Médecins de famille - La proposition patronale suscite la colère

Avec cette «offre ridicule», Québec «passe de l'injure à l'insulte». Dans une vidéo rendue publique hier matin sur son site Internet et sur YouTube, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) n'a pas mâché ses mots pour dénoncer l'offre patronale. Une proposition qui dénote une «vision méprisante de la médecine familiale», tranche le Dr Louis Godin.

Alors que la première ligne ne cesse de se dégrader, laissant plus de deux millions de Québécois sans médecin de famille, le gouvernement Charest n'a rien de structurant à proposer, s'insurge le Dr Godin. «Absolument rien sur le soutien à la pratique, sur l'informatisation, sur les frais accessoires, sur les activités médicales particulières (AMP), sur la compensation pour les activités multidisciplinaires, sur la garde en disponibilité, sur le médico-administratif, sur les avantages sociaux pour les médecins à honoraire fixe, sur le ressourcement, sur l'enseignement et la recherche.»

Le dépôt patronal ne prévoit rien non plus pour revaloriser la profession de généraliste, qui est de plus en plus boudée au profit de la médecine spécialisée. Pour renverser la vapeur, la FMOQ souhaite que Québec ramène l'écart de rémunération avec les médecins spécialistes à 20 %. Le gouvernement propose plutôt 40 %, et seulement avec les spécialités les moins rémunérées. Les écarts brut et net de rémunération avec les médecins spécialistes sont présentement de 57 % et de 78 %.

Invoquant des finances serrées, Québec propose un rattrapage de 4,24 % sur cinq ans. Ce sont moins ces chiffres qui ont fait sortir le Dr Godin de ses gonds que le discours «méprisant» les justifiant. «Le gouvernement prétend que les omnipraticiens travaillent moins que les spécialistes et qu'en conséquence, un rajustement supplémentaire négatif de 7,2 % doit s'appliquer à leur rémunération!», s'indigne le président de la FMOQ.

«Il est hors de question de négocier quoi que ce soit à partir d'une telle offre», prévient le Dr Godin dans une lettre envoyée mardi aux quelque 8000 médecins de famille et dont La Presse faisait état hier. Aucun moyen de pression n'a encore été arrêté, mais en entrevue au Devoir, le Dr Godin a insisté pour dire qu'aucun patient ne sera lésé, quoi qu'il advienne. «Cette bataille-là, il faut le rappeler, c'est aussi celle de nos patients et de tous les Québécois.»

Dans l'immédiat, la FMOQ a réclamé une rencontre avec le ministre Bolduc pour qu'il explique sa stratégie qui a suscité autant de colère que d'incompréhension dans les rangs des omnipraticiens. «Depuis deux ans, ce gouvernement ne cesse de dire que la première ligne est une priorité, a rappelé le Dr Godin. On nous a demandé d'être patients et d'attendre la négociation. Nous y sommes et ce que nous constatons, c'est que l'offre qui nous est faite n'est pas une réponse conséquente.»

Au cabinet du ministre de la Santé, Yves Bolduc, on n'a pas voulu confirmer les chiffres rendus publics hier. «Les négociations se poursuivent», a simplement répondu son attachée de presse, Karine Rivard. Il n'a pas non plus été possible d'obtenir des éclaircissements quant à l'écart de 40 % proposé par Québec. Celui-ci tranche avec les orientations choisies par plusieurs provinces qui ont opté pour un écart de 20 % dans l'espoir de revaloriser la médecine familiale.


8 commentaires
  • Socrate - Inscrit 16 décembre 2010 05 h 23

    3 vitesses

    Bientôt la médecine à trois vitesses?

  • Linda Delorme - Inscrite 16 décembre 2010 06 h 07

    Pourquoi un écart?

    La médecine familiale vient d'être reconnue comme étant une spécialité. L'écart entre médecins "spécialistes" et médecins de famille ne devrait donc même pas exister.

    Avec une telle proposition, l'exode des médecins omnipraticiens vers le privé risque d'empirer. Mais c'est peut-être exactement ce que le gouvernement veut obtenir. La RAMQ économisera ainsi beaucoup d'argent.

    Êtes-vous naïfs au point de croire que la santé de la population est une priorité pour Charest? Tout est une question de dollars et le monsieur est là pour gérer un budget. Rien de plus.

  • mevoici - Inscrit 16 décembre 2010 08 h 50

    service ou argent

    Personne n'est au service de personne,tout le monde est au service de l'argent.La solution est toujours"donnez leur plus d'argent"

  • pasencore - Abonné 16 décembre 2010 16 h 04

    argent

    Je trouve dommage que le gouvernement démontre un tel mépris pour ceux qui contribuent a la societé de différentes facons.Les doc font boucoup de sous soit.....et ils paient pour boucoup leurs cliniques et le salaire des secretaires.ILS CONTRIBUENT GÉNÉREUSEMENT AU PAIEMENT DES IMPOTS ce que la majorité ne font pas .Soyons honnetes et combien d entre-nous percevons le cheque de BS comme recompence de l avoir demande et la je ne parle pas de ceux qui en ont réellement de besoin. Ces medecins sont des travailleurs autonomes et je leurs dit merci pour le support du systeme de santé qui fait de plus en plus dur et un gros merci a ceux qui par leurs bienveillance font que je suis en vie aujourd hui.Ma santé n a pas de prix.

  • Serge Bruneau - Abonné 17 décembre 2010 16 h 57

    Dr Serge Bruneau

    Je me sens méprisé par mon gouvernement. Mes collègues spécialistes les moins bien payés recevront 40% de plus, sans frais de bureau (secrétaire, matériel médical...) car ils travaillent pour la plupart en clinique externe sans frais. Ils ne font pas de prise en charge ("revoyez votre médecin de famille pour votre formule...). Je ne demande même pas la parité avec le reste du Canada, mais au moins reconnaître que je supporte la première ligne du système de santé , et que quand je partirai, 2000 personnes se retrouveront sans médecin de famille... Mes amis de mon âge prennent leur retraite... Quand se sera plus payant de ne pas travailler...