Urgences: Couillard admet son échec

Philippe Couillard dit en être venu à la conclusion que le jeu politique nuit considérablement aux efforts pour améliorer le fonctionnement du système de santé.<br />
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Philippe Couillard dit en être venu à la conclusion que le jeu politique nuit considérablement aux efforts pour améliorer le fonctionnement du système de santé.

Québec — L'ancien ministre de la Santé, Philippe Couillard, admet avoir échoué dans sa tentative de mettre fin à l'engorgement des urgences.

L'ex-politicien-vedette et dauphin pressenti du premier ministre Jean Charest croit aussi que le temps est venu de mettre le réseau de la santé à l'abri des griffes de la partisanerie politique.

Dans une entrevue exclusive accordée à Mario Dumont de l'émission Dumont, à V, M. Couillard convient pour la première fois depuis son retrait de la politique en 2008 qu'il n'est pas parvenu à régler la crise chronique de l'attente dans les urgences.

«L'une des raisons pour lesquelles je suis venu en politique, entre autres, c'est cette question de l'engorgement des salles d'urgence. Force est de constater que, malgré d'autres améliorations dans le réseau, cette question demeure largement la même qu'elle était il y a quelques années», laisse tomber M. Couillard pendant l'entrevue qui devait être télédiffusée hier soir.

Il s'agit d'un constat d'échec pour le neurochirurgien qui avait fait le saut en politique en 2003 pour aider les libéraux à remplir leur promesse «d'éliminer» l'attente dans le réseau de la santé.

Loin de l'Assemblée nationale, M. Couillard dit en être venu à la conclusion, ces dernières années, que le jeu politique nuit considérablement aux efforts pour améliorer le fonctionnement du système de santé.

Les nécessaires mesures méticuleuses et à long terme ne font pas le poids devant les intérêts à courte vue de la partisanerie, le tape-à-l'oeil et les échéanciers électoraux, estime-t-il.

«Je ne suis pas sûr qu'il est très bon que la politique partisane soit directement impliquée dans la gestion quasi quotidienne du système de santé. J'en suis venu à cette conclusion avec le recul. Non pas que les décisions prises par les partis au pouvoir sont nécessairement mauvaises, mais elles sont toujours, malheureusement, teintées par l'horizon politique», déplore l'ex-ministre.

La décision de confier la gestion du réseau à un organisme public indépendant, imperméable aux pressions politiques partisanes, serait un pas dans la bonne direction, pense M. Couillard.

«Peut-être que gérer [le système de santé] de façon publique et non lucrative, mais de façon distante du jeu politique quotidien, serait un progrès.»

M. Couillard s'est récemment joint au cabinet Secor.

Au cours de son entretien avec l'ex-chef de l'ADQ, M. Couillard confirme qu'il en a bel et bien terminé avec la politique active et qu'il entend continuer sa carrière «sous d'autres cieux».
4 commentaires
  • Fabien Nadeau - Abonné 1 mars 2011 07 h 42

    Quoi?

    Le constat d'échec de M. Couillard s'accompagne d'une suggestion d'une entité à l'abri de la partisanerie. Je crois que c'est impossible, le gouvernement ayant tout de même la responsabilité des nominations à la tête de l'unité.

    Mais je reste avec une question: avons-nous besoin d'un Santé-Québec sur le modèle d'Hydro-Québec? Un état dans l'état, c'est suffisant, non?

  • Sylvain Auclair - Abonné 1 mars 2011 10 h 37

    En plus, c'est anti-parlementaire

    Une entité comme HQ ou la SAQ est possible, parce que ce sont des entités commerciales, qui tirent leurs revenus des ventes. Mais confier la gestion de milliards de dollars de dépenses de l'État à des non-élus irait à l'encontre de la raison d'être d'un parlement, dont un des rôles importants est de veiller à la gestion des taxes et impôts perçus. Souvenons-nous de la maxime «No taxation without representation».

  • Jean Lapointe - Abonné 2 mars 2011 10 h 28

    Et pourquoi pas fermer l'Assemblée nationale ?

    Tant qu'à y être on pourrait peut-être penser à fermer le parlement et à renvoyer le gouvernement.

    On laisserait alors les EXPERTS prendre toutes les décisions à notre place.

    On ferait alors beaucoup d'économies et il n'y aurait plus de discussions inutiles.

    Qu'en pensez-vous monsieur Couillard?

  • Martin Cayouette - Abonné 2 mars 2011 12 h 42

    Principe de totale transparence

    Il est difficile d'appliquer le principe des sociétés parapubliques à celui des société publiques. L'autonomie supplémentaire des premières peut également amener des dérapages et amener les gestionnaires à prendre des décisions qui sont inappropriées telle l'attribution de bonus exagérés.

    Les sociétés publiques demeurent sous la loupe constante de la population qui peut aisément critiquer ce qui ne lui convient pas. Dans le cas des sociétés parapubliques, il y a une certaine opacité qu'ils associent à leur autonomie.

    Conservons la formule actuelle, elle met de la pression sur les politiciens pour travailler au bien commun de façon quotidienne. Le stress amène souvent une écoute plus active.