Ottawa s'éveille à la menace électromagnétique

On génère un champ magnétique en mettant tout simplement un appareil électrique sous tension; une radio, un téléphone ou un grille-pain.<br />
Photo: Agence Reuters On génère un champ magnétique en mettant tout simplement un appareil électrique sous tension; une radio, un téléphone ou un grille-pain.

Le dossier des ondes électromagnétiques fait souvent penser à celui de la cigarette ou des BPC: des études généralement financées par les industriels contredisent celles de chercheurs indépendants. Et les gouvernements, comme la tour de Pise, penchent toujours du même côté, jusqu'à ce qu'on réalise un jour que...

Est-on en train d'assister à un timide réveil dans le dossier des champs électromagnétiques? On serait porté à le croire à la lecture du rapport, très prudent, déposé cette semaine par le Comité permanent de la santé des Communes.

Sans se prononcer sur la valeur des arguments scientifiques des «pour» et des «contre» concernant les normes canadiennes en vigueur, le comité refuse néanmoins d'entériner le point de vue de Santé Canada tel quel. Il recommande en effet au gouvernement fédéral de financer des recherches approfondies sur les effets à long terme des champs électromagnétiques. Au Conseil des académies scientifiques ou à d'autres organismes «indépendants», il propose de réévaluer la science disponible en mettant l'accent sur un phénomène négligé par les normes, soit l'hypersensibilité de certaines personnes.

Entre le niveau d'exposition des humains aux radiofréquences au début du XXe siècle et celui d'aujourd'hui, il y a un écart inimaginable en raison de la multiplicité des sources. Chacune des sources respecte une norme, mais aucune de ces normes ne touche la synergie et l'accumulation de toutes les sources simultanément sur les organismes vivants.

Le rayonnement électromagnétique (EM) est formé par des ondes électriques et d'énergie magnétique qui voyagent à la vitesse de la lumière et qui nous transpercent quand on se retrouve dans leur «champ». Ces champs sont créés lorsque des particules d'électricité statique sont mises en mouvement par un conducteur. On génère un champ magnétique en mettant tout simplement un appareil électrique sous tension; une radio, un téléphone, un grille-pain. Les plus importants champs dans une maison proviennent généralement du réfrigérateur et de la boîte d'entrée électrique.

Le rayonnement de «basse fréquence», dont l'intensité est inférieure à 300 gigahertz (GHz), est appelé «non ionisant» parce qu'il n'a pas la propriété de briser les liaisons chimiques dans les tissus organiques, ce qui peut altérer l'ADN. Mais ce rayonnement non ionisant peut faire augmenter la température corporelle, créant un «effet thermique». Les radiofréquences de 30 kilohertz (kHz) à 300 GHz sont utilisées dans la téléphonie mobile, les téléphones sans fil et dans les appareils comme les fours à micro-ondes. Plusieurs études indiquent toutefois que ces rayonnements de faible intensité peuvent altérer les cellules sans pour autant être nuisibles, précise le rapport du comité des Communes, une affirmation contredite par plusieurs autres études.

Quant aux rayonnements EM de très basse fréquence, ou mégamétriques (extremely low frequency, ELF), qui émanent des lignes électriques, du câblage des maisons ou de certains appareils, ils peuvent provoquer des stimulations nerveuses ou musculaires. Un rayonnement EM à ondes courtes et à très haute fréquence (extremely high frequency, EHF) peut provoquer des ruptures de liaisons chimiques et endommager l'ADN. On le retrouve dans la lumière ultraviolette (Soleil), les rayons X et Gamma. Une forte exposition peut provoquer jusqu'à des cancers.

Mobilisation citoyenne

Santé Canada a instauré le «Code 6», en vertu de la Loi sur les dispositifs émettant des radiations. Ce code est appliqué par Industrie Canada aux appareils, équipements et antennes émettrices-réceptrices. Santé Canada a soutenu que sa norme tenait compte des sensibilités particulières des aînés, des enfants et des femmes enceintes.

Mais partout au Canada, cette norme est contestée, car les simples citoyens ont désormais accès par Internet à une littérature scientifique abondante qui conteste, voire contredit les prétentions de Santé Canada, dont les porte-parole répètent, comme les industriels, qu'aucune preuve n'a encore été faite de façon irréfutable de la toxicité des champs EM. Les chercheurs leur répondent, surtout du côté européen, que l'innocuité des champs EM n'a pas été démontrée non plus.

À Terrebonne, à Montréal-Nord, à Châteauguay, les citoyens se mobilisent systématiquement devant l'érection de nouvelles antennes sur des maisons ou, comme à Terrebonne, dans le clocher d'une église. À Montréal-Nord, c'était au sommet de l'église Saint-Vidal. Et à Charlottetown, Industrie Canada a infirmé une décision du conseil municipal qui s'opposait à un projet de la société Rogers.

Une telle décision illustre mieux que n'importe quoi le fossé qui sépare le Canada de l'Europe. En Suisse, l'Office fédéral de l'environnement, des forêts et du paysage écrit dans un dépliant officiel que les effets néfastes «d'un rayonnement non ionisant de forte intensité sur la santé humaine ont été prouvés scientifiquement et de manière incontestable».

En 2007, le BioInitiative Working Group de l'Université d'Albany (N.Y.) a procédé à une révision scientifique de 2000 études sur la question, comme celle souhaitée par le comité des Communes. La conclusion était claire: il y a des impacts des radiations électromagnétiques sur la santé et les organismes humains qui sont «des centaines, voire des milliers de fois au-delà des limites établies par la Commission fédérale des communications» des États-Unis, dont le Canada copie les normes.

Le rapport notait le risque particulièrement inquiétant de leucémie infantile lié à une exposition marquée aux champs EM provenant des lignes à haute tension et faisait aussi un lien entre le risque de tumeurs au cerveau et l'utilisation de cellulaires.

En France, un tribunal a condamné en 2008 le réseau électrique national pour avoir provoqué des troubles sanitaires dans des troupeaux de bovins.

Mais c'est la décision rendue en février 2009 par la Cour d'appel de Versailles qui révolutionne toute la téléphonie française. Parce que là-bas, l'application du principe de précaution étant une obligation légale, le tribunal a condamné à de fortes amendes la société Bouygues Télécom qui avait installé une antenne dans un faux sapin à 19 mètres des résidences. On discute depuis en France de distances séparatrices entre les antennes et les milieux sensibles, allant jusqu'à 500 mètres.
10 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 18 décembre 2010 05 h 49

    Un débat insoluble et inutile

    L'innocuité absolue des rayonnements électromagnétiques de basse fréquence est indémontrable : prouver que quelque chose n'existe pas est, la plupart du temps, impossible. Le fardeau de la preuve appartient logiquement à celui qui affirme que ces rayonnements peuvent être néfastes.

    En ce qui concerne la santé, le principe de précaution nous incite à analyser le mieux possible les effets potentiels de ces rayonnements sur la santé. Certains scientifiques font carrière avec ça depuis plus de quarante ans. Ils ont beau jeux de demander et d'obtenir des fonds de recherche de façon récurrente en arguant qu'il y a des situations qui n'ont pas encore été étudiées, ce qui sera toujours le cas.

    D'autres scientifiques (moins carriéristes) après avoir étudié ce phénomène ont conclu à l'innocuité de ces rayonnements et sont passés à autre chose. Évidemment, on les écoutes moins puisqu'ils n'en ont pas fait une spécialité.

    Comme citoyen, comment s'y retrouver dans tout ça ?
    Étant donné le fait que le débat dure depuis au moins un demi-siècle sans qu'aucune conclusion ne fasse consensus dans le milieu scientifique quant à un effet nocif avéré dans un seul cas particulier, le sens commun me dit que les effets nocifs doivent être tellement ténus qu'il ne vaut pas la peine de s'y attarder et que les dirigeant doivent cesser d'attribuer des fonds de recherche et de réglementer intempestivement à ce sujet.

  • Yvan Dutil - Inscrit 18 décembre 2010 09 h 40

    Un phénomène ambigu tout au plus.

    La première difficulté liée à l'étude des effets des ondes électromagnétiques est que l'on ne connait pas de mécanisme physique possible. En effet, pour que ce phénomène puisse affecter l'humain, il faut bien que l'énergie électromagnétique ailles quelque part. Or, le corps humain est une bien mauvaise antenne ce qui fait que le signal est essentiellement converti en chaleur; ce qui ne peut avoir les conséquences sur la santé que plusieurs leur attribuent.

    Dans le cas des lignes à hautes tension, des hypothèse alternatives, qui font plus de sens physiquement, ont été soulevées. Par exemple, les infrasons émis par les le fils et les faits que les particules dans l'air soient chargées électriquement présentent des mécanisme plus plausible. D'autant plus que des études faites sur les monteurs de ligne indiquent qu'il n'y a pas de plus de cancer chez ce groupe que dans le reste de la population.

  • Francois Therrien - Inscrite 18 décembre 2010 10 h 41

    L'impact des micro-ondes sur la santé est réel et dangereux.

    Les huit experts scientifiques internationaux qui ont témoigné devant le comité permanent de la santé à Ottawa, ont convaincu les députés que la norme canadienne,le code de sécurité 6, ne protégeait pas la santé de la population en général et encore moins les personnes les plus sensibles ( vulnérables) comme les enfants, les femmes enceintes et les malades. Le collectif SEMO (Sauvons nos Enfants des Micro-Ondes) a organisé ces témoignages devant le comité et offre sur son site internet l'essentiel de leurs témoignages www.dangersemo.com
    L'électrosensibilité et le syndrome des micro-ondes sont des maladies reconnues dans plusieurs pays, mais elles sont toujours niées par Santé Canada.
    SVP informez-vous
    François Therrien
    Collectif SEMO

  • France Marcotte - Inscrite 18 décembre 2010 11 h 26

    Un tueur invisible

    Bien sûr, on peut absoudre bien vite un tel ennemi, un tueur dont les crimes sont parfaits puisqu'ils ne laissent pas de preuves tangibles qu'on peut lui attribuer hors de tout doute, tant de choses peuvent nous rendre malades, comme de se faire du mouron pour rien ou de manger trop de bonbons, d'autant plus que le principe de précaution est ici une chimère.
    Le grille-pain tout seul est bien innofensif, en effet. Mille grille-pain, c'est une autre affaire, mais un phénomène si rare. Champ magnétique, rayonnement de basse ou haute fréquence, malheur arrivant par des antenne sur les toits, des fils électriques dans les murs ou dans les airs du village...pures abstractions qui en plus accusent ce qui nous acheminent confort et plaisir. Ce qui apporte tant de bienfaits ne peut pas être vilain, mon fournisseur me l'a dit, des ingénieurs aussi... Parlez-nous d'un vrai dragon aux langues de feu, un vrai génie du mal qui nous fait dire ayoye!, pas d'un truc invisible qui nous fracasse les cellules en miettes alors que l'on éprouve du plaisir! Ce n'est pas ça notre conception de la douleur. Et la science-fiction, on l'aime bien tournée pour grand écran, pas dans les recoins de la maison!

  • TRIPOD - Inscrit 18 décembre 2010 16 h 25

    Il y a également les nouvelles formes d'éclairage ...

    Il y a également les nouvelles formes d'éclairage fluorescentes dites vertes qui seraient nocives pour la santé, Hydro-Québec semble vouloir minimiser l'impact de celles-ci sur la santé des québécois mais des études contredisent celles d'Hydro-Québec !

    M'intéressant au sujet, j'ai également déjà fait des recherches sur le sujet, j'ai épluché tout ce que j'ai pu trouver et en Europe, où ils ne sont pas du tout aussi biaisés qu'Hydro-Québec peut l'être ici (il en fait la promotion !), les avertissements sont beaucoup plus sérieux et surtout plus étoffés ! Je n'utilise plus maintenant ces ampoules que là où j'ai besoin d'un éclairage sans y être directement exposé, jamais dans une pièce ou je dois travailler directement sous l'éclairage pour un certain temps ou à proximité de celui-ci ! Beaucoup de gens ont des problèmes de toutes sortes (et ce ne sont pas que les 3% qu'Hydro-Québec avance !) et ne savent pas que ces ampoules sont en cause ! En bref, à la longue, tout le monde va être malade mais ce n'est pas grave parce qu'on va sauver de l'électricité pour Hydro-Québec, où est la logique là-dedans ? Surtout que l'on voudrait, semble-t-il, complètement cesser la fabrication d'ampoules conventionnelles, quelle sera alors l'alternative ? De plus, j'utilise ces ampoules depuis un bon bout de temps et elles n'ont pas du tout la longévité que l'on veut bien leur attribuer et même loin de là et elles sont très dispendieuses comparativement aux conventionnelles, celles qui ne le sont pas sont souvent "made in China" (ou de fabrication douteuse) et peuvent être très dangereuses et elles sont pourtant toujours sur les tablettes ! Un bel héritage à laisser à nos enfants et à nos petits-enfants pour sauver quelques "cennes" à Hydro-Québec !

    À un moment donné, il y a des limites à être VERTS !!!