par Cactus Montréal et Point de repères.
6 commentaires
  • Serge Manzhos - Inscrit 19 avril 2011 01 h 58

    substitution

    il n'est pas surprenant qu'en améliorant les conditions dans lesquelles ils se droguent on va diminuer la fréquence des accidents mortels. Que les «preuves scientifiques prévalent» «d'une chute de la mortalité par surdose» n'est donc qu'une tautologie. La vraie question pour le gouvernement devrait être pas tellement la santé des drogués mais plutôt l'effet sur la santé publique en général incluant les facteurs comme une diminution de l'effet de dissuasion et autres. Est-ce que l’existence de ces sites-la va diminuer le nombre des dépendants de drogues? - non. Est-ce un nombre grandissant des dépendants de drogues met en danger la santé publique? - oui.

  • Jean Racine - Abonné 19 avril 2011 06 h 08

    Point de vue financier.

    On peut penser que la façon de diminuer les coûts serait de favoriser
    les overdoses.
    Les frais de disposition des corps sont largement inférieurs à ceux de quelconque traitement.
    Par contre lorsque cet objectif n'est pas réalisé il faut voir que le coût
    d'un SIS est largement compensé par la réduction des maladies transmises .

  • Katerine Gagnon - Abonnée 19 avril 2011 09 h 05

    Point de vue humain.

    "Favoriser les overdoses"?! Un "objectif" qui, s'il "n'est pas réalisé" tout le temps, peut être compensé par d'autres effets "financiers" appréciables?!
    Non mais, vous rigolez! Depuis quand est-ce qu'au Canada la valeur de la vie des gens se mesure en comparaison aux "frais de disposition [de leur] corps [cadavre]"?

    Ces personnes qui souffrent d'addiction ne sont pas pas plus des déchets que vous, nous pouvons l'être, M. Racine.

  • Pamela - Inscrit 19 avril 2011 09 h 14

    M. Harper

    aime se mettre la tête dans le sable.

    À M. Manzhos :

    http://www.communityinsite.ca/what-is-insite.html

    Allez voir ce que InSite offre à ces gens qui ont tant besoins d'aide au lieu de faire comme M. Harper...

    Bien plus qu'un site d'injection, c'est aussi un site où ces gens peuvent trouver de l'aide, auprès de gens en qui ils peuvent avoir confiance.

  • Marie-Claude Bélanger - Inscrite 19 avril 2011 09 h 34

    @ Serge Manzhos

    De quelle source scientifique tirez-vous "l'information" que ce site augmenterait les "dépendants de drogues"? Au contraire, l'étude de Marshall dont il est question ici indique que le profil de consommation n'a pas changé depuis l'implantation du site supervisé d'injection.

    Il s'agit bien du genre de pattern cher aux conservateurs: substituer une opinion morale à des faits démontrés...

    Quand quelqu'un est en détresse au point de consommer de l'héroïne, la question n'est pas d'encourager ou de décourager un "mauvais comportement" mais d'aider cette personne à s'en sortir. Ça pourrait être vous, même si vous êtes, j'en suis persuadée, une bonne personne...