L'obésité, ennemi du XXIe siècle

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Grâce aux progrès de la médecine et de l'hygiène, l'espérance de vie n'a cessé de s'accroître au cours des derniers siècles. Or elle pourrait se mettre à régresser au cours des prochaines décennies, de la faute même de l'homme. En fait, selon les professionnels de la santé, les jeunes d'aujourd'hui appartiennent à la première génération d'enfants dont l'espérance de vie ne dépassera pas celle de leurs parents. Et la première cause en est l'obésité infantile, qui croît en proportions alarmantes dans la population. Ces enfants obèses sont plus à risque de développer des maladies du cœur, de l'hypertension, un diabète et des AVC, et à un âge beaucoup plus précoce que les générations précédentes. En fait, des variations subtiles de pression artérielle ont déjà été observées chez des enfants obèses de 10 ans.

L'ancienne présidente de l'Association médicale canadienne, Ruth Collins-Nakai, a déjà évalué que l'obésité ferait reculer la longévité canadienne moyenne de trois à quatre ans au cours des 40 prochaines années. L'agronome français Claude Aubert, le chimiste André Cicolella et le médecin-nutritionniste Laurent Chevalier, qui signaient un article dans Le Monde sur la question l'automne dernier, établissent quant à eux la perte de longévité liée à l'obésité à entre 5 et 15 ans.

À la Fédération de l'âge d'or du Québec, on signale que le taux d'obésité chez les jeunes Canadiens a triplé au cours des 25 dernières années. En fait, un enfant ou un adolescent sur quatre, âgé de 2 à 17 ans, est obèse ou souffre d'embonpoint. Aux États-Unis, la proportion d'obèses dans la population est de un sur trois, pas très loin devant le Canada. 50 % des enfants canadiens âgés de 5 à 17 ans ne sont pas assez actifs physiquement pour maintenir une croissance normale et un développement optimal. «Le mode de vie d'aujourd'hui est conçu pour nous éviter de faire de l'activité physique, signalait le Dr George Honos, cardiologue et porte-parole de la Fondation des maladies du coeur en 2006. Chaque fois que vous appuyez sur un bouton [...], chaque appareil électronique conçu pour vous faciliter la vie évite de faire un effort physique. Ajoutez à cela les aliments de restauration rapide souvent riches en sel et en lipides, des portions grand format et une abondance d'aliments à faible valeur nutritive, et la recette est parfaite pour ce que j'appelle une société obésogène».

En effet, seulement 20 % des jeunes de 6 à 12 ans consomment les portions de fruits et légumes recommandés quotidiennement, selon les données de la FADOQ. Les jeux vidéo qui remplacent le soccer et, à partir de l'adolescence, la possibilité de conduire une voiture n'arrangent rien à l'affaire.

À l'heure actuelle, l'espérance de vie est de 84,5 ans pour les femmes et de 77,8 ans pour les hommes. Au cours des dix dernières années seulement, les gains en longévité ont été de trois années pour les hommes et de deux ans pour les femmes, selon les signataires de l'article du Monde.

«L'augmentation actuelle de l'espérance de vie à la naissance est essentiellement celle de personnes nées au début du XXe siècle, principalement en milieu rural, dans un environnement peu pollué et avec un mode de vie plutôt sain du moins jusqu'à l'âge adulte, écrivent-ils. La tendance actuelle, en matière d'espérance de vie, risque de s'inverser lorsque les générations nées après la guerre vont vieillir. Ces dernières ont vécu dans un environnement complètement différent de celui de leurs aînés. Polluées dès la vie foetale par les substances chimiques de synthèse, elles ont mangé, souvent dès la naissance, une nourriture plus ou moins équilibrée (trop de sucre, d'aliments raffinés, de produits appauvris par des transformations industrielles, etc.), effet amplifié par le développement de la sédentarité.»

En fait, l'Organisation mondiale de la santé estime que les maladies chroniques, dont plusieurs sont les conséquences de l'obésité, composent «l'un des principaux défis du XXIe siècle». Elles se substitueront vraisemblablement aux maladies infectieuses comme cause dominante de mortalité et de morbidité. Alors que les maladies infectieuses reculent devant les nouveaux progrès de la médecine, les maladies chroniques, elles, seraient en voie de s'installer à demeure.

En 2007, la Fondation des maladies du coeur demandait que soit menée une étude portant sur toute la vie afin de surveiller l'évolution de la santé des Canadiens et des Canadiennes.

On sait déjà que l'obésité est prédominante dans les milieux défavorisés, mais en 2009, une étude de l'Institute for Clinical Evaluative Sciences, de Toronto, relevait que l'obésité avait augmenté dans toutes les couches de la société, entre 1994 et 2005. Elle avait augmenté de 20 % dans le groupe le plus pauvre, mais de 25 % dans la classe moyenne, de 33 % dans le groupe aux revenus élevés et de 37 % dans le groupe aux revenus les plus élevés. Ces tendances se vérifiaient dans toutes les provinces canadiennes, même si on observe les plus hauts taux d'obésité au pays dans les provinces atlantiques et les moins élevés, en Colombie-Britannique.

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27 commentaires
  • Augustin Rehel - Inscrit 8 janvier 2011 08 h 14

    Question d'éducation

    Il suffit d'entrer dans un McDo pour se rendre compte de l'éducation alimentaire que donnent les jeunes parents à leurs enfants. Qui n'a pas entendu: «C'est une gâterie parce qu'ils ont été gentils»!!

    S'il n'y avait que quelques parents encore, mais les rares fois où j'y allais, je constatais que c'était toujours la catégorie d'enfants entre 3 et 10 ans.

    Malgré la publicité que l'on entend, ça ne change pas tellement la façon de faire.

  • Claude Kamps - Inscrit 8 janvier 2011 08 h 26

    La nouvelle religion

    Après le péché mortel de la cigarette, qu'on laisse encore se vendre, les gourous nouveaux qui remplace nos prêtres ont trouvé le nouveau péché « le bedon»

    La religion nous faisait manger du poisson le vendredi et une période de 40 jours de jeune était observée.

    On ne doit même plus travailler dur pour avoir à manger et il y a pas longtemps on mangeait quand il y avait de quoi sur la table et le corps avait pas le temps de faire des réserves...

    On essaye d'aller plus vite que la nature et le sub-conscient, qui lui se figure, avec justesse peut être, que nous sommes en période d'abondance avec des doubles récoltes et il se permet de faire des réserves de gras, en cas ou....

    En plus cette société est ennuyante et sans exercice pour le corps, comme ces autobus scolaires qui ne laissent pas marcher les jeunes 2 ou 3 km vers l'école... Plus de cours de gymnastique, ça plait pas aux filles.
    Pour compenser une peine normale de gens qui vivent seule en société on mange....

    Il serait si simple de mettre les jeunes en rang et de les faire marcher une heure par jour mais là les syndicats des professeurs seront contre... Une heure de travail par jour en plus c'est pas humain...

    Heureusement nous avons Charest et ses sous premiers ministres qui vont trouver la solution, une taxe sur le «sur-poids».

  • François Dugal - Inscrit 8 janvier 2011 09 h 07

    Enrichissons notre vocabulaire

    Exercice: 1-activité physique dont le but est d'améliorer le rendement musculaire ou de maintenir le corps en forme.
    2- mot qui ne fait pas partie du vocabulaire du ministre de la santé.

  • Bernard Gervais - Inscrit 8 janvier 2011 09 h 39

    Gare aux comparaisons !

    On ne peut le nier. Les appareils électroménagers modernes, dont l'usage ne nécessite aucun effort physique comme le rappelle Dr Honos, de même que la consommation accrue de malbouffe ainsi que la sédentarité engendrée par la dépendance à la télé et à l'ordinateur ont certainement contribué à l'augmentation fulgurante de l'obésité dans les sociétés occidentales, notamment chez les jeunes.

    Cependant, gardons-nous ici ,comme plusieurs sont souvent portés à le faire, à idéaliser la vie d'antan, à sombrer dans la nostalgie du « bon vieux Temps » !

    Certes, les gens travaillaient autrefois beaucoup plus manuellement, ce qui leur permettait, bien entendu, de brûler leurs colories et d'éviter l'obésité.

    N'oublions pas, toutefois, que la plupart d'entre eux vivaient dans une très grande pauvreté matérielle et, par exemple, n'avaient souvent même pas d'argent pour se faire soigner. De plus, bien des employés d'entreprises d'alors, presque toujours sous-payés, travaillaient dans des usines où, par exemple, l'air était nocif pour leur santé.

  • Marie123 - Inscrit 8 janvier 2011 09 h 49

    Pas tous les parents qui sont inconscients

    Pour faire suite au commentaire de M. Augustin Rehel, je voudrais dire qu'en tant que parent de jeunes enfants, je ne suis jamais allée au McDo. Bien sûr, il nous arrive de parfois aller dans des lieux de restauration rapide, mais très rarement. Nous cuisinons beaucoup et achetons peu de nourriture pré-fabriqués. Bien sûr, nous ne sommes pas parfaits. Mais une saine alimentation est très importante dans notre foyer. Et quelle meilleure manière de transmettre de bonnes habitudes à nos enfants que de prêcher par l'exemple? Et je sais que nous ne sommes pas une famille exceptionnelle. La plupart des familles de notre entourage ont des habitudes alimentaires aussi saines que les nôtres. Alors svp M. Rehel, revoyez vos généralisations!