Garde forcée: le ministère de la Santé demande des correctifs

En septembre 2009, à la suite d'une tentative de suicide, Richard Carle a été mené contre son gré, menotté, à l'urgence d'un hôpital par des policiers, que son ex-conjointe avait appelés.

Il y a passé huit jours, soit beaucoup plus que les 72 heures réglementaires, sans bénéficier de véritables soins, sans médication non plus, bien qu'il ait clairement spécifié à tout le monde, y compris à ses enfants, qu'il regrettait son geste.

Ce témoignage survient alors que le ministère de la Santé et des Services sociaux rend public son rapport sur les difficultés d'application de la Loi sur la protection des personnes dont l'état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour les autres. Comme le Protecteur du citoyen l'avait fait il y a plus d'une semaine, la direction de la santé mentale du ministère constate de nombreuses faiblesses dans l'application de cette loi.

En ce qui concerne l'évaluation du danger associé à un état mental perturbé, le ministère reconnaît que «celui-ci reste à définir et à clarifier». Le ministère reconnaît aussi qu'il devrait y avoir une meilleure communication entre les services d'aide en situation de crise et les policiers, qui manquent souvent d'outils dans de telles situations. Le ministère suggère d'ailleurs que plus de ressources soient allouées en matière de services d'aide en situation de crise.

Pour Richard Carle, mis à part le fait qu'il n'estime pas avoir été «traité» au cours des huit jours qu'il a passés «stationné» à l'urgence de l'hôpital, la garde forcée en établissement a comme effet pervers de miner la confiance des personnes en crise envers les établissements de santé. Il estime que, s'il n'avait pas déjà entrepris une démarche avant son hospitalisation avec une autre institution, il n'aurait probablement pas eu le courage de se présenter de nouveau à l'hôpital pour obtenir des soins. Selon Johanne Galipeau, de l'organisme Action Autonomie, les personnes internées ne participent à leurs audiences, au cours desquelles un juge doit statuer sur leur cas, que dans 30 % des cas.

Au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, on reconnaît qu'il y a un manque important d'informations et de formation au service des divers intervenants dans ces dossiers. «On reconnaît aussi la nécessité d'émettre des lignes directives plus claires concernant l'application de la loi», disait hier Karine Rivard, aux relations publiques du cabinet du ministre.
8 commentaires
  • johanne fontaine - Inscrit 2 mars 2011 08 h 00

    Détention illégale et présomption de dangerosité du citoyen...

    Cet article relève de la section Justice de votre journal, il me semble;
    il s'agit d'un problème de droits fondamentaux et non de santé...


    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert

  • pasencore - Abonné 3 mars 2011 12 h 15

    detention

    un simple excuse n efface en rien toute l inquietude causée par une tentative de suicide.Il fut gardée pour sa protection et il se plaint de cette sécurité et de la protection d un geste grave de conséquences Hum...l auto-critique ...la maturité et la responsabilité cela s apprend avec la reflexion...ne demeur-t-on pas responsable de ce que l on fait et ce dont on apprivoise...Relisez St-Ex peut etre.....

  • johanne fontaine - Inscrit 4 mars 2011 14 h 01

    @pasencore: un peu pontifiant, non?

    L'hosto, c'est un peu tard et pas cool du tout pour "venir en aide" et protéger de lui-même le mâle en détresse.

    Mieux vaut s'attaquer à la cause qu'aux effets.

    Johanna Fontaine
    St-Cuthbert

  • Louise Hurteau - Inscrite 5 mars 2011 08 h 53

    @Pase encore

    "un simple excuse n efface en rien toute l inquietude causée par une tentative de suicide."

    Ce que j'entends est : l'individu et sa détresse ne sont pas importants - c'est l'inquiétude causé aux autres qui prime avant tout - et surtout, attendons-nous à ce qu'une personne souffrante pense et agisse comme toute personne en plein moyen dans une réflexion de maturité et de responsabilité ....

    Vous rendez-vous compte de toute l'incongruité de votre propos ? S'il avait l'habilité de faire cette réflexion au moment ou la détresse survient, il n'aurait pas eu besoin d'être hospitalisé - BA bas, me semble, en tout cas ....

    Par ailleurs, les garde en établissement sont un problème, non pas par la nature même de la garde, mais par la nature même des soins offerts aux personnes souffrant de santé mentale. On les médicamente pour dormir, mais on offre aucun suivi à la sortie outre une rencontre mensuelle (et quelque fois à tous les 3 mois) pour remettre une prescription. Une petite heure sur 920 heures !

    Pour les cas plus lourds, ce que le bureau du ministre ne dit pas, c'est que après 30 ans, nous sommes toujours en attente d'appartement sociaux supervisés ou semi-supervisés pour la santé mentale. Ce qui s'offre présentement c'est la rue ou les taudis. Tout pour assurer un succès quoi ! Et ça c'est quand on ne judiciarise pas les personnes souffrantes (et ce plus souvent qu'autrement, directement par le personnel syndiqué qui est supposé assuré les soins) aucun crime commis à l'extérieur, mais soudainement, des patients se retrouvent avec des problèmes judiciaire lorsque institutionnalisé, n'est-ce pas étrange ? C'est ainsi que l'on retrouve des cas aberrant comme celui d'Ashley Smith, morte et incarcéré pendant 4 ans pour avoir lancé des tomates : http://www.theglobeandmail.com/news/opinions/opini