Les frais illégaux se multiplient dans le réseau de la santé

La prolifération des frais illégaux dans le réseau de la santé est devenue telle que le Collège des médecins du Québec constate de plus en plus de dérapages. Ses pouvoirs étant limités en la matière, ce dernier somme le ministre de la Santé de clarifier les règles. Et vite, parce qu'en attendant, «ce sont les patients qui paient», a déploré hier son président-directeur général, le Dr Charles Bernard.

Forfaits divers, tests en laboratoire, frais supplémentaires pour l'utilisation de technologies de pointe, médicaments surfacturés, comme ces fameuses gouttes ophtalmiques à 200 $ qui n'en coûtent en réalité qu'une dizaine. Les motifs pour faire payer le patient n'ont jamais été aussi nombreux. Plus un jour qui passe sans que le public interpelle le Collège à ce sujet. Déjà, deux médecins ont été cités en discipline et une poignée fait l'objet d'une enquête.

Le Collège a donc demandé un avis à son groupe de travail en éthique clinique. Mais cela ne suffira pas, reconnaît d'ores et déjà le Dr Bernard. «Le cas par cas a ses limites quand un problème devient systémique.» D'autant que les patients lésés hésitent encore à porter plainte de peur de s'attirer les foudres de leur médecin en ces temps de pénurie. «Ils sont pris en otages.»

Un flou


Pour le Collège, cette situation s'explique d'abord par le flou qui s'est installé autour des soins couverts par le régime public. Un flou que le ministre tarde à dissiper en ne clarifiant pas la question des frais accessoires qui peuvent être facturés aux patients, dénonce le secrétaire du Collège, le Dr Yves Robert, pour qui cela commence «à ressembler à une forme d'effritement de notre couverture publique». Une crainte partagée par la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, qui a réclamé hier des balises claires.

Ce flou s'explique en grande partie par les profonds changements qu'a connus la médecine depuis l'instauration du régime public il y a quatre décennies. De plus en plus de services autrefois réservés au milieu hospitalier se sont déplacés en cliniques, parmi lesquels plusieurs nécessitent des technologies de plus en plus poussées. Or rien n'a été fait pour actualiser le mode de rémunération des médecins en conséquence, raconte le Dr Robert.

Québec rappelle pourtant que les honoraires des médecins en cabinet sont majorés de 35 % en moyenne afin de prendre en compte divers frais administratifs et techniques, y compris le paiement d'équipements. Cela ne suffirait plus. «La question qu'il faut se poser, c'est comment adapter la rémunération des médecins à ces changements de structures. [...] C'est un défi important qui devra faire l'objet d'un débat public», a estimé le Dr Robert.

Sentiment d'urgence

À Québec, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a dit partager le sentiment d'urgence du Collège. «Je crois que les Québécois s'attendent à ce qu'on agisse dans ce dossier. Déjà, pour le Lucentis [et ses gouttes ophtalmiques à 200 $], j'ai posé un geste qui était quand même assez significatif. On va regarder tous les frais facturés aux patients pour voir comment on pourrait encadrer ça pour que ce soit quelque chose de raisonnable et de juste et éviter les excès et les abus.»

La question a déjà fait l'objet de discussions, tant avec le Collège qu'avec les fédérations de médecins, dans les derniers mois. Celles-ci devront toutefois se poursuivre avant d'en arriver à une entente d'ici quelques mois, a dit le ministre Bolduc. «On ne se donnera pas d'échéancier maintenant. Mais c'est un dossier qui, pour moi, est prioritaire.»

Rappelons qu'à la demande du ministre, la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) a produit un rapport l'automne dernier sur les frais accessoires et illégaux qui font présentement l'objet d'un nombre record d'enquêtes. Ce rapport n'a pas été rendu public.
4 commentaires
  • martin grenier - Inscrit 16 mars 2011 06 h 30

    le vole

    C'est dans la haute sphère qui vole le gouvernement on passe des test pour rien ex test pour la vue deux fois par annee
    martin

  • Jean St-Jacques - Inscrite 16 mars 2011 09 h 02

    Des gouttes payantes

    J'attendais mon tour pour une consultation chez l'ophtamologiste et 7 patients ont reçu des gouttes à $ 20.00 chacune de qui fait $ 140.00 de l'heure et la journée n'était pas terminée. J'ai toujours hésité à payer ce montant car je trouvais le prix exorbitant. Mais a-t-on le choix?

    Mon mari doit subir un examen pour la rétine et il devra débourser $150.00. Il faut payer la machine...

  • Franfeluche - Abonné 16 mars 2011 10 h 02

    La privatisation

    Nous n'avons rien vu encore avec la privatisation progressive des soins de santé avec la bénédiction hypocrite du gouvernement. Si nous trouvons qu'actuellement, ces soins coûtent cher, le présent article nous donne un aperçu de la jungle dans laquelle nous serons.

    De plus, comment se fait-il que le rapport de la RAMQ remis à l'automne 2010, ne soit pas encore rendu public ???

  • BROMONTOIS - Inscrit 16 mars 2011 10 h 58

    DES ENVELOPPES BRUNES .

    Evidemment lorsqu'il s'agit de rendre justice au cochon de payant c'est pas urgent et pendant ce temps il y a les enveloppes brunes .