Montréal - Le VIH et l'hépatite C progressent à un rythme «alarmant»

Les épidémies de VIH (virus de l'immunodéficience humaine) et d'hépatite C se propagent à un rythme «alarmant» sur l'île de Montréal, où plus aucun quartier n'est épargné. La fulgurance du phénomène a pris de court jusqu'au directeur de la Santé publique, qui a annoncé hier une révision des pratiques. «Il faut rejoindre plus, dépister plus et traiter plus», a résumé le Dr Richard Lessard. Un virage qui passe aussi par une meilleure accessibilité au matériel de protection et des services d'injection supervisée.

En janvier dernier, la Santé publique a commencé à intensifier ses interventions destinées à contrer la montée de toutes les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) à Montréal. Y compris la syphilis, que l'on croyait pourtant presque disparue ici. «Nous assistons à la progression fulgurante de la syphilis, dont le taux est aujourd'hui 40 fois plus élevé qu'en 2000», a dit le Dr Lessard.

Dans ce combat à armes inégales, les utilisateurs de drogues par injection (UDI) et les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HARSAH) sont particulièrement touchés. «Ce qui nous inquiète de façon toute particulière, c'est qu'une bonne proportion des personnes touchées ignorent leur état. On pourrait comparer cela à une boule de neige qui grossit et grossit et prend de la vitesse, a expliqué le Dr Lessard. Comme ces gens ne fréquentent pas le réseau, il faut aller à leur rencontre, sur leur terrain.»

Or rejoindre ces deux clientèles n'a jamais été aussi difficile, a poursuivi le Dr Lessard. «Avant, il y avait des "patterns" sociaux; c'est moins vrai aujourd'hui. Avec Internet, les épidémies sont devenues plus difficiles à suivre.» Et c'est maintenant toute l'île qui est concernée, lit-on dans le rapport du directeur publié hier. Parmi les initiatives avancées jusqu'à présent, on compte la mise en branle d'une «charte saunas» à l'été 2011, la formation d'équipes de dépistage et de prévention des ITSS dans tous les CSSS et la multiplication des ententes avec les pharmaciens pour la distribution de matériel d'injection.

Une attention toute particulière devra être apportée à la progression de l'hépatite C, qui s'est faite «sournoisement» dans les dernières années, juge le Dr Lessard. «On n'avait jamais prévu la vitesse à laquelle l'épidémie se répandrait.»

Il faut dire que la transmission de cette infection se fait très facilement. La popularité de la cocaïne, qui vient de pair avec des injections rapprochées, a contribué à alimenter le phénomène. Résultat: 68 % des UDI vivent avec l'hépatite C. Pourtant, il est aujourd'hui possible de guérir cette infection, raconte le Dr Pierre Côté, médecin à l'unité VIH-toxicomanie de l'hôpital Saint-Luc. «Les effets secondaires de la médication sont importants et les contre-indications fréquentes, mais c'est possible. Pourtant, seuls 10 % des patients sont traités, ce qui favorise la propagation rapide du virus.»

Il faut aussi savoir que la distribution de matériel stérile n'est pas assez importante pour même faire fléchir le phénomène. «On distribue un million de seringues par année à Montréal. Mais il en faudrait 15 millions pour répondre aux besoins réels», a admis hier le Dr Lessard. L'introduction de services d'injection supervisée (SIS) est aussi dans la mire de la Santé publique, qui lancera en janvier une étude de faisabilité. «Ce n'est pas une panacée, mais c'est certainement une stratégie intéressante» pour faire fléchir la maladie, a-t-il ajouté, disant souhaiter que cela se «fasse vite».
2 commentaires
  • Stephanie L. - Inscrite 3 décembre 2010 09 h 38

    Éducation sexuelle et improvisation

    Et pendant ce temps, les jeunes du Québec n'ont plus de cours d'éducation sexuelle à l'école! La tâche de l'éducation sexuelle revient desormais à tout les enseignants, qui manquent déjà de temps dans des classes surchargées avec de nombreux élèves en difficulté d'apprentissage ou avec troubles du comportement, ce qui les obligent à dépenser en discipline le temps alloué à l'enseignement.

    On demande à des professeurs de biologie mais aussi de français, de géographie ou d'éducation physique, de trouver le temps de donner une éducation sexuelle complète à des jeunes tout en ne leur donnant ni outil ni formation! Système reproducteur, ITS, orientation et identité sexuelles, notion de consentement, amour, fidélité, intimité, agressions, inceste, toutes ces questions sont laissées à la discrétion de l'enseignant et à l'improvisation la plus totale!

    Lorsqu'ils prennent des initiatives, les enseignants se font taper sur les doigts suite à des plaintes de parents comme cette enseignante en ECR qui a donné à ses élèves un questionnaire visant à évaluer et à détruire les mythes et les croyances sur la sexualité, la grossesse et les ITS. Les questions étaient certes assez crues pour des élèves de secondaire 2 mais ce sont des questions que des jeunes se posent réellement et ce n'est pas en se cachant la tête dans le sable et en niant que les jeunes ont une sexualité qu'on parviendra à faire baisser le taux d'ITS et de grossesse non-désirée.

    Les jeunes n'attendent pas après nous pour s'informer et actuellement, leur source d'information principale sont Internet et la pornographie. J'aimerais suggérer aux internautes les livres de la sexologue Jocelyne Robert comme "Le sexe en mal d'amour", "Full sexuel", "Te laisse pas faire" ou "Parlez-leur d'amour et de sexualité". Les détails sur ces livres (et d'autres encore) sont disponibles sur son blogue (au bas de la colonne de droite)

    http://lesfemmesvintage.com/

  • Paul Gingras - Inscrit 5 décembre 2010 12 h 48

    Désinformation

    Depuis que la trithérapie existe, l'information circule très bien et très vite que le SIDA n'est plus une maladie mortelle, mais bien une maladie chronique, contrôlable par la médication, un peu comme le diabète.

    Les gens ont donc intégré que ce n'était plus si grave d'attraper le SIDA.

    La pornographie, il est vrai, contribue pour beaucoup dans le développement de fantasmes et beaucoup de personnes ne font pas la différences entre fantasmes et réalité. "Il faut réaliser mes fantasmes, pour profiter de la vie à fond !" Ce qui est complètement absurde comme raisonnement à tout point de vue.

    Rajouter à ça le peu d'endroit pour se faire dépister.... il faut toujours passer par un corridor ITSS.... chose que pas tout le monde est capable de faire.
    Rajouter encore que la fiabilité des tests est optimum 6 mois après l'exposition au virus (selon tous les médecins....), la majorité des gens seraient prêt à se faire tester dans la semaine, dans le mois qui suit, mais se font dire d'attendre pour une meilleure fiabilité.

    Il existe des tests "rapides" mais il faut payer. Encore un frein au dépistage.

    La prophylaxie Post-Exposition (PPE), est disponible, mais là encore, les médecins abuse du jugement moral.
    "Je vais vous le prescrire, mais faudrait vraiment faire attention la prochaine fois !"

    Les adultes n'ont pas le gout de se faire juger sur leur comportements sexuels. Je ne connais aucun médecin qui va juger un enfant qui a attraper un rhume en reprochant à la mère de l'avoir confié à une garderie !
    Pourquoi alors juger les comportements des adultes. Ne vaut-il pas mieux comprendre le comportement plutôt que de le juger?
    Que recherche les UDI, les HARSAH dans leur frénésie ?
    Comment peut-on arriver à les conscientiser sur la valeur de leur propre santé et du potentiel futur qu'ils peuvent développer ?

    Le vaccin du SIDA met du temps à sortir.... il y a là aussi un gros problème éthique à confier la recherche rien qu'au pri