En CHSLD, qualité rime d'abord avec public

Dans les établissements privés destinés à l’hébergement des personnes âgées, «l’un des principaux mécanismes utilisés pour générer des bénéfices consiste à réduire le personnel, ce qui diminue inévitablement la qualité des soins», constatent deux chercheuses.<br />
Photo: Agence Reuters Jean-Paul Pélissier Dans les établissements privés destinés à l’hébergement des personnes âgées, «l’un des principaux mécanismes utilisés pour générer des bénéfices consiste à réduire le personnel, ce qui diminue inévitablement la qualité des soins», constatent deux chercheuses.

Québec ferait-il fausse route en explorant la filière privée comme il le fait de plus en plus en matière d'hébergement destiné aux personnes âgées? Oui, répondent sans détour deux chercheuses de l'Institut de recherche en politiques publiques (IRPP), Margaret McGregor et Lisa Ronald, pour qui qualité rime d'abord avec financement public.

Leur étude passe en revue des centaines de recherches canadiennes et américaines s'intéressant à divers facteurs allant du roulement du personnel à la fréquence des bains en passant par le recours aux mesures de contention ou aux camisoles chimiques. Leur conclusion est sans appel: les établissements privés à but lucratif «sont plus susceptibles de fournir des soins de moindre qualité».

L'inverse n'est pas forcément vrai, prévient France St-Hilaire, vice-présidente à la recherche à l'IRPP. «Le fait d'être un établissement public ou privé conventionné ne veut pas dire qu'on donnera forcément des soins de meilleure qualité. Ce qu'on comprend, c'est que le contexte est plus favorable à des soins de qualité dans ces établissements notamment parce qu'on peut plus facilement mettre en place des normes et des suivis.»

Retour au public

Sachant cela, les chercheuses pressent les gouvernements de revenir «au financement public plutôt que de recourir au capital privé pour construire de nouveaux établissements». C'est pourtant tout le contraire qui se produit un peu partout au Canada, déplorent-elles. Le Québec n'échappe pas à la tendance, lui qui a supprimé 7632 lits publics de soins de longue durée pour se tourner massivement vers le financement de lits privés à but lucratif, notamment par l'entremise de ressources intermédiaires (RI) réputées plus légères. Le gouvernement Charest a aussi inauguré l'an dernier un premier centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) en partenariat public-privé.

Or, ces modèles n'ont de sens que lorsqu'ils permettent des bénéfices. Ce qui ouvre la voie à des compromis bien difficiles à défendre dans un contexte où des soins doivent être donnés à des personnes vulnérables, écrivent les auteurs. «L'un des principaux mécanismes utilisés pour générer des bénéfices consiste à réduire le personnel, ce qui diminue inévitablement la qualité des soins.»

Quant aux arguments économiques évoqués pour justifier le développement de la filière privée, ils ne tiennent pas la route, conclut France St-Hilaire, vice-présidente à la recherche à l'IRPP. «Le choix du privé doit s'accompagner d'une réglementation beaucoup plus rigoureuse. Pour le gouvernement, cela signifie aussi plus de surveillance. Tout cela a un coût. Et, en fin de compte, on se retrouve avec des économies de bouts de chandelles.»