Beaucoup de sous et de bons mots pour le Dr Julien - La 8e édition de la Guignolée du pédiatre a récolté 607 000 $ pendant la fin de semaine

Ce sont donc quelque 350 bénévoles, autant des adultes que des jeunes fréquentant les centres du Dr Julien, qui ont recueilli en fin de semaine les dons de tout acabit.<br />
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ce sont donc quelque 350 bénévoles, autant des adultes que des jeunes fréquentant les centres du Dr Julien, qui ont recueilli en fin de semaine les dons de tout acabit.

Après une année en dents de scie, marquée par un creux financier et des congédiements massifs, le cœur était à la célébration samedi dans les rangs de la Fondation du Dr Julien. L'enthousiasme des Québécois venus encourager la cause du pédiatre social s'est affiché dans les rues, où la Guignolée a pris son envol au son des cagnottes et des chorales de jeunes.

Les bénévoles étaient unanimes samedi: l'accueil a été plus généreux qu'à l'habitude pour cette huitième édition de la Guignolée du Dr Julien. Les multiples dons en argent envoyés de partout au Québec, de même que l'encan organisé par la productrice Denise Robert, ont permis d'amasser 607 000 $, un appui populaire qui vient encourager le pédiatre après les coups durs en 2010.

L'an dernier, la période de la Guignolée — qui s'étire jusqu'à la mi-janvier — avait permis d'amasser 700 000 $. «Je pense qu'on va au moins atteindre l'objectif qu'on avait d'égaler ce qu'on avait l'an passé et qu'on va se rapprocher de l'objectif ambitieux d'un million de dollars [le tiers de son budget annuel]», a confié hier le Dr Gilles Julien, la voix fatiguée mais le moral visiblement raffermi.

Car, sur son chemin entre les différentes guignolées tenues sur l'île de Montréal, samedi, le pédiatre a reçu d'innombrables messages d'appui de la part des citoyens, qu'il interprète comme une «incitation à continuer». «On est tous complètement motivés. C'était zen dans le bureau ce matin. Les encouragements ont été forts, les témoignages, renversants.»

Depuis le temps que se tient la Guignolée, ce qui a changé, c'est le «rayonnement», car «les gens connaissent mieux la pédiatrie sociale», a constaté Julie Desharnais, directrice du centre Assistance d'enfants en difficulté (AED). «Les gens sont fiers de donner pour la cause du Dr Julien, a remarqué Sylvie, une bénévole. Plus que d'habitude, ils veulent qu'on puisse continuer de donner aux enfants.» La croisade médiatique du pédiatre au moment de ses déboires financiers, en juillet dernier, lui a donné une visibilité qui pourrait expliquer cette vague de générosité citoyenne.

Ce sont donc quelque 350 bénévoles, autant des adultes que des jeunes fréquentant les centres du Dr Julien, qui ont recueilli en fin de semaine, dans une ambiance festive, les dons de tout acabit — argent, livres, vêtements — en plus de faire visiter aux curieux les locaux des centres d'Hochelaga-Maisonneuve et de Côte-des-Neiges, deux quartiers où les besoins en pédiatrie sociale sont marqués. D'autres guignolées ont été tenues dans les marchés publics de Montréal ainsi que dans le reste du Québec, où sept autres centres offrent des services aux enfants défavorisés.

Toujours le financement

La Guignolée est arrivée à point nommé cette année pour la Fondation. Si le ministre Bolduc a récemment garanti au Dr Julien un financement de un million par année pendant trois ans, le pédiatre a toutefois appris la semaine dernière qu'il ne sera pas admissible aux subventions du fonds Avenir d'enfants. Financé par le gouvernement du Québec et la Fondation Chagnon, ce fonds recevra 400 millions sur 10 ans pour aider au développement d'enfants de 0 à 5 ans — mais l'équipe du Dr Julien s'est vu refuser l'accès au financement.

Cette décision «obscure» déboussole autant qu'irrite le pédiatre. «On m'avait signifié qu'il y aurait une bonne partie [des fonds] pour nous et ce qu'on me répond, c'est que je ne suis pas admissible», a-t-il déploré, blâmant les «barrières bureaucratiques». Aux dires du pédiatre, ce sera son «gros dossier de 2011», car l'appui du ministre Bolduc et l'ardeur de la population sont un encouragement à faire les pressions qu'il faut, a-t-il affirmé. «On va fouiller ça davantage, on va essayer d'avoir notre part dans ce fonds-là, auquel on correspond totalement.»

Même s'il devra encore vivre avec la précarité, le Dr Julien persiste et signe: son équipe amorce l'année 2011 sur une bonne base. «J'ai toujours espoir, moi, surtout quand la population est avec moi. Ça va me donner des ailes pour voler durant les prochaines années, ça c'est sûr.»