Le dépistage du cancer colorectal se met en branle

Quoi qu'en dise la rumeur, le programme de dépistage du cancer colorectal est bel et bien sur les rails, a affirmé hier la Direction de la lutte contre le cancer, du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. Invité à faire le point devant l'Association canadienne du cancer colorectal (ACCC), son directeur, le Dr Antoine Loutfi, a fait valoir que le temps consacré à la préparation était «crucial pour établir des bases solides», un premier travail qui aurait déjà rapporté gros.

Sur la défensive, le Dr Loutfi a commencé par nier tout retard dans la phase de démonstration en cours dans huit établissements de santé. «Beaucoup de choses ont été accomplies. Les gens ont fait un vrai travail de moine pour implanter un système de mesure de la qualité.» Mais il en reste encore beaucoup à abattre avant de passer au déploiement du programme, qui se fera par la recherche de sang occulte dans les selles, prévient-il.

La direction estime qu'il faudra encore un an avant de pouvoir commencer les premiers dépistages, et un an de plus pour compléter le déploiement du programme à la grandeur du territoire. En attendant, on meurt encore beaucoup du cancer colorectal au Québec — plus que dans plusieurs autres endroits au monde — faute d'un programme de dépistage digne de ce nom permettant un diagnostic précoce, souligne le président l'ACCC, Barry Stein.

Impatience


Ce dernier ne cache pas que les patients et leurs proches, tout comme plusieurs gastroentérologues, s'impatientent. Mais ils doivent comprendre qu'un bon programme de dépistage est d'abord un programme rigoureux, a-t-il affirmé en marge d'une conférence consacrée aux soins offerts aux Québécois atteints de cancer colorectal et organisée par l'ACCC. «Je pense qu'il faut aussi être certain qu'on n'abandonnera personne, c'est-à-dire que le dépistage ne se fera pas au détriment du diagnostic et du suivi.»

Il n'y a aura pas de bris de services, promet le Dr Loutfi. Un des grands défis sera de déterminer quels sont les délais raisonnables en fonction des degrés de priorité, explique le

Dr Loutfi. «Il y a des gens qui ont besoin d'une colonoscopie tous les dix ans. Mais il y a aussi des données internationales qui disent qu'il y a trop de gens — en fait près du tiers — qui font faire leur colonoscopie dans un délai plus rapproché que nécessaire.»

Il faut dire qu'avec la sensibilisation, la demande pour des colonoscopies est en hausse au Québec, comme en témoignent les listes d'attente. «En mesurant les délais en fonction des priorités, on va gagner des colonoscopies, croit le Dr Loutfi. Nous estimons qu'il suffira d'en récupérer 20 % pour répondre aux nouveaux besoins générés par le programme de dépistage. C'est ça, le but de la première phase.»

D'ici là, Barry Stein rappelle que le dépistage — qui pourrait faire chuter de 15 à 30 % les taux de mortalité — devra être doublé d'un meilleur programme de prévention. L'accès aux traitements de troisième intention, qui améliorent la qualité de la vie et la prolongent un peu, devra aussi être revu. «Ces médicaments existent, ils sont utilisés par d'autres provinces, mais ils sont encore à l'étude au Québec.»

Un non-sens, selon le Dr Benoît Samson, hémato-oncologue à l'hôpital Charles-LeMoyne, qui estime «qu'offrir l'accès à des traitements de qualité en fin de vie et assurer l'accès aux traitements pouvant prolonger la durée de vie tout en offrant un confort, en particulier lorsqu'il s'agit d'un cancer de stade avancé, devrait constituer un objectif hautement prioritaire pour le gouvernement québécois».

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