Écart de revenus - Les omnipraticiens n'ont qu'à mieux s'organiser, disent les spécialistes

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, croit que les omnipraticiens font fausse route en prétendant  être sous-payés comparativement à ses membres.<br />
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, Gaétan Barrette, croit que les omnipraticiens font fausse route en prétendant  être sous-payés comparativement à ses membres.

Les médecins omnipraticiens reçoivent une rémunération inférieure à celle des médecins spécialistes, essentiellement parce qu'ils ne suivent pas autant de patients, soutient le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), Gaétan Barrette, qui suggère d'obliger chaque médecin de famille à avoir au moins 1500 patients.

Il s'évertue, depuis quelques jours, à en faire la démonstration, arguant que les Québécois sont victimes d'une campagne de désinformation de la part de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

La FMOQ avait justifié, la semaine dernière, le refus de l'offre gouvernementale en mettant en parallèle les revenus de ses membres — les médecins de famille — avec les revenus des médecins spécialistes.

Les omnipraticiens ont reçu une rémunération moyenne de 196 786 $ en 2009, alors que les médecins spécialistes ont touché 294 931 $, selon la Régie de l'assurance maladie du Québec.

Mais, en prétendant que les omnipraticiens sont sous-payés comparativement aux médecins spécialistes, la FMOQ fait fausse route, souligne le Dr Barrette, qui appelle la population à aussi jeter un coup d'oeil aux tarifs des services médicaux facturés par les médecins omnipraticiens et les médecins spécialistes.

«Je ne conteste pas l'écart de revenus, je conteste le fait qu'on dise que cet écart-là doit être comblé par une tarification meilleure», indique-t-il.

Par exemple, seulement pour les consultations en cabinet, les omnipraticiens sont payés en moyenne 37,85 $ pour un service médical, tandis que les spécialistes, eux, reçoivent 40,52 $. «On est loin de 55 %. Mais, quand on n'est pas organisé et qu'on n'arrive pas à produire, ça fait ce genre de problème-là», dit sèchement le Dr Barrette, qui est en selle à la tête de la FMSQ depuis 2006.

Pénurie?


D'autre part, la FMSQ comprend difficilement comment la FMOQ peut justifier que 1200 médecins de famille de plus sont nécessaires au Québec afin de prendre en charge les deux millions de personnes actuellement à la recherche d'un médecin de famille. Il s'agit d'un médecin pour 1666 patients, fait remarquer le Dr Barrette. «Or il y 8042 médecins omnipraticiens au Québec. Ils ont la capacité, s'ils sont organisés correctement, de prendre en charge 12,8 millions de personnes», fait-il valoir.

Mais les médecins généralistes doivent s'absenter de leur cabinet deux jours sur cinq — 40 % de leur temps — et travailler en milieu hospitalier. «Il en reste 60 %», rétorque le Dr Barrette. Il s'agit d'un nombre de médecins de famille suffisant pour suivre l'état de santé de 7,9 millions de personnes, c'est-à-dire la population actuelle du Québec.

«Maintenant, il y a des problèmes organisationnels en première ligne qui font en sorte que ces gens-là ne peuvent pas produire», affirme Gaétan Barrette. «Comme on est payé à l'acte, s'ils ne peuvent pas produire, les revenus ne sont pas à la hauteur où ils devraient être.»

L'informatisation des dossiers médicaux des patients apparaît à cet égard prioritaire. «C'est le plus criant. Si on informatise les dossiers médicaux et que [le médecin de famille] voit trois patients de plus par jour, son revenu va se corriger.»

Par ailleurs, le Dr Barrette exhorte la FMOQ à accepter l'idée de forcer chacun de ses membres à suivre au moins 1500 patients. «C'est la première chose à faire. Le jour où il y a ça, et ça peut se faire demain matin, il n'y a plus de problèmes d'accès à la première ligne», dit le président de la FMSQ, conscient des difficultés à faire avaler par les médecins de familles une «obligation» de ce genre. «Le plus grand de tous les tabous du Québec, c'est d'appliquer au Québec la norme de 1 médecin pour 1500 patients qui est utilisée internationalement. Mais, si on arrive à ce ratio-là, le différentiel de revenu va baisser.»

Enfin, la FMSQ se défend d'être «partie avec la caisse» à la suite des négociations avec le gouvernement du Québec, en 2006-2007, et ne croit pas «qu'il n'est rien resté pour les omnipraticiens». «Les médecins spécialistes ont fait la bataille du rattrapage par rapport à la moyenne canadienne aussi pour les médecins omnipraticiens. Ils ont eu approximativement la même chose que nous», a conclu le Dr Barrette.
13 commentaires
  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 21 décembre 2010 05 h 42

    Le Collège des médecins

    Le Collège des médecins a la main haute sur tout ce beau monde et demeure toujours très frileux quant à ses prérogatives.
    Pourquoi l'État ne remet-il pas l'enveloppe budgétaire globale au Collège des médecins qui aurait alors l'occasion de répartir équitablement les argents prévus à tous leurs membres?

  • Linda Delorme - Inscrite 21 décembre 2010 07 h 11

    Euh...

    À 8 heures/jour, 3 jours/semaine (les 2 autres jours, les médecins sont ailleurs que dans leur bureau grâce aux AMP obligatoires), 48 semaines/année, les patients auront la possibilité de voir leur médecin de famille 45 minutes/année selon la proposition du Dr Barrette d'obliger les médecins à suivre 1500 patients. Ajoutez à cela le fait que les médecins consacrent la moitié de leur temps à de la paperasse administrative, il nous reste environ 25 minutes/année pour voir notre médecin.

    Bon bien, reste plus qu'à aller attendre à l'urgence entre 2 rendez-vous annuels si on a un problème...

    Faut être en santé pour être patient au Québec!

  • Raymond Vaillancourt - Abonné 21 décembre 2010 08 h 39

    Médecine : une affaire de fric ?

    À lire l'article, on voit bien la véritable motivation de tout ce beau monde, du moins ceux de leur association !

  • Bernard Terreault - Abonné 21 décembre 2010 11 h 25

    @Linda Delorme

    J'ai 70 ans, je vois mon "médecin de famille" environ 15 minutes à tous les deux ans. Quand ii m'est arrivé des urgences (pas souvent), j'ai dû aller à la clinique sans rendez-vous. Par contre, le médecin de famille de ma conjointe est très à cheval sur ses principes et l'oblige à la voir 4 fois par an pour renouveler ses prescriptions, même si sa condition est stable depuis des années.

  • Marc Pelletier - Inscrit 22 décembre 2010 00 h 57

    Que cherchez-vous....

    Dr Barette,
    Permettez-moi de m'interroger sur quelques points énoncés dans votre dernière entrevue. Lorsque vous parlez d'organisation, il faut quand même comparer des pommes avec des pommes! je m'explique. Il est certes plus facile de parler d'efficacité lorsque la technologie nous permet de faire trois fois plus de travail et ce, de la maison biens souvent qu'il y a quelques années sans toutefois revoir votre rémunération à la baisse. En radiologie (puisque c'est votre domaine) vous êtes les médecins les mieux rémunérés si je ne m'abuse. Lire plus de photos en moins de temps grâce aux nouveaux outils de travail ne fait pas de vous des meilleurs gestionnaires de temps mais plutôt des meilleurs facturants! Il est vrai que la numérisation des dossiers sera un outil non négligeable pour la pratique des omnipraticiens mais ils devront encore et toujours prendre le temps de rencontrer, écouter, poser le bon diagnostique pour enfin vous les référer. La médecine de famille c'est d'abord une relation humaine envers le patient et ça, on ne peut calculer le temps comme la lecture d'une radiographie. N'oubliez pas....pas de médecin de famille, pas de diagnostique donc pour vous.......pas de consultation!
    Un peu de respect pour ceux qui dernièrement ont reçu le statut de spécialiste de la médecine également.