Fécondation in vitro - Le réseau public n'est pas prêt à recevoir les patients du privé

Le CHUM devrait être en mesure d’offrir des fécondations in vitro «en 2011, sinon en 2012».<br />
Photo: Agence Reuters Kacper Pempel Le CHUM devrait être en mesure d’offrir des fécondations in vitro «en 2011, sinon en 2012».

Québec met beaucoup de pression sur les spécialistes de la fécondation in vitro (FIV) des cliniques privées pour qu'ils poursuivent les traitements dans le réseau public une fois leur plafond de rémunération atteint. Mais ni le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), ni le Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), ni le Centre hospitalier de l'Université de Sherbrooke (CHUS), qui sont pressentis pour prendre le relais, ne sont encore en mesure de le faire jusqu'au bout.

À la clinique OVO de Montréal — la première clinique privée à avoir atteint son plafond de rémunération —, 1235 patientes ont vu leur dossier mis sur la glace jusqu'à ce que les compteurs reviennent à zéro, le mois prochain. Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) estime que cette interruption de services n'a pas sa raison d'être. Les médecins qui ont atteint leur plafond n'ont qu'à aller pratiquer au public, dans le cas présent au Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), où il n'y a pas de plafond, argue le ministère.

C'est impossible, rétorque le Dr François Bissonnette, qui en plus de travailler à la clinique OVO, dirige le service d'endocrinologie de la reproduction et infertilité au CHUM. «Les 1235 patientes que nous avons en attente ont déjà leur protocole en mains. Elles attendent une FIV. Au CHUM, on ne peut rien faire pour elles.»

Au CHUM, on confirme qu'il n'est pas possible d'offrir tous les services pour l'instant. «Vous savez, le CHUM n'est pas encore un centre désigné pour la FIV, précise Lucie Dufresne, conseillère en communications. Actuellement, il n'y a aucune activité de procréation assistée, seulement des consultations en fertilité.»

Consultations

En attendant, le centre hospitalier a tout de même mis à la disposition des médecins des cliniques privées des locaux et des plages horaires dédiées. Plusieurs médecins de la clinique OVO les utilisent. Mais c'est loin d'être une panacée, note le Dr Bissonnette. «Nous partageons le peu de locaux disponibles pour la consultation en fertilité et nous faisons tout cela sans support infirmier ni support clérical.» Encore là, seuls l'évaluation du couple infertile et les traitements de première et seconde lignes peuvent y être dispensés, poursuit le Dr Bissonnette. «Tout ce qui suit — la stimulation ovarienne, le prélèvement d'ovules, le transfert des embryons — est impossible faute d'infrastructures et de plateaux techniques.»

En fait, un seul établissement public est présentement en mesure d'offrir un cycle complet de FIV au Québec et c'est le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Vrai, répond le ministère, mais plus pour longtemps. Le CHUM devrait être en mesure d'offrir des FIV «en 2011, sinon en 2012». Le CHUS, le CHUQ, les hôpitaux de Chicoutimi et Val-d'Or devraient suivre par la suite. À terme, Québec souhaite pouvoir effectuer 75 % des FIV au sein du giron public après des années de pratique privée quasi exclusive. «C'est plus que jamais notre objectif sachant que les cliniques privées facturent de grosses sommes en sus de ce que le ministère paie», explique la porte-parole du ministère, Nathalie Lévesque.

Les médecins de la clinique OVO, qui consacrent déjà 75 % de leurs activités au réseau public, croient que ce virage est tout à fait envisageable. Ils estiment toutefois que le ministère précipite les choses, au détriment des patientes. «On dit oui, on va le faire, c'est un programme extraordinaire, au rayonnement mondial, mais faisons-le dans des conditions correctes, pas en catastrophe dans un garde-robe. Nous avons établi une expertise de haute qualité dans nos cliniques. Cette qualité n'est pas négociable. Nous ne ferons pas de la FIV au rabais. [...] Il faut des infrastructures, des plateaux techniques.»