Santé - Des chiens qui ont le nez fin

Une étude de l’Université Kyushu, au Japon, décrit les compétences exceptionnelles d’une chienne labrador retriever qui détecte le cancer colorectal en flairant l’odeur dégagée par l’haleine et par les selles des personnes atteintes de ce cancer.<br />
Photo: Agence France-Presse (photo) Joel Nito Une étude de l’Université Kyushu, au Japon, décrit les compétences exceptionnelles d’une chienne labrador retriever qui détecte le cancer colorectal en flairant l’odeur dégagée par l’haleine et par les selles des personnes atteintes de ce cancer.

Deux nouvelles études soulignent l'extraordinaire acuité de l'odorat des chiens qui, apprend-on cette fois, sont arrivés à dépister des cancers colorectaux et de la prostate mieux que ne le permet l'arsenal médical.

Ces nouvelles observations s'ajoutent à celles relatées depuis près de 20 ans dans la littérature scientifique sur l'aptitude de la race canine à flairer la présence d'un cancer de la peau, du poumon, du sein, de l'ovaire ou de la vessie chez les humains. Notamment, Le Devoir rapportait, le 26 janvier 2006, les résultats étonnants obtenus par des chercheurs californiens qui avaient entraîné un chien à reconnaître les individus souffrant d'un cancer du poumon au «parfum» de leur haleine.

Dans la dernière édition du journal international de gastroentérologie et d'hépatologie, Gut, une équipe de chercheurs de l'Université Kyushu, à Fukuoka au Japon, décrit les compétences exceptionnelles d'une chienne labrador retriever qui détecte le cancer colorectal en flairant l'odeur dégagée par l'haleine et par les selles des personnes atteintes de ce cancer.

Un fort taux de réussite


Après avoir été entraînée, la chienne a en effet réussi à retrouver l'échantillon d'haleine appartenant à l'individu atteint d'un cancer colorectal caché parmi quatre autres échantillons provenant de personnes saines à 33 reprises lors de 36 essais, ce qui représente un taux de réussite de 92 %. Ses performances se sont avérées encore meilleures avec les échantillons de selles puisqu'elle est parvenue à repérer l'échantillon provenant de la personne cancéreuse 37 fois sur 38, atteignant ainsi un taux de succès de 97 %. Qui plus est, la chienne était particulièrement douée pour reconnaître les cancers alors qu'ils n'étaient qu'à un stade précoce, et elle ne fut pas confondue par l'haleine des fumeurs et par la présence d'autres pathologies intestinales, telles que les ulcères et une maladie inflammatoire de l'intestin.

Ces expérimentations ont montré que le flair canin dépassait amplement le taux de détection atteint par la méthode classique consistant à chercher la présence de sang dans les selles, méthode qui en moyenne permet de dépister un cas de cancer précoce sur dix, soit un dépistage de 10 % des cas. Seule une colonoscopie, qui requiert l'introduction d'une sonde dans l'intestin, permet de confirmer le diagnostic.

Par ailleurs, dans la revue European Urology, une équipe française fait aussi état de l'aptitude remarquable d'un berger belge malinois entraîné par l'armée de l'air française à dépister le cancer de la prostate. Après un entraînement de deux ans, le chien est arrivé à distinguer avec «une spécificité et une sensibilité de 91 %» des échantillons d'urine provenant de malades, de ceux ayant été prélevés sur des personnes saines. «Aucun test, y compris celui de l'antigène spécifique prostatique (PSA), n'atteint de telles performances», a déclaré à l'AFP un des cosignataires de l'article, l'urologue-oncologue Olivier Cussenot de l'hôpital Tenon à Paris. Le test du PSA, qui fait partie de la pratique courante, peut donner jusqu'à 80 % de faux positifs — l'homme présente une infection de la prostate, mais pas un cancer — et 10 % de faux négatifs, c'est-à-dire que le cancer échappe à la détection.

Molécules à chercher

Bien sûr, il apparaît extrêmement difficile d'utiliser des chiens renifleurs dans la pratique médicale pour dépister les cancers. Ces observations devraient toutefois encourager les recherches visant à identifier les molécules particulières qui sont vraisemblablement relâchées par les tumeurs cancéreuses et qui se retrouvent dans l'air expiré par le malade, ainsi que dans ses selles et son urine. Une fois que sera connue la composition du parfum de chaque cancer, on pourrait ensuite imaginer mettre au point des senseurs électroniques capables de détecter les molécules volatiles qui constituent la signature olfactive du cancer. Nul doute qu'un tel outil de dépistage des cancers précoces pourrait améliorer le taux de survie des personnes atteintes de cancer, car plus un cancer est découvert à un stade préliminaire, plus grandes sont les chances que le traitement soit couronné de succès.
1 commentaire
  • Lise Allard - Abonnée 7 février 2011 19 h 01

    Pourquoi attendre de précieuses années et de coûteuses recherches?

    Le très remarquable taux de réussite pour la détection de cancers précoces devrait suffire à lancer non pas des recherches hypothétiques sur d'éventuelles batteries d'équipements couteux, mais à mettre le plus rapidement possible les capacités canines au service de la pratique médicale. Ce serait un geste rationnel en faveur du mieux être de milliers de gens concernés avec en plus une formidable économie de temps et de moyens.

    Si cette chose paraît extrêmement difficile à faire, ça ne peux être qu'aux yeux d'intérêt particuliers liés ou non aux actuels laboratoires, à des mentalités faussement modernes et sans oublier leurs lobbies auprès de gouvernements assez peu sensibles au bien commun et surtout incapables de véritable innovation.