Les punaises de lit grugent aussi la santé psychologique

Photo: Agence France-Presse (photo) Stan Honda

Le suicide d'une résidente d'un HLM aux prises avec une infestation de punaises de lit jette un éclairage troublant sur les effets qu'ont ces parasites sur la santé psychologique des victimes. Louise Fafard souffrait d'un problème de dépendance aux jeux de hasard lorsqu'elle a décidé de sauter du 17e étage de son immeuble en juin 2009, mais les punaises de lit ont joué le rôle d'élément déclencheur du drame.

Dans la nuit du 3 juin 2009, Louise Fafard découvre une goutte de sang sur la manche de sa robe de chambre. «Je suis certaine que les vampires sont revenus et je n'en peux plus de vivre dans la peur de me faire dévorer vivante... c'est l'enfer de sentir ces démangeaisons sur son corps. [...] Je n'en peux plus et j'ai choisi de m'enlever la vie», écrit-elle dans un courriel envoyé à un ami quelques minutes avant de se suicider.

Dans un rapport, dont RueFrontenac a fait état jeudi, le coroner Jacques Ramsay signale que Mme Fafard était traitée pour trouble bipolaire et personnalité limite. Dans les semaines précédant les événements tragiques, elle avait également perdu plusieurs dizaines de milliers de dollars au casino et ses problèmes de consommation d'alcool s'étaient accrus. Mais le coroner précise aussi que l'apparent retour des punaises de lit, malgré deux traitements effectués dans son logement par un exterminateur, l'a poussée à passer à l'acte.

«La récente décompensation de madame est déclenchée par un événement en apparence inoffensif, mais dont les répercussions sur la santé mentale ne font que commencer à émerger, écrit le coroner. L'Internet contient des tonnes de témoignages de gens ayant dû subir les inconvénients de cette infestation, leur causant perte de sommeil, anxiété considérable, pertes pécuniaires et désagréments multiples. Peut-on s'étonner donc qu'une personne à la santé mentale fragilisée décompense lorsque le problème perdure et ne donne aucune impression de vouloir s'en aller?»

Lors du symposium sur les punaises de lit tenu plus tôt cette semaine à Montréal et à Québec, plusieurs experts ont réclamé la création d'un registre pour cartographier la progression de l'épidémie.

Un tel registre ne serait pas approprié, estime cependant la Ville de Montréal. «Nos inspecteurs sur le terrain connaissent bien les endroits où il y a des infestations, a indiqué hier Bernard Larin, attaché de presse de Michael Applebaum, responsable du dossier au comité exécutif. On a une carte et on suit de près les interventions.»

«On craint aussi le problème de stigmatisation ou de rejet à l'endroit des personnes ou des immeubles qui seraient touchés par des infestations», ajoute-t-il. Si la déclaration obligatoire d'infestation était requise, l'initiative devrait être prise par Québec, car le problème dépasse les frontières de la métropole, croit-on à la Ville.

À l'heure actuelle, la Ville dispose d'inspecteurs ayant reçu une formation spéciale qui interviennent lorsqu'une plainte de locataire leur est transmise. Elle peut si nécessaire forcer un propriétaire récalcitrant à traiter les logements infestés.

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