Grossesses multiples et procréation assistée - Le Québec passe de cancre à champion

Le problème des grossesses multiples serait déjà «chose du passé» dans le petit monde de la procréation médicalement assistée au Québec. Le premier bilan dressé hier montre que la gratuité a permis de réduire le nombre de grossesses multiples sous la barre des 5 %, faisant du Québec le champion en la matière. Sur la planète!

Il aura suffi de trois mois pour que le cancre devienne premier de classe en faisant passer sa proportion de grossesses multiples de 27,2 % à 3,8 %. Un réel tour de force, s'est réjoui hier le Dr François Bissonnette, au nom de la Société canadienne de fertilité et d'andrologie (SCFA). «Le programme québécois a atteint ses objectifs plus rapidement et plus efficacement que partout ailleurs au monde. Et aucun programme n'a démontré de résultats aussi convaincants.»

Ce premier bilan a été compilé par les cliniques concernées, soit OVO, Procréa, le Centre de fertilité de Montréal et le Centre universitaire de santé McGill. Il fait état de 1100 transferts d'embryons entre le 10 août et le

10 novembre 2010, transferts qui ont donné lieu à 345 grossesses, dont seulement 13 sont multiples. «À 3,8 %, on se rapproche de l'incidence normale», note le Dr Pierre St-Michel, des cliniques Procréa.

Cette chute radicale serait le résultat direct de la décision de Québec de financer la fécondation in vitro (FIV), croient ces spécialistes. C'est aussi l'opinion de la SCFA, qui défend l'idée que le financement public de la FIV reste le meilleur moyen de promouvoir le transfert sélectif d'un seul embryon et, donc, de réduire le nombre de grossesses multiples.

C'était aussi le pari qu'avait fait le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en annonçant le lancement de ce programme universel controversé au coût de 85 millions sur quatre ans. À l'époque, le ministre avait fait valoir que, compte tenu des coûts importants associés aux complications liées aux grossesses multiples (prématurité, petit poids, malformations), leur réduction de 30 % à moins de 5 % permettrait de financer le programme.

Ces chiffres prouvent «qu'en instaurant notre programme, nous avons fait le bon choix», a commenté hier le ministre Bolduc. «Le programme est aussi intéressant d'un point de vue financier puisque l'argent investi diminuera les coûts associés aux traitements en néonatalogie.» Et il fait du Québec «une référence» «à l'échelle internationale».

Taux «excellent»

Si les choses continuent d'évoluer au même rythme, les spécialistes estiment qu'ils auront fait 4400 cycles en un an pour un total de 1381 bébés et une cinquantaine de grossesses gémellaires. Cela dit, la multiplication des transferts sélectifs d'un seul embryon aura aussi fait chuter de 42,8 % à 31,4 % la proportion de grossesses par essai.

Vrai, convient le Dr Bissonnette. «Mais ce qui compte, c'est le taux cumulatif de grossesses par cycle initié avec des embryons congelés. Avec cette façon de calculer — qui est appelée à devenir la norme —, nous calculons que les chances de devenir enceinte dépasseront les 60 %. Ce qui est excellent.»

Précisons qu'entre le 5 août et le 10 décembre 2010, 2655 femmes ont bénéficié de services dans les centres de procréation assistée. De ce nombre, 1312 ont reçu des traitements de FIV.